Sondage exclusif: la vision d’une «Suisse hérisson» est dépassée
Lausanne, 6 mars 2003 (Apic) 9 Suisses sur 10 considèrent important pour l’avenir de la société d’apprendre à vivre avec des personnes d’une culture différente. Un sondage exclusif montre que la vision d’une «Suisse hérisson» est largement dépassée et que les Romands sont plus ouverts à l’étranger que les Alémaniques.
Alors qu’à la veille d’une conflagration programmée au Moyen- Orient, certains bassinent le public avec la théorie du «choc des civilisations», les Suisses se montrent plutôt ouverts au dialogue des cultures.
Selon un sondage de l’Institut MIS Trend SA à Lausanne, réalisé à l’occasion de la campagne oecuménique de carême intitulée «S’écouter pour s’entendre», deux Helvètes sur trois estiment que la Suisse a un rôle de pionnier à jouer au plan international pour promouvoir la compréhension entre les cultures.
Commandé par les oeuvres d’entraide protestante et catholique «Pain pour le Prochain» et «Action de Carême», cette enquête d’opinion a été menée en janvier dernier. L’Institut de sondages a interrogé par téléphone 1004 Suisses – 503 romands et 501 alémaniques – âgés de 18 à 74 ans. MIS Trend estime que la marge d’erreur sur le total est d’environ 3%.
La «généreuse complicité» de MIS Trend
Les commanditaires du sondage considèrent que ces chiffres témoignent d’une réelle prise de conscience de l’enjeu que représente le caractère multiculturel de la société. «Si Pain pour le Prochain et Action de Carême ont choisi le dialogue entre les cultures pour leur campagne de cette année, écrivent les deux oeuvres d’entraide, c’est parce qu’il se décline quotidiennement depuis des années dans leurs projets. La dimension interculturelle représente l’un des moteurs de l’évolution du travail de développement».
Grâce à «la généreuse complicité» de MIS Trend, qui a placé – gratuitement – quatre questions supplémentaires dans le cadre d’un sondage effectué par l’Institut lausannois, Action de Carême et Pain pour le Prochain disposent de données très intéressantes en rapport avec leur campagne sur la communication interpersonnelle, interculturelle et interreligieuse. Dans un contexte marqué par la xénophobie rampante, le racisme au quotidien et l’intolérance, les deux oeuvres d’entraide ont voulu savoir ce que pensent les Suisses du caractère multiculturel de leur société. «Les réponses sont très encourageantes», écrit Charles Ridoré, secrétaire romand de l’Action de Carême.
Différences sensibles entre Romands et Alémaniques, un phénomène ville-campagne
A la question de savoir s’il est important d’apprendre à vivre avec des personnes d’une autre culture pour l’avenir de la société suisse, seule une personne sur 10 estime que cet apprentissage de la convivialité est peu ou pas important. Des différences sensibles existent entre Romands et Alémaniques: 9,2% des Romands considèrent cet apprentissage comme peu ou pas important contre 16,8% des Alémaniques. Ils sont 89,3% contre 82,2% à penser au contraire que l’apprentissage de la convivialité est assez ou très important.
Comme on a déjà pu le constater lors d’autres sondages ou à l’occasion de votations fédérales, la Suisse romande tend à se révéler un peu plus ouverte que la Suisse alémanique. Mais il faut relever que les villes de Suisse alémanique ont généralement des positions assez proches de celles des Romands. L’ouverture aux autres est également différente selon le type de formation: 20% des personnes interrogées ayant fréquenté une école professionnelle jugent peu ou pas important d’apprendre à vivre avec des personnes d’une culture différente, contre 5,9% de celles qui ont une formation supérieure.
Le sexe, l’âge et la formation sont aussi déterminants
Le caractère multiculturel de la société suisse est-il plutôt source de richesse ou cause de difficultés, ou les deux à la fois ? Près d’une personne sur deux (48,2%) manifeste une ambivalence. Les Romands sont nettement plus nombreux à partager ce sentiment mitigé (62%) que les Alémaniques (43,7%). Pour 26% des personnes interrogées (27,8% pour les Romands, 25,3% pour les Alémaniques), il s’agit plutôt d’une richesse. Les hommes (31,1%) sont plus positifs que les femmes (20,7%). A l’inverse, les Alémaniques (25,9%) insistent bien plus sur l’aspect difficultés que les Romands (9,1%). Il en est de même pour les femmes (26,7%), qui ressentent davantage les difficultés que les hommes (17%), une tendance qui s’accentue avec l’âge des personnes interrogées et le niveau plus ou moins élevé de formation.
D’après les résultats du sondage, constate Charles Ridoré, une formation plus élevée procure une connaissance plus objective et plus large de l’autre, et partant une plus grande ouverture à son égard. Quant à la tradition humanitaire de la Suisse, près de 2 Suisses sur 3 pensent qu’elle a aussi un rôle de pionnière et d’exemple à jouer pour promouvoir la compréhension et la rencontre des cultures. Là encore, les Romands se distinguent des Alémaniques (69,4% contre 62,1%), l’âge et le niveau de formation jouant également un rôle. Les personnes plus âgées et les mieux formées sont plus sensibles au rôle de pionnière que pourrait jouer la Suisse dans ce domaine.
La presse véhicule plutôt une image négative des étrangers pour un Suisse sur 4
La presse véhicule plutôt une image négative des étrangers, selon 24,1% des personnes sondées, contre 12,8% qui pensent au contraire qu’elle en donne une image positive. Près de la moitié des personnes interrogées (46,6%) estiment que cette image n’est ni positive ni négative. Résumant les résultats du sondage de MIS Trend, Charles Ridoré constate que le caractère multiculturel de la Suisse est plutôt apprécié positivement et qu’une nette majorité de Suisses sont partisans d’un engagement de la Suisse en vue de promouvoir la compréhension et le dialogue entre les cultures. Et le secrétaire romand de l’Action de Carême de conclure que «ces résultats sont importants en cette année électorale où les thèmes de la xénophobie et du repli sur soi risquent de constituer des chevaux de bataille pour certaines formations politiques». (apic/com/be)
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