Mise en garde contre l’atteinte aux civils irakiens

Irak: Les évêques américains déplorent vivement que la guerre n’ait pas pu être évitée

Washington/New York, 20 mars 2003 (APIC) Alors que les Etats-Unis déclenchent leur agression contre l’Irak, les évêques américains déplorent vivement que la guerre n’ait pas pu être évitée. Ils mettent en garde les troupes américaines contre l’atteinte aux civils irakiens et à leurs biens. Le Vatican a pour sa part exprimé jeudi « sa profonde douleur » à l’annonce des premiers bombardements sur l’Irak.

Dans un communiqué publié à la veille des premiers bombardements sur Bagdad, le président de la Conférence des évêques catholiques, Mgr Wilton D. Gregory, a exprimé son « profond regret que la guerre n’ait pas pu être évitée ». L’évêque de Belleville, dans l’Illinois, a lancé un appel aux troupes américaines et à leurs alliés pour « estimer les vies et les biens des civils irakiens comme si c’étaient les vies et les biens de nos propres familles et de nos propres civils. »

« Nous avons travaillé, prié et espéré que la guerre serait évitée », écrit Mgr Wilton Gregory dans une « déclaration sur la guerre contre l’Irak » publiée le 19 mars à Washington. « La tâche maintenant (.) est d’espérer que les conséquences mortelles de la guerre seront limitées, que les vies civiles seront protégées, que les armes de destruction massive seront éliminées et que le peuple d’Irak jouira bientôt de la paix dans la liberté et la justice », écrit le président de la Conférence des évêques américains.

Appel à observer les contraintes morales et légales

Sans mentionner que la guerre américaine, en contournant le Conseil de sécurité des Nations Unies, se fait en violation de la Charte de l’ONU et du droit international, les évêques appellent les Etats-Unis et ses alliés à observer « les contraintes morales et légales dans la conduite de la guerre » et à « respecter la vie et la dignité des civils irakiens, qui ont déjà tellement souffert de la guerre, de la répression et de l’embargo débilitant ».

La Conférence des évêques américains estime « clairement injustifiée » toute décision de se défendre contre les armes de destruction massive des Irakiens « en utilisant nos propres armes de destruction massive ». Dans le but d’humaniser la guerre, les évêques pensent que les mines anti-personnel, les bombes à fragmentation et les autres armes qui ne peuvent distinguer entre soldats et civils « devraient être évitées. »

« Les décisions prises concernant l’Irak et la guerre contre le terrorisme pourraient avoir des implications historiques pour l’usage de la force, la légitimation des institutions internationales et le rôle des Etats-Unis dans le monde », déclare l’évêque américain. Il dit « comprendre et respecter » les choix moraux difficiles qui doivent être faits par « notre président et d’autres qui portent la responsabilité de prendre ces graves décisions impliquant la sécurité de notre nation et du monde ».

Mgr Wilton D. Gregory souligne que les évêques apportent leur soutien aux soldats qui ont accepté en conscience l’appel à servir leur pays dans les forces armées et réitèrent leur soutien de longue date à ceux qui font une objection de conscience. Soulignant que dans le long terme, les Etats- Unis doivent aider les Irakiens à construire une paix juste et durable dans leur pays, tout en affrontant aussi les problèmes très sérieux et toujours non résolus au Moyen-Orient, « spécialement le conflit israélo-palestinien ». Lors de la première guerre du Golfe, le président Bush senior avait déjà parlé d’un « nouvel ordre mondial » dans lequel le problème israélo- palestinien devait être résolu, mais 12 ans après, la situation a empiré.

Le président de la Conférence épiscopale américaine a également mis en garde contre le risque que ces efforts aboutissent à l’abandon des responsabilités envers les pauvres aux Etats-Unis mêmes et à l’étranger, ou au détournement des ressources essentielles destinées à d’autres urgences humanitaires dans le monde.

Jésuites contre la guerre

« America magazine », l’hebdomadaire catholique national dirigé par les jésuites, tout en s’opposant très clairement à la guerre voulue par George Bush, donne également la parole aux thuriféraires de la guerre, comme le philosophe catholique conservateur George Weigel. Ce dernier est chercheur à l’ »Ethics and Public Policy Center » à Washington, un « think tank » conservateur financé par les milieux du business américain. Le Centre s’occupe notamment de publier des positions idéologiques dans les domaines de la religion et de la société, de la culture et de la société et de la politique étrangère.

S’en prenant récemment aux prises de position antiguerre du Conseil national des Eglises et de « certains bureaux de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis ou la Faculté de Princeton », G. Weigel a développé le concept de « guerre juste » dans le cadre de la réflexion sur la guerre préventive condamnée par le Vatican. Il a estimé que la tradition de la « guerre juste » est bien plus vivante au plus haut niveau du Pentagone que chez les responsables d’Eglises. Dans un article de quatre pages, Weigel prend la défense de la politique de l’administration Bush. Il dénonce les « conspirations européennes » – et réfute la thèse affirmant que les Etats-Unis mènent cette guerre pour le contrôle des ressources pétrolières de l’Irak – et la position de la France au Conseil de sécurité.

« La guerre contre l’Irak sera une défaite pour la sécurité des Etats- Unis », écrit le magazine dirigé par les jésuites. Cette guerre, relève-t- il, ne fera que croître la prolifération des armes de destruction massive et intensifiera l’anti-américanisme à l’extérieur, et avec lui la menace terroriste. La guerre contre l’Irak « va saper le leadership américain dans le monde pour les générations à venir ». Soulignant la quasi unanimité des leaders religieux dans le monde contre la guerre, le magazine souligne que de nombreux Américains se sentent pris entre le patriotisme et leurs croyances religieuses.

Financer la guerre au détriment des pauvres

Mais, affirme « America », c’est une fausse dichotomie, car « s’opposer à la guerre, c’est choisir à la fois Dieu et le pays ». La revue jésuite met également en cause le programme intérieur de l’administration Bush, dont le discours sur le « conservatisme compatissant » ne peut cacher le fait que les cadeaux fiscaux faits aux riches investisseurs provoquent une baisse des impôts catastrophiques.

Les municipalités et les gouvernements des Etats, face aux diminutions des recettes fiscales, se voient ainsi obligés de couper dans les dépenses pour l’éducation, la santé, les transports publics, les transit, les services sociaux et la police. Et ceci à un moment où il y aurait la nécessité d’en faire plus dans ces domaines, qui seront encore obérés par les futures ponctions pour le financement de la guerre. « Nous avons davantage besoin de politiques de redistribution anticycliques que de coupes dans les dépenses », note encore « America ». JB

Encadré

Etats-Unis: Relations interreligieuses au plus bas

Avec la guerre qui commence, les relations interreligieuses aux Etats-Unis, déjà au plus bas depuis des mois, ne vont pas s’améliorer, notent les observateurs. Selon le Révérend baptiste Welton Gaddy, président de l’ »Interfaith Alliance » à Washington (une organisation qui s’oppose à une attaque unilatérale des Etats-Unis), « nous devons faire face désormais à une véritable crise des relations interreligieuses ». Des milieux chrétiens fondamentalistes prennent les musulmans pour cibles, accusés de promouvoir la violence.

De leur côté, les juifs se plaignent d’être les boucs émissaires des opposants à la guerre contre l’Irak, tandis qu’un Eric Erfan Vickers, responsable du Conseil musulman américain, se demande s’il n’y avait pas un message de Dieu derrière la destruction de la navette spatiale Colombia à bord de laquelle avait pris place un astronaute israélien.

L’après 11 septembre avait déjà provoqué des dérapages. Des personnalités de la « Christian Coalition » et de la mouvance évangélique fondamentaliste avaient attaqué sans ménagement l’islam et les musulmans. Des télévangélistes comme le Révérend Franklin Graham s’en étaient pris violemment à l’islam et ont largement contribué au développement d’un climat haineux et islamophobe. Les constantes références religieuses dont le président Bush émaille ses discours politiques donnent au public musulman l’impression que les Etats-Unis mènent une croisade contre l’islam, notent encore les critiques. Les responsables religieux aux Etats- Unis reconnaissent désormais que la guerre contre l’Irak a empoisonné encore davantage les relations entre les diverses confessions, causant des dommages qui mettront des années à guérir. (apic/cns/be)

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