Unanime condamnation des Etats-Unis et de l’Angleterre

Guerre en Irak: Vives réactions des Eglises et des hommes d’Eglise dans le monde

Bruxelles/Paris, 21 mars 2003 (Apic) Les réactions pour condamner l’intervention des forces américano-anglaises en Irak continuent de tomber. Le cardinal français Roger Etchegaray a affirmé jeudi que cette guerre est « dans un certain sens un conflit mondial ». Le monde islamiste est aussi en effervescence. De nombreuses manifestations hostiles à Washington et Londres se sont déroulées en Asie.

Le haut prélat, très proche de Jean Paul II, a par ailleurs fait état de la « déception du pape, qui a tout essayé pour éviter la guerre ». Selon le cardinal le pape « ne se considère pas battu, parce qu’il estime avoir contribué à réveiller la conscience de l’humanité » contre cette guerre, a-t- il toutefois assuré.

« C’est une déflagration qui secoue le monde entier, et pas seulement l’Irak et le Moyen Orient », a souligné Mgr Etchegaray, 82 ans, dans des déclarations à la presse.

« Le conflit d’aujourd’hui est dans un certain sens un conflit mondial », a-t- il ajouté, en rappelant avoir vécu la dernière guerre mondiale. Pour l’ancien président du Conseil pontifical « Justice et Paix », il y aura des conséquences pour toute la famille humaine, sur les plans politique, social, culturel et religieux. « Il faut être attentif à ces conséquences, les mesurer et en tirer des leçons ».

« Illégale et immorale »

L’attaque militaire de l’Irak par les Etats-Unis est « illégale, immorale, politiquement dangereuse et mal avisée culturellement », a pour sa part affirmé jeudi le Conseil oecuménique des Eglises (COE) qui regroupe notamment les Eglises protestantes, anglicanes et orthodoxes.

Le COE fâché

Dans une déclaration publiée à Genève, le secrétaire général du COE, Konrad Raiser, a demandé aux gouvernements des Etats-Unis et du Royaume Uni, ainsi qu’à ceux qui les soutiennent, de cesser leurs activités militaires contre l’Irak.

« Toute guerre comporte un coût élevé par les morts de soldats et de civils, les destructions des biens et de l’environnement, les divisions des peuples, des gouvernements et des cultures qu’elle provoque », a-t-il prévenu, en ajoutant: « les guerres ne peuvent être gagnées, seule la paix le peut ».

Konrad Raiser a souligné que les Eglises « devaient coopérer avec les personnes d’autres confessions, en particulier les musulmans, pour restaurer la confiance entre les nations ». Il a critiqué vivement George W. Bush et Tony Blair: « en s’appuyant sur le droit du plus fort, y compris le recours à la menace et à la pression économique pour pousser d’autres Etats à soutenir leur action, ces pays amoindrissent la loi internationale qu’il a fallu construire durant cinquante ans », a-t-il dit.

A l’exception notable de certains mouvements évangélistes américains de tendance fondamentaliste, la majorité des Eglises chrétiennes ont condamné l’intervention militaire américaine en Irak.

Une cérémonie de prière oecuménique a été organisée jeudi soir au siège du COE à Genève.

Les musulmans français en appellent à la vigilance

Les autorités musulmanes françaises ont appelé jeudi leurs communautés à la « sérénité », au « sang-froid » et à la « vigilance » pour éviter toute tension qui pourrait naître en France entre les diverses communautés pendant la guerre d’Irak.

Interrogé pour sa part jeudi sur les ondes de Radio Notre-Dame et KTO Télévision catholique, le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, demande de ne pas céder à « la panique que la médiatisation de l’événement est en train de susciter. Ce serait une erreur car la peur est mauvaise conseillère. Elle paralyse la raison et brouille le jugement. Il y a aujourd’hui d’autres guerres que les média ignorent ».

