Haïti: La Commission «Justice et Paix» des évêques dénonce l’implication de policiers

Un meurtre par jour à Port-au-Prince

Port-au-Prince, 8 avril 2003 (Apic) Les rues de Port-au-Prince sont le théâtre de crimes de plus en plus nombreux. Ces meurtres qui restent très souvent impunis ont touché nombre d’enfants. Un meurtre par jour au moins a été commis dans la capitale haïtienne sur une période de quatre mois, révèle la Commission «Justice et Paix» des évêques haïtiens. Des éléments de la police sont impliqués dans plusieurs enlèvements suivis de meurtres, dénonce cet organe de l’Eglise catholique romaine.

La violence dans les rues de Port-au-Prince a causé la mort de 117 personnes, assassinées, enlevées, portées disparues ou victimes de conflits entre gangs armés, entre le 1er novembre 2002 et le 28 février 2003, indique un rapport de «Justice et Paix» publié par la presse haïtienne. Le rapport donne les noms des victimes, l’endroit du meurtre et une brève description de l’incident.

Tués à l’église et à l’école, exécuté sur un lit d’hôpital

En février dernier, une personne a même été abattue à l’intérieur d’une église d’un bidonville. Le même mois, un élève est décédé à Cité Boston, un quartier de Cité Soleil, suite à une fusillade à l’intérieur de son école. Cité Soleil est une grande agglomération à la sortie nord de la capitale haïtienne où s’affrontent régulièrement des gangs depuis plusieurs années. Les conflits armés y ont provoqué la mort de 30 personnes en février 2003 et en novembre 2002. Le 20 novembre 2002, Fanfan Pompilus, une personne blessée par balles, a été achevée par un homme armé à la salle d’urgence de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH).

40 personnes ont été tuées en novembre 2002, 24 en décembre 2002, 9 en janvier 2003 et 44 en février 2003, selon le rapport de Justice et Paix adressé à divers responsables de la sécurité publique en Haïti, notamment au ministre haïtien de la Justice, à l’Inspecteur général en chef de la Police et à la directrice départementale de l’Ouest de la Police Nationale d’Haïti (PNH).

Parmi les victimes de meurtres, Justice et Paix a dénombré des cas d’enfants, y compris un bébé, d’écoliers et écolières. Des jeunes ont été enlevés chez eux en pleine nuit par des membres de la PNH, des parents exécutés devant leurs enfants, des commerçants abattus sur leurs lieux d’activités, des agents de sécurité privés liquidés, d’autres personnes assassinées sous l’accusation d’avoir volé et d’autres citoyens victimes de balles perdues, rapporte sur internet le réseau alternatif haïtien AlterPresse.

La Commission Justice et Paix déplore le fait que sous prétexte de justice populaire, on peut exécuter des personnes sous l’accusation de vol, sans enquête ni jugement. Justice et Paix a déjà à plusieurs reprises condamné cette forme de justice populaire exercée au nom de la «tolérance zéro», parce qu’elle viole le droit à la vie et à un jugement équitable de toute personne. Pour la Commission épiscopale, cette accusation peut bien cacher d’autres motivations. Dans quelques quartiers, certains groupes s’érigent en juges et dans d’autres, des membres de la police feraient partie de ces escadrons de la mort.

Le Père Jean Hanssens, directeur de la Commission Justice et Paix, déplore une «dégradation inquiétante du respect de la vie» et montre du doigt les conséquences de la circulation des armes illégales et du climat d’insécurité et d’impunité dans le pays. L’organisation catholique appelle les autorités à mettre fin à la circulation des armes illégales, à cesser d’encourager l’impunité des criminels et à créer un climat de paix, de justice et de respect pour la vie de chaque personne. (apic/altp/cns/be)

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