Les chrétiens sont en partie responsables de la situation

Saint-Maurice: Séminaire sur la souffrance au Proche-Orient

Saint-Maurice, 23 février 2003 (Apic) Un séminaire à l’intention de différentes Eglises chrétiennes s’est tenu du 21 au 23 février à Saint Maurice en Valais. La souffrance de Dieu au Moyen-Orient fait dire à certains conférenciers, comme le pasteur suisse Shafique Keshavjee, et le Père Abdel Nour, curé de Beit-Jala à Jérusalem, que les chrétiens sont en partie responsables de la situation.

Pour le pasteur Keshavjee, la complexité du conflit israélo-palestinien a des racines économiques, politiques, culturelles mais aussi religieuses. « Je connais bien le problème, dit-il, car à la fin de mes études de théologie, je suis allé faire mon travail de mémoire sur la notion de Terre promise. J’ai été en Palestine, en Israël, en Egypte et en Jordanie, au Liban et en Syrie. J’ai entendu ce que pensent les musulmans, les chrétiens et les Juifs. Ils sont très divergents ».

Il étaye ses propos en évoquant le nom de Ben Laden et cite un communiqué du front islamique mondial du djihad contre les Juifs et les croisés, le présumé ennemi n°1 des USA, datant de1998: « Depuis que le monde arabe existe, il n’a jamais été soumis une épreuve aussi dure que celle imposée par les troupes des croisés qui se déplacent sur nos terres comme des sauterelles, dévorant ses richesses et ses plantations. Tout cela coïncide avec leur alliance contre les musulmans. Vu la gravité de la situation et notre manque de soutien, nous devons examiner ensemble la portée des événements actuels. Les actions américaines ont la volonté de détruire l’Irak, le plus puissant des Etats arabes. Une fois l’Irak abattu, ce sera le tour de l’Arabie Saoudite, l’Egypte et le Soudan. Tout cela sous le prétexte d’assurer la survie de l’Israël. »

Shafique Keshavjee rappelle qu’Oussama Ben Laden et l’Arabie Saoudite ont été longtemps financés par les Etats-Unis, en échange de leur pétrole. Il souligne également que les occidentaux puisent leurs ressources pétrolières en Arabie Saoudite, qui fournit un quart de la production mondiale. « Nous en avons besoin et nous formons un marché parallèle avec celui de l’administration américaine. Cela permet, à nos Etats d’être complaisants face aux nombreuses violations des droits de l’homme dans ce pays », soutient le pasteur d’origine indienne. Il désigne également les Eglises chrétiennes, jugées trop passives, comme responsables de cette situation. « Qu’est-ce que les Eglises américaines et occidentales ont fait pour que l’autorité politique rompe avec cette alliance? », s’interroge le conférencier. Pour des raisons matérialistes, Américains et occidentaux détruisent quelque chose de fondamental non seulement en Arabie Saoudite mais aussi en Israël, en Palestine, en Amérique et en Occident même. Puisque que les retombées n’épargnent aucun pays. Les attentats du 11 septembre 2001 en sont une malheureuse illustration.

Non aux alliances douteuses

Le pasteur n’hésite pas à dénoncer l’aveuglement qui marque les autorités chrétiennes dans leurs discours. Face à la vision à court terme de l’administration américaine, les Eglises doivent changer de langage. On remarque qu’elles sont trop centrées sur la vie de famille chrétienne dans sa vie d’éthique. Mais la vie économique doit aussi être aussi au centre de leur préoccupation afin qu’elle soit imprégnée de plus d’humanité. « Les Eglises doivent dire non à certaines alliances douteuses », lance Shafique Keshavjee. « Actuellement, ajoute-t-il, des imams formés en Arabie Saoudite sont partout présents, même en Europe. Ils infectent la situation. On connaît les difficultés qu’éprouvent certains enseignants d’histoire en France. Quant ils évoquent la Shoa, il y a une forte résistance de la part d’une population d’élèves musulmans, qui les empêchent d’enseigner. En Suisse, certains élèves musulmans grognent quand on parle de l’enseignement biblique. Il y a des enseignant qui cèdent déjà à la peur. »

Le pasteur Keshavjee cite un membre ismaélite de sa famille converti au sunnisme. Universitaire, il avait même rédigé la constitution de sa communauté religieuse d’origine. Depuis sa conversion, il a une haine viscérale contre les juifs. Au point d’affirmer que le plus bel acte qu’un musulman puisse commettre en Palestine, c’est d’avoir toujours des explosifs pour tuer les juifs.

