Succession de Jean Paul II: pour un connaisseur de la pastorale

Lausanne: Rencontre des journalistes catholiques avec le cardinal Henri Schwery

Bernard Bovigny, agence Apic

Lausanne, 9 avril 2003 (Apic) Quelle est la nature des relations entre la Suisse et le Vatican? Quelles réflexions marquent les esprits, à Rome, concernant la succession de Jean Paul II? Ces questions ont été posées le 9 avril à Lausanne par les journalistes catholiques de Suisse romande au cardinal Henri Schwery. Dans un franc parler étonnant et parfois détonnant, le prélat