Congo: Entretien avec Mgr Nicolas Djomo, évêque de Tshumbe en zone rebelle

« Notre pays est victime de ses richesses »

Michel Bavarel, Apic, de retour de Kinshasa

Kinshasa, 11 mars 2003 (APIC) Son diocèse se situe dans le Kasaï oriental, en plein coeur de la République démocratique du Congo. Une zone occupée depuis août 1998 par les rebelles du Rcd/Goma, soutenus par le Ruanda. Entretien avec l’évêque de Tshumbe, Mgr Nicolas Djomo, à Kinshasa où il a pu parvenir par un vol direct, autorisé deux fois par mois depuis un an et demi, alors qu’auparavant il devait faire un immense détour.

« Pendant les deux premières années, les paysans n’ont rien pu cultiver, car, fuyant les combats, ils ont dû se réfugier en forêt, privés de nourriture, de médicaments, exposés aux intempéries. Tout a été pillé, il y a eu des viols, l’enrôlement d’enfants-soldats, des exactions, des tracasseries. Et cela continue encore aujourd’hui. Pour la population, c’est souffrances sur souffrances », dit Mgr Djomo. Impossible d’évaluer les pertes en vies humaines, mais « en écoutant les villageois parler des disparus, on se rend compte que de nombreuses personnes sont mortes ». Essentiellement rural, le diocèse de Tshumbe compte 700’000 habitants, dont 225’000 catholiques. Le petit séminaire et les églises, écoles, hôpitaux de huit des dix-neuf paroisses ont été détruits ou gravement endommagés.

Que peuvent faire l’Eglise catholique, et Mgr Djomo en particulier? « Au début de la guerre, je me trouvais hors de mon diocèse. Quand j’ai pu rentrer, à la fin 1999, les balles sifflaient encore. Je suis allé un peu partout, au péril de ma vie, mais c’est pour cela qu’on est pasteur. Nous avons plaidé auprès des rebelles la cause de la population, pour faire en sorte qu’elle ne soit pas prise pour cible. Nous avons aussi dû nous engager, avec le soutien de nos partenaires, dans un combat pour la sécurité alimentaire et la santé. Dernièrement, un jeune prêtre a pénétré dans une région extrêmement dangereuse pour apporter des vaccins contre la polio. Nous travaillons également dans le domaine de l’éducation, sinon l’on recule vers l’analphabétisme. C’est une région où les gens n’attendent du secours que de l’Eglise. L’Etat est quasiment absent et les rebelles n’apportent rien. Au contraire, ils ne font que rançonner la population ».

Les richesses minières de Tshumbe provoquent la guerre

Quelles sont les causes de la guerre? La présence de richesses minières – il y a du diamant dans le diocèse de Tshumbe – fait-elle partie de ces causes ? « Effectivement, la population de ce pays vit pauvrement et est victime de ses richesses. Qui les exploite? Des nationaux et des gens de l’extérieur. Des jeunes gens sont employés dans l’extraction du diamant, mais ils ne reçoivent que des miettes. L’essentiel des profits va aux échelons supérieurs – où l’on gagne des sommes colossales – et la population locale n’en voit pratiquement rien. » Mgr Djomo attribue la responsabilité de la situation aux Congolais qui ont fait prévaloir les égoïsmes sur l’intérêt commun et à l’étranger « qui a toujours manipulé les hommes à la tête du pays ».

Un « Accord global et inclusif » a été conclu, le 16 décembre dernier, entre les différentes composantes aux prises au Congo, mais sa mise en oeuvre semble laborieuse. « On traîne, on traîne, alors que les souffrances du peuple ne permettent pas de traîner. Il y a des leaders qui ne sont pas pressés, parce qu’ils ont avantage à ce que le processus tire en longueur, et une population exténuée qui n’attend que la paix pour pouvoir respirer, travailler, circuler, s’organiser », commente l’évêque de Tshumbe. On a peu parlé en Occident de ce conflit qui aurait fait plus de deux millions de morts. Les Congolais se sentent-ils abandonnés? « Quelle est la raison de ce silence? Nous l’ignorons », répond Mgr Djomo. « Nous nous sentons en effet abandonnés par la communauté internationale. » (apic/mba/bb)

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