Rencontrer les acteurs sur place

« Pourquoi ne ferions nous pas ensemble un voyage pour rencontrer les acteurs sur place? », s’interroge le conférencier. L’idée est aussi émise par le Père Jacob Abden Nour, prêtre catholique palestinien, qui compare aujourd’hui les lieux de culte à des musées. Les fidèles ne les fréquentant plus car ils ont fui les hostilités. Au nom de la justice « de Dieu », certains chrétiens sont devenus pro-palestiniens ou pro-juifs.. Un autre problème relevé par le Père Jacob touche l’interprétation des textes. Certains passages bibliques, comme ceux des prophètes Ezéchiel et Jérémie, justifient le retour du peuple juif en Israël. Tout comme les juifs, les chrétiens sont divisés sur leur interprétation. Au niveau du Coran, certains textes appellent à aimer les juifs et haïr les chrétiens, d’autres, comme la sourate 5, en appellent à aimer les chrétiens et haïr les juifs.

« Il nous manque une reconnaissance mutuelle », conclue Shafique Keshavjee, apôtre du dialogue interreligieux. Plus que jamais, le rôle des Eglises est de constituer un pont entre elles. Il faut absolument favoriser le travail de médiation et être solidaire avec tous, faire entendre la souffrance de ce monde sur place. Et le Jordanien Victor Hashweh, conférencier aussi, de rappeler que les Israéliens et les Palestiniens sont des hommes. « Ce ne sont pas des hamburgers où on ajoute ou enlève ce qu’on veut. Il faut absolument un regard nouveau sur cette souffrance », a-t-il lancé. BB

Encadré:

Que les autorités démissionnent si elles ne peuvent assurer la paix

Le père Jacob Abdel Nour est né en 1927 à Jérusalem, de parents grec- orthodoxes. Ordonné prêtre en 1950, il a passé les 10 premières années dans les villages de Transjordanie. En 1960, il a été nommé curé de la paroisse latine de Beit-Jala, où il demeure encore aujourd’hui. Il vient de construire un immeuble de 32 pièces et aide les familles à se

loger et à travailler pour survivre.

Il est venu en Suisse pour dire qu’il n’y a pas d’autre solution que la coexistence en Terre sainte. « Tout le monde souffre. La vie économique, sociale et politique est paralysée. La rébellion palestinienne refuse les conditions de vie inhumaine qui leur sont imposées par l’armée israélienne », reconnaît-il. En Palestine, les gens sortent une à deux fois la semaine pour aller faire des commissions. La plupart du temps, leurs écoles sont fermées. Ils dépendent du régime militaire israélien qui conditionne leur vie à la façon dont ils réagissent face aux frappes.

Les deux peuples sont de plus en plus pauvres et le chômage s’amplifie. Il faut un Etat pacifique de coexistence. « Nous avons beaucoup de propositions. La plus importante pour moi reste celle de notre patriarche Michel Sabbat qui a demandé à nos autorités de démissionner si elles ne peuvent pas assurer la paix pour tous », indique le prêtre. Le Père Jacob demande aux Suisses d’aller la Terre sainte en relançant l’industrie du tourisme. « C’est la seule source de revenus qui reste à ces deux peuples. Les touristes et les pèlerins sont pour nous une source de joie et de survie. L’argent ne circule presque plus et l’Etat devient de plus en plus incapable », relève-t-il.

(apic/dng/bb)

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