Pour le cardinal Lustiger, faire la paix est un devoir permanent. « Dirigeants et hommes de guerre invoquent Dieu pour le mettre de leur côté. Mais Dieu ne veut pas la guerre ; l’homme qui tue son frère pèche contre Dieu. Pour nous, chrétiens, les religions ne doivent pas être mises au service de la guerre ; la guerre ne rend pas service aux religions, même si certains pensent ou disent le contraire. Aujourd’hui, quoi qu’il en soit des positions en présence, personne ne pourra entraîner les catholiques dans une guerre de religion ».

Le cardinal français invite enfin les chrétiens, et les non-chrétiens « dans la mesure où ils le peuvent », à « continuer de prier pour que la paix arrive dans les coeurs, de jeûner pour que nous renoncions aux moyens de puissance. »

Les évêques de Belgique montent aussi au créneau

Dans une déclaration faite jeudi également, la Conférence des évêques de Belgique monte au créneau pour dénoncer cette guerre. « Malgré les innombrables appels à la paix adressés aux deux parties et en dépit de tous les efforts diplomatiques déployés par la communauté internationale en général et tant d’autorités religieuses en particulier, la guerre en Irak n’a pu être évitée ». Les évêques rappellent la récente déclaration du Vatican: « Qui décide que tous les moyens pacifiques prévus par le droit international sont épuisés, assume une grave responsabilité devant Dieu, devant sa conscience et devant l’histoire ».

« Il est donc clair que nous condamnons sévèrement cette guerre entamée sans que ne soient épuisés tous les recours prévus par le droit international », poursuivent les prélats. Qui concluent: « La guerre est toujours un échec pour l’humanité. Maintenant qu’elle a éclaté, nos pensées vont en premier lieu vers les victimes innocentes que ce conflit va générer, ainsi que vers tous ceux qui auront à souffrir de la violence des combats ».

Intolérable mépris

A Genève, le secrétaire général de l’Alliance réformée mondiale (ARM), le pasteur Setri Nyomi, a de son côté fait une déclaration condamnant « sans réserve cette guerre d’agression, et la mentalité unilatérale et impériale qui la sous-tend ». Pour lui, aucun pays, quelle que soit sa puissance, ne peut agir sur la scène mondiale simplement comme elle le veut. « Et elle ne peut pas traiter avec mépris les opinions de ses propres citoyens », a-t-il souligné. Son organisation regroupe 75 millions de chrétiens dans le monde.

La Fédération luthérienne mondiale (FLM), qui compte des Eglises membres dans 76 pays et représente 62 millions de luthériens, avait pour sa part dénoncé « l’unilatéralisme », les notions de guerre « préventive » et « une coalition des volontaires » hors du cadre des Nations Unies.

Le pasteur Keith Clements, secrétaire général de la Conférence des Eglises européennes (KEK), a jugé la guerre « contraire aux principes du droit international » et demandé qu’une assistance humanitaire soit apportée à toutes les victimes sans restrictions imposées par les intérêts militaires.

Mettant en garde contre les conséquences humanitaires de la guerre, le pasteur Clements a lancé un appel aux gouvernements européens. « Nous espérons que les pays d’Europe, en particulier, seront prêts à accueillir les réfugiés de la région et leur accorderont tous leurs droits en conformité avec le droit international », a-t-il souligné.

Réprobation, de New York à Londres, en passant par Rome et l’Australie

Aux Etats-Unis, à New York, les responsables du Conseil national des Eglises (NCC) ont déclaré qu’ils priaient « pour les femmes et les hommes des forces armées des deux parties, qui courent de graves dangers dans une mission qui n’a pas été décidée par eux ».

« Nous nous sommes efforcés d’empêcher une intervention contre l’Irak, et nous sommes préoccupés pour toutes les vies aujourd’hui menacées par l’impuissance de leurs leaders à trouver des alternatives à la guerre », ont déploré Robert Edgar, secrétaire général du NCC, et Elenie Huszagh, présidente de l’organisation.

