Rome: L’Eglise catholique continue d’intensifier ses contacts avec les Eglises orthodoxes
Rome, 19 février 2003 (Apic) Les tensions sont devenues plus fortes entre Rome et Moscou après la création de quatre nouveaux diocèses catholiques en Fédération de Russie il y a exactement un an. Le Saint-Siège tente alors d’intensifier ses contacts avec les autres patriarcats indépendants, comme en Serbie ou en Grèce. L’analyse du cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens,
Alors que la construction de l’Union européenne et la situation en Irak incitent ces derniers à une plus grande collaboration avec l’Eglise catholique, celle-ci cherche pour sa part à entamer un dialogue sur le plan théologique. Le cardinal Walter Kasper a expliqué ä l’Apic: «Il y a deux ans, après la réunion de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre les Eglises orthodoxes et l’Eglise catholique était dans une mauvaise situation. Mais depuis, beaucoup de choses ont changé et la situation s’est même améliorée».
La Commission mixte, créée le 30 novembre 1979, avait suspendu ses travaux après la rencontre de Baltimore en 2000, en raison d’un différend au sujet de la situation des grecs-catholiques. Les orthodoxes de Grèce avaient décidé de boycotter la réunion et de nombreux patriarcats avaient fait part de leurs doutes quant à l’intérêt d’un tel rassemblement.
Mais aujourd’hui, ces mêmes patriarcats semblent se «réveiller». «Le patriarcat oecuménique de Constantinople – l’un des deux plus importants patriarcats orthodoxes avec celui de Moscou, ndlr – fait d’importants efforts pour relancer cette Commission et nous espérons qu’elle pourra reprendre en automne prochain», a affirmé à l’Apic le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. A peine revenu de Grèce où il a rencontré le Saint-Synode orthodoxe du pays, il reconnaît que ce dernier «est aujourd’hui très ouvert à la relance d’un tel dialogue». Aucune convocation officielle n’a encore toutefois été faite.
Volonté de rejoindre l’Union européenne
L’ouverture de la Grèce comme de nombreux autres patriarcats orthodoxes indépendants tels que la Serbie, la Biélorussie ou la Bulgarie, selon le cardinal Kasper, s’explique principalement par la volonté de ces pays d’entrer dans l’Union européenne. «Ils doivent s’ouvrir à l’Occident et une coopération avec l’Eglise catholique peut les aider dans ce sens», a expliqué le prélat d’origine allemande. «Dans le passé, les éléments politiques nous ont divisé ou ont contribué à cette division. Maintenant, ils incitent ces Eglises à s’ouvrir».
La peur «légitime» de la sécularisation en Europe occidentale et la situation internationale sont, selon le cardinal Walter Kasper, les deux principales raisons de cette ouverture. Le Saint-Siège souhaite donc profiter de l’occasion pour renforcer la collaboration entre les deux Eglises, cependant «sans parler encore d’unité». «Cette ouverture est déjà un pas en avant», a déclaré le prélat en soulignant qu’il faudra de nombreuses années avant de parvenir à une normalisation des relations.
Le développement de ces contacts avec les patriarcats indépendants «nous permettrait de détendre les rapports tendus entre le Vatican et le patriarcat de Moscou», a par ailleurs souhaité le collaborateur de Jean Paul II pour le dialogue avec les chrétiens. Pour lui, il s’agit de mettre en oeuvre le document publié en 1992 par la Commission pontificale «Pro Russia». Celui-ci, élaboré en lien avec l’Eglise orthodoxe de Russie, souligne en particulier que, «pour éviter tout malentendu et pour développer, les administrateurs apostoliques – aujourd’hui évêques en ce qui concerne la Russie, ndlr – et les évêques orthodoxes d’un même territoire doivent se consulter avant de réaliser des projets pastoraux». Ce qui n’a pas été fait lors de l’érection de quatre nouveaux diocèses catholiques sur le territoire russe, en février 2002. Ce «malentendu» a conduit les orthodoxes russes à accuser les catholiques de «prosélytisme».
Equilibre entre mission de l’Eglise et oecuménisme
Ce document «encore très actuel» – intitulé «Principes généraux et normes pratiques pour coordonner l’action évangélisatrice et l’engagement oecuménique de l’Eglise catholique en Russie et dans les autres pays de la communauté des Etats indépendants» – doit être relu, selon le cardinal Kasper. Il s’agit, a-t-il expliqué, «de trouver un équilibre entre la mission de l’Eglise catholique, qui est universelle, et les aspects oecuméniques pour arriver à des règles concrètes sur la manière de se comporter».
L’Eglise grecque-catholique d’Ukraine est particulièrement concernée, actuellement, par le document de la Commission «Pro Russia» – appelée depuis 1993 ’Commission interdicastérielle permanente pour l’Eglise en Europe orientale’. Cette communauté, «après avoir souffert le martyre sous le régime communiste tout en restant toujours fidèle à Rome», demande aujourd’hui une reconnaissance juridique par la création d’un patriarcat catholique. Moscou, de qui dépend le principal patriarcat orthodoxe du pays, refuse toutefois une telle éventualité. «Même s’ils en ont le droit et que le pape les soutient dans ce sens, il faut en étudier l’opportunité», a expliqué le cardinal Kasper. «Personnellement, je ne vois pas l’utilité d’une décision imminente à ce sujet, qui nécessite une consultation avec les autres Eglises». BB
Encadré:
La primauté du pape, principal obstacle au dialogue oecuménique
Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, a annoncé, il y a quelques jours, la tenue d’un symposium sur le thème de la primauté du pape, fin mai à Rome.
Il s’agit, a-t-il expliqué à l’Apic le 19 février, d’étudier sur un plan «strictement académique» la manière dont la primauté «devra être exercée à l’avenir, en fonction du dialogue oecuménique». «Sans toutefois en changer la substance», a-t-il précisé.
Dans son encyclique «Ut Unum Sint» – publiée en mai 1995 sur l’unité des chrétiens -, Jean-Paul II avait déjà fait part de son désir, en tant qu’évêque de Rome, de «trouver une forme d’exercice de la primauté, ouverte à une situation nouvelle, mais sans renoncement aucun à l’essentiel de sa mission». En décembre 1996, quelques mois plus tard, la Congrégation pour la doctrine de la foi organisait un symposium au Vatican sur ce sujet, se concentrant uniquement sur l’aspect doctrinal.
Trente théologiens catholiques et orthodoxes participeront à cette rencontre, à huis clos. Le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens a envoyé une invitation aux principaux patriarcats orthodoxes en leur demandant de nommer un ou deux théologiens de leur choix pour y participer. La plupart ont répondu positivement, dont le patriarcat de Moscou. «Ce symposium veut être une aide à la réflexion sur un sujet important», a précisé le cardinal Kasper, ajoutant cependant que «aucune proposition pratique ne sera faite».
(apic/imedia/bb)
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