3 Fribourg: 27’000 spectateurs au Festival international de films de Fribourg
Fribourg, 23 mars 2003 (APIC) Quelque 27’000 spectateurs – soit une progression de la fréquentation de près de 10% – ont assisté à la 17ème édition du Festival international de films de Fribourg (FIFF), qui s’est tenu du 16 au 23 mars 2003. Engagé dans la promotion du dialogue, de l’échange et de la solidarité entre les peuples et les cultures – le Festival fait connaître les films du Sud en Suisse -, le FIFF a dénoncé dimanche «la guerre immorale, illégale et dangereuse» contre l’Irak.
Président du FIFF, Charles Ridoré a déploré l’événement «non bienvenu, mais malheureusement attendu» qui est survenu au cours du Festival. Le Festival, rejoignant le vaste mouvement de la société civile et de nombreuses organisations non gouvernementales en Suisse et dans le monde, «prend résolument position contre cette guerre immorale, illégale et dangereuse dans ses conséquences possibles, non seulement pour la population civile irakienne, mais aussi pour une perspective de paix et de sécurité durables à l’échelle du Moyen-Orient et à l’échelle planétaire».
Fort applaudi lors de la conférence du palmarès, Charles Ridoré, qui est par ailleurs secrétaire romand de l’Action de carême des catholiques suisses, a relevé que la perspective du FIFF va à l’encontre de la logique de guerre et de confrontations violentes, «surtout quand celle-ci, sous le masque de bons sentiments, poursuit en réalité des intérêts de puissance».
L’Amérique latine et Israël à l’honneur
Le «Regard d’Or» de la 17e édition du Festival international de films de Fribourg a été décerné dimanche à «Historias minimas» – des «petites histoires» sur les routes de la Patagonie -, du réalisateur argentin Carlos Sorin, un prix doté de 30’000 francs par l’Etat et la Ville de Fribourg. Le jury international a été séduit par le regard tendre et complice du réalisateur pour ses personnages. Il s’agit d’un «film poétique dans lequel la simplicité des histoires devient geste cinématographique».
Le Prix Spécial du Jury (d’un montant de 5’000 francs offert par Société suisse des Auteurs SSA et Suissimage) a salué une première oeuvre, le film argentin «Caja negra» (Boîte noire) du jeune réalisateur Luis Ortega. Le film montre trois personnages, trois générations, qui cherchent désespérément à vivre ensemble. Le jury a apprécié le très beau parcours silencieux autour des corps, de la vieillesse, de la solitude et de la sollicitude. Le réalisateur nous montre avec beaucoup de compassion un monde simple, fait de regards et de gestes tendres; des gens fragiles, à la frontière entre le documentaire et la fiction. Le Prix du Public est revenu à un autre film argentin, «Lugares comunes» (Lieux communs) d’Adolfo Aristarain.
Le Prix du documentaire, qui s’élève à 6’000 francs offerts conjointement par le quotidien «La Liberté» et la Télévision suisse romande, revient au film israélien de David Benchetrit, «Kaddim Wind – Moroccan Chronicles». Il dévoile – en 255 minutes! – la discrimination dont sont victimes dans la société israélienne les juifs d’origine marocaine. Benchetrit, lui-même d’origine marocaine, raconte dans son documentaire toute l’histoire d’Israël, mais vue du point de vue de ses frères, les «Mizrahim». Le jury a jugé la «tentative courageuse, et particulièrement réussie, d’explorer un élément essentiel de la complexité de la situation actuelle au Proche-Orient».
Le jury touché par le cri de souffrance de «Jénine, Jénine»
Le jury a relevé que tous les cinéastes en compétition dans la catégorie documentaire répondaient à l’exigence du prix: réaliser un film s’inscrivant avec la plus grande acuité dans la réalité sociale et politique de leur pays. Ainsi, les membres du jury n’ont pas suivi le jugement hâtif de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), qui avait fait pression sur le FIFF et s’était déclarée «outrée» par la décision de la direction du Festival de maintenir la projection du documentaire censuré en Israël «Jénine, Jénine». La FSCI l’avait qualifié de film de propagande – et non pas documentaire – incitant à la haine raciale et à l’antisémitisme.
Le jury s’est distancié de cette appréciation, se déclarant au contraire «touché par le cri de souffrance de ’Jénine, Jénine’». Il faut noter que le professeur Alfred Donath, président la Fédération suisse des communautés israélites, avait reconnu lundi dernier, dans une interview à l’APIC, qu’il n’avait pas personnellement vu le film décrié. Il avait pourtant signé le communiqué affirmant qu’»en patronnant le Festival, nos autorités engagent leur responsabilité et participent à l’installation d’un climat antisémite en Suisse».
Prix du jury oecuménique à un film tunisien
C’est le film tunisien «Araïs al-Teïn» (Poupées d’argile), de Nouri Bouzid, qui a reçu le Prix du jury oecuménique «pour sa grande qualité cinématographique et son propos universel quant au respect des droits des plus petits qu’ils soient enfants ou femmes». Le Jury oecuménique a encore décerné une mention spéciale à «Zendan-e Zanan» (Prison de femmes), de la réalisatrice iranienne Manijeh Hekmat. Cette cinéaste engagée «démontre parfaitement que, pour que le monde puisse changer, il est nécessaire que chacun entende l’autre et change son regard ainsi que son comportement.» Ce film est pour le jury un hymne à la solidarité et à la liberté, malgré les enfermements.
Le public interpellé par des cinéastes engagés
Avec des films comme «Jénine. Jénine», de Mohammed Bakri, «Señorita Extraviada», de Lourdes Portillo, «Aparte», de Mario Handler ou «Kaddim Wind», de David Benchetrit – des cinéastes engagés tous présents au Festival – le public s’est confronté à des questions douloureuses, reflets de situations de crise à travers le monde, constatent les organisateurs.
Dans le contexte international tendu que l’on traverse actuellement, la preuve a été faite durant une semaine éprouvante en événements que la rencontre, l’échange revêtent une importance capitale, estiment les responsables du Festival. «Plus que jamais, le Festival de Fribourg a été le relais du regard des cinéastes sur leur culture et leurs contemporains. Plus que jamais, le festival a démontré la nécessité du dialogue, du témoignage comme une forme de compréhension de l’autre.»
A travers sa programmation et ses discussions, le Festival a tenu à confirmer son engagement pour la promotion de la paix et la compréhension des cultures. Il poursuivra sur sa lancée l’an prochain, lors de la 18e édition qui se déroulera du 21 au 28 mars 2004. (apic/be)
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