Afrique: Trafic d’enfants: le Togo montré du doigt par HRW
Lomé, 8 avril 2003 (Apic) La poursuite de la traite et du trafic des enfants en Afrique est une réalité. Le Togo est à nouveau montré du doigt par «Human Rights Watch». Et avec lui d’autres pays. Le laxisme affiché par les gouvernements facilite en effet l’engrenage du marché de la honte.
«Human Rights Watch» (HRW), organisation américaine de défense des droits de l’Homme, dénonce dans son rapport d’avril 2003 la poursuite du trafic des enfants au Togo. Elle évoque la traite des filles vendues comme domestiques et des garçons proposés quant à eux aux travaux d’exploitation agricole au Nigeria et au Gabon.
Intitulé «Aux frontières de l’esclavage, la traite des enfants au Togo», le rapport note que des centaines d’enfants sont «accueillis» ou transitent par ce pays, sur la base de fausses promesses d’éducation, de formation professionnelle et d’emploi rémunéré.
Leur transport hors du pays s’effectue dans des conditions dangereuses pour leur vie. Ils sont, en outre, contraints à des travaux périlleux et sont exploités et souvent soumis, par leurs employeurs à des sévices corporels et mentaux. S’ils s’échappent ou sont libérés, les protections nécessaires à leur réintégration dans la société leur sont refusées.
Selon le rapport, l’histoire de ces enfants esclaves révèle «un épouvantable engrenage de faits» que le gouvernement togolais n’a pu briser jusqu’à ce jour. Elle démontre un phénomène régional plus large, impliquant au moins treize pays d’Afrique de l’ouest.
Sur la base de témoignages d’enfants rescapés et d’experts locaux, HRW a identifié quatre voies de trafic et de pratique de la traite des enfants du Togo, hors du Togo ou au pays même: la traite des filles pour des emplois domestiques et vendues sur les marchés au Gabon, au Bénin, au Nigeria et au Niger; la traite des filles à l’intérieur même du Togo (entre des régions différentes, en particulier à Lomé); la traite des filles du Bénin, du Nigeria et du Ghana vers le Togo; et enfin celle des garçons exportés vers le Nigeria, le Bénin et la Côte-d’Ivoire.
Et les parents.?
Une majorité d’enfants esclaves interrogés pendant l’enquête ont déclaré venir de milieux pauvres et agricoles du Togo. Dans leur ensemble, ils ont peu fréquenté l’école avant d’être victimes du trafic. Dans de nombreux cas, ils ont été recrutés par des trafiquants, alors qu’ils manquaient d’argent pour payer leurs frais de scolarité. Beaucoup d’entre eux ont déclaré avoir été victime de cette traite à la suite du décès de l’un ou l’autre de leurs parents, de leur divorce ou de parents travaillant loin de la maison.
Certaines filles se souviennent de l’implication de leur famille dans la transaction avec un «employeur» ou un intermédiaire.
Après leur recrutement, souligne le rapport, le voyage des filles comporte dans de nombreux cas une étape «intermédiaire» durant laquelle elles pouvaient être abandonnées à elles-mêmes pendant des semaines ou des mois, avant d’être transportées vers leur destination finales.
Et si des lois étaient édictées?
Des responsables de l’organisation suisse «Terre des Hommes» ont rapporté à HRW, qu’ils avaient interrogé de nombreuses filles victimes de la traite. Celles-ci ont déclaré avoir été violées dans la maison où elles travaillaient. Certaines sont devenues séropositives.
Tous les abus rapportés par les enfants esclaves ou rescapés de la traite des enfants sont une atteinte aux conventions internationaux visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier celle des enfants et des femmes, souligne HRW. Le Togo a pourtant adhéré à tous ces accords internationaux.
HRW demande en conclusion à tous les gouvernements de l’Afrique impliqués dans ce trafic d’enfants de prendre des mesures et préconise des lois nationales qui feraient un délit de cette traite. L’organisation cite les pays suivants: Togo, Bénin, Nigeria, Niger, Côte-d’Ivoire, Ghana et Gabon de prendre des mesures. (apic/ibc/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/afrique-trafic-d-enfants-le-togo-montre-du-doigt-par-hrw/