La spirale de la militarisation du pays aggrave la situation

Colombie: Les membres du clergé colombien de plus en plus cibles de la violence

New York, le 11 mars 2003 (Apic) Les Eglises colombiennes sont de plus en plus les cibles de la violence perpétrée aussi bien par des groupes de gauche que de droite, affirment des témoins de la détérioration de la situation dans les régions rurales. Des prêtres sont tués, enlevés. Et la situation semble se radicaliser de jour en jour, dans un conflit qui lèse chaque année près de 30’000 victimes.

« Auparavant, les Eglises étaient à l’écart du conflit. Mais ce n’est plus le cas », a constaté Luz Marina Gomez, membre d’une Eglise protestante indépendante, et militante pour la défense des droits de la personne, lors d’un forum tenu récemment à New York.

Plusieurs prêtres ont payé de leur vie la violence dans ce pays, une violence encore aggravée par les règlements de compte entre bande de délinquants, de trafiquants de drogue ou autres tueurs à gage. Ainsi le pays le plus frappé par la violence contre des missionnaires a été la Colombie, où l’archevêque de Cali, Mgr Isaias Duarte Cancino, a été tué le 16 mars 2001 en sortant de l’église où il venait de célébrer la messe. Les soupçons pèsent la sur les trafiquants de drogue. Une religieuse, un séminariste et 7 prêtres ont également été tués dans ce pays, où le père Arley Aria Garcia a été abattu le 18 mai 2001 dans une embuscade alors qu’il s’occupait à un échelon régional de promouvoir des négociations entre paramilitaires et guérilleros.

Luz Marina Gomez et le prêtre catholique Luis Teodor Gonzalez Bustacara ont réitéré les préoccupations évoquées par d’autres représentants d’Eglise lors de précédentes visites. Selon eux, la militarisation croissante du pays accentue la spirale de la violence et laisse la société colombienne désemparée.

Loin des années 70 et 80

Pour eux, cette guerre diffère des conflits d’Amérique latine des années 70 et 80, lorsque des membres militants du clergé, influencés par la théologie de la libération – courant théologique prônant l’engagement concret de l’Eglise auprès des pauvres – étaient souvent les cibles de groupes de droite et d’unités militaires ou paramilitaires.

Aujourd’hui, plusieurs ecclésiastiques, entre autres des pasteurs de petites Eglises indépendantes protestantes ou pentecôtistes des régions rurales, qui se disent pourtant apolitiques, sont devenus les cibles des mouvements de guérilla et d’unités paramilitaires de droite. La situation est particulièrement tendue au nord, dans la région d’Arauca, près de la frontière avec le Venezuela, où se trouvent des gisements pétroliers et où habitent Luis Marina Gomez et le prêtre Gonzalez. Depuis plusieurs années, un oléoduc utilisé par la compagnie des Etats-Unis Occidental Petroleum est régulièrement attaqué par les forces de gauche – notamment par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, 70 soldats des forces spéciales des Etats-Unis forment le personnel militaire colombien pour assurer la protection de l’oléoduc. Un prétexte, pour justifier l’action de Washington en Colombie, pour former les militaires colombiens à la lutte contre la guérilla.

Paralysie

La militarisation paralyse la région et son économie, déplorent Luz Marina Gomez et le prêtre Gonzalez. Cette militarisation pousse les gens à quitter leurs maisons. « Nous avons deux options: attendre la mort ou partir. »

Les militants et la société civile réclament une reprise des négociations de paix en vue de mettre fin à environ 40 ans de conflit et demandent que les fonds alloués au budget militaire servent à promouvoir l’éducation dans la région. (apic/eni/pr)

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