Guatemala: Série de meurtres suspects dans l’affaire de l’assassinat de Mgr Gerardi
Guatemala, 16 février 2003 (APIC) La série de meurtres suspects dans l’affaire de l’assassinat en 1998 de Mgr Juan Gerardi Conedera, évêque auxiliaire de Guatemala Ciudad, se poursuit en toute impunité. Tout juste quelques heures avant que les juges guatémaltèques ne confirment son inculpation pour le meurtre de l’évêque défenseur des droits de l’homme, le sergent José Obdulio Villanueva a été décapité mercredi 12 février lors d’une émeute dans la prison de Guatemala.
Depuis l’assassinat dans des conditions atroces de Mgr Gerardi, plusieurs personnes liées à cette affaire ont trouvé la mort dans des conditions suspectes, y compris un témoin qui avait mis en cause José Villanueva et qui a été tué par balles le 19 décembre. « Avec la mort de ces personnes, un voile de silence recouvre cette affaire, et l’impunité règne une fois de plus », déplore Nineth Montenegro, membre du congrès guatémaltèque, qui a fondé une organisation de défense de droits de l’homme.
Le procureur général Carlos de Léon a déclaré avoir ordonné une enquête sur les meurtres commis mercredi dans la prison de Guatemala Ciudad. Plusieurs magistrats, notamment deux procureurs et un juge d’instruction, ont déjà dû fuir le pays suite à des menaces de mort très concrètes.
Cadavres exquis
Il y a quelques semaines, Gomez Limon, un des principaux témoins au procès des assassinats de Mgr Gerardi, a été tué. Son témoignage avait permis de faire condamner trois militaires considérés comme responsables de la mort de l’évêque guatémaltèque. Sa déposition, ainsi que trois autres témoignages, avait abouti à la condamnation à trente ans de réclusion du colonel Byron Lima Estrada, de son fils, le capitaine Byron Lima Oliva et d’un ancien garde du corps présidentiel, José Obdulio Villanueva. L’ancien secrétaire de Mgr Gerardi, le Père Mario Orantes, ayant été condamné à 20 ans de prison pour complicité de meurtre.
Le 8 octobre dernier pourtant, une Cour d’Appel de Guatemala Ciudad a annulé pour vice de forme les condamnations infligées en première instance aux trois militaires et au prêtre. Les quatre accusés devaient toutefois rester en prison jusqu’à l’ouverture d’un nouveau procès.
Mobile politique des assassinats
Le premier verdict avait mis en lumière le mobile « politique » de l’assassinat de l’évêque, en raison du travail effectué par Mgr Gerardi dans le cadre du projet diocésain Remhi (Récupération de la Mémoire Historique et Justice). Deux jours avant d’être assassiné, le prélat avait en effet officialisé le rapport « Guatemala nunca más » (Guatemala plus jamais) sur les crimes commis durant la guerre civile (1960-1996). Il documentait plus de 55’000 violations des droits de l’homme perpétrées durant le conflit qui a coûté au moins 200’000 victimes, mortes ou disparues. Une grande partie de ces crimes sont attribués aux militaires.
José Obdulio Villanueva, un ancien sergent de la garde présidentielle, a été l’un des sept détenus tués dans le centre de détention où l’émeute suspecte a éclaté mercredi. « Nous craignons que le meurtre de José Villanueva n’ait été orchestré afin d’éliminer un témoin potentiel contre d’autres militaires supérieurs qui auraient été impliqués dans l’assassinat de l’évêque et contre qui des procédures restent ouvertes », souligne une déclaration d’Amnesty International. Le grade et les fonctions passées des condamnés confirment le caractère politique de l’assassinat de l’évêque.
Considéré comme le cerveau de l’opération criminelle, le colonel à la retraite Disrael Lima Estrada commandait les services de renseignement militaires. Le capitaine Byron Lima Oliva (fils du colonel Lima Estrada) et le sergent José Obdulio Villanueva appartenaient à l’état-major présidentiel, un corps d’élite aux pratiques réputées violentes.
Verdicts annulés
Les verdicts ont été annulés en octobre 2002, mais les avocats de l’Eglise ont fait appel contre cette décision. Le mercredi 12 février, plusieurs juges ont confirmé les inculpations. Toutefois les juges ont demandé à un autre tribunal de tenir une nouvelle audience sur les condamnations des trois inculpés survivants. Selon l’agence de presse Reuters, ceux-ci peuvent encore interjeter appel auprès de la Cour constitutionnelle.
La prison détenait plusieurs militaires récemment inculpés de violations des droits de l’homme. Selon les médias, l’aile de la prison où ils étaient détenus a été attaquée avant l’aube par des membres de gangs d’une autre section de la prison. Les militaires auraient tenté d’échapper à la mêlée en passant par un trou creusé dans un mur.
José Villanueva, le moins gradé d’entre eux, a été rattrapé avant de pouvoir s’échapper. Le capitaine Byron Lima Oliva, lui aussi impliqué dans l’affaire Gerardi, a pu s’échapper. Il a déclaré que l’émeute avait été programmée pour coïncider avec la décision de la cour, et que les prisonniers à l’origine de l’émeute avaient reçu des armes introduites dans la prison avec la complicité des gardiens. (apic/eni/be)
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