En Grande-Bretagne, dont le premier ministre, Tony Blair est le plus dévot des fidèles de Bush, l’archevêque de Cantorbéry, Rowan Williams, à la tête des 70 millions d’anglicans dans le monde, a déclaré que l’action militaire contre l’Irak était « un nouveau terrain dangereux dont on ne pouvait connaître ni prédire les conséquences avec certitude ».

Dans une déclaration commune publiée avec l’archevêque de York, David Hope, les deux responsables affirment prier pour les militaires, pour la population irakienne et la région, « dont l’avenir immédiat est si incertain ».

Par ailleurs, un communiqué commun du Rassemblement des Eglises de Grande- Bretagne et d’Irlande, qui représente toutes les grandes Eglises chrétiennes, et du Conseil musulman de Grande-Bretagne, a souligné que le recours à la guerre montrait « l’échec collectif » des deux communautés religieuses.

A Paris enfin, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, s’est joint au concert de protestations pour condamner le recours à la force.

En Allemagne, les responsables des grandes Eglises protestantes et catholique romaine ont souligné dans une déclaration commune qu’il n’y avait aucune justification éthique ou légale à la guerre et qu’une « catastrophe humanitaire » en Irak devait être évitée.

« Inacceptable »

Par ailleurs, le jésuite Michele Simone, vice-directeur de « La Civilta cattolica », revue considérée comme la voix officieuse du Vatican sur les grands problèmes du monde, a jugé que la guerre préventive lancée cette nuit par les Etats-Unis contre l’Irak était juridiquement et moralement « inacceptable ». « Comme tout le monde le sait, une intervention armée contre un pays ennemi ne peut devenir légitime qu’avec l’approbation des Nations Unies », a-t-il déclaré à l’Agence oecuménique ENI.

En Australie, où le Premier ministre a annoncé que les forces australiennes étaient déjà engagées dans le combat contre l’Irak, des critiques ont été émises par un évêque catholique. « Pour la première fois, l’Australie se trouve en guerre, sans la bénédiction des Eglises, sans le soutien du parti de l’opposition et sans un mandat clair du peuple australien », a constaté Mgr William Morris, président du Conseil catholique pour la justice sociale en Australie.

Le monde musulman manifeste

Plusieurs dizaines de manifestations antiaméricaines ont eu lieu jeudi dans plusieurs pays asiatiques, indique l’Agence Misna. Dans les rues de Peshawar et de Lahore, au Pakistan, la foule, composée d’une bonne partie de sympathisants du parti d’inspiration religieuse musulmane Islamic Jamaat- i-Islami, ont crié leur volonté de s’unir aux soldats irakiens contre les militaires américains. « L’Amérique a signé sa condamnation a mort »,a affirmé le chef religieux Maulana Fazlur Rehman. Le gouvernement d’Islamabad a déploré l’action étasunienne mais également le fait que le leader de Bagdad n’ait pas pris en considération toutes les voies possibles pour sauver son peuple de la guerre.

Le gouvernement indien a lui aussi exprimé son opposition à la politique américaine: « L’action militaire lancée aujourd’hui n’a aucune justification », a déclaré un porte-parole, suivi d’un représentant de la communauté islamique, l’imam Bukhari: « les musulmans de l’Inde considèrent l’agression américaine contre l’Irak comme une attaque contre l’Islam et contre l’humanité ». Dans les rues de Kaboul, en Afghanistan, la situation est identique.

Des drapeaux des Etats Unis et des effigies de Bush ont été brûlés également dans les capitales du Bangladesh, du Népal et du Sri Lanka. En Indonésie, leaders musulmans extrémistes et modérés ont parlé d’une même voix contre la guerre. « Je ne suis pas défenseur de Saddam Hussein, mais je voudrais comprendre qui donne le droit à Bush d’expulser un homme de son propre pays », a déclaré Syafii Ma’arif, chef du Muhammadiyah, second mouvement islamique modéré d’Indonésie. Un millier de personnes ont manifesté devant l’ambassade des Etats Unis en Indonésie en scandant « Dieu est grand » et « Américains terroristes ». (apic/ag/eni/misna/pr)

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