Sénégal: Débat autour de la rituelle lapidation de Satan pendant le pèlerinage
Dakar, 19 février 2003 (Apic) La mort de 14 pèlerins musulmans dont six femmes, la semaine dernière lors de la lapidation de Satan à la Mecque, suscite un débat au Sénégal. Certains politiciens réclament une réforme du rituel. D’autres demandent un renforcement des moyens de sécurité autour du stèle. La lapidation de Satan est l’un des actes traditionnels du pèlerinage des musulmans en terre saoudiene.
Iba Der Thiam, dirigeant d’un parti politique proche du président Abdoulaye Wade, a proposé l’organisation d’une réunion d’experts islamiques. Ces spécialistes en « organisation et méthode », réfléchiront sur la meilleure manière d’organiser sans risques « de danger et de morts d’hommes », la cérémonie de lapidation de Satan. Le 12 février, 14 pèlerins dont six femmes avaient été tués lors d’un mouvement de foule pendant le rituel. Plusieurs autres avaient été blessés. Ces victimes venaient surtout d’Egypte, d’Inde et du Pakistan.
Iba Der Thiam, qui faisait partie d’une délégation officielle accompagnant le président Abdoulaye Wade à ce pèlerinage, a ajouté que cette réunion des experts islamiques pourrait se tenir avec la participation de tous les pays musulmans du monde. La Ligue Islamique Mondiale et l’académie du fikh (droit musulman) de l’Organisation de la Conférence islamique pourraient être chargées de son organisation.
Historien de renommée internationale et vice président de l’assemblée nationale, Iba Der Thiam a précisé dans une déclaration à l’Agence de Presse Sénégalaise (Aps) que la réunion respecta les principes du dogme. Elle recherchera un « mécanisme organisationnel » qui permette de satisfaire aux critères du rituel, tout en diminuant les risques de danger et de morts de personnes. « L’islam porte un respect profond à la vie et condamne en plus le désordre », a-t-il ajouté. « A partir de ces axes il est doit être possible, tout en respectant la tradition du prophète Mohamed de concevoir un mode d’organisation de l’épreuve dite de lapidation de Satan qui soit moins violente, moins dangereuse et qui sauvegarde les vies des fidèles », a- t-il fait remarquer. Dans tous les cas, a-t-il dit, « je fais confiance à l’Arabie Saoudite pour conduire cette réflexion de la meilleure façon possible ».
Pour sa part, Madické Niang, ministre de l’Habitat, membre de la délégation sénégalaise, prône une meilleure canalisation des foules, de sorte que « ceux qui reviennent ne rencontrent pas ceux qui arrivent ». « Si cela est réglé, le risque de perte de vie humaine sera amoindri », a-t-il estimé, tout en relevant la fierté de « tous les musulmans lorsqu’ils effectuent leur Hadj ». Awa Guèye Kébé, autre membre du gouvernement sénégalais présent à La Mecque au moment de l’accident, a émis l’idée d’un « schéma » qui intégrerait la fixation d’un horaire apte à permettre aux pèlerins de se rendre tour à tour à la Lapidation.
Esprit de sacrifice du pèlerin
Seul contre toutes ces propositions et suggestions de ses compatriotes, Alioune Badara Bèye, président de l’Association Nationale des Ecrivains du Sénégal, a fait plutôt appel à l’endurance et à l’esprit de sacrifice du pèlerin. Celui-ci, a-t-il dit, « doit sentir toutes les difficultés » liées au Hadj, car « la souffrance doit faire partie » de ce pilier de l’islam. Il reconnaît, toutefois, la nécessité de « faire un effort considérable » en matière de sécurité. Le pèlerin qui se rend aux lieux saints de l’islam doit s’attendre à souffrir, a-t-il rappelé.
Quelque 7’000 Sénégalais, dont le président Abodulaye Wade et une forte délégation gouvernementale, ont effectué cette année le pèlerinage aux lieux saints de l’islam. Le Sénégal, pays francophone de plus de 10 millions d’habitants, est à environ 96% musulman. (apic/ibc/bb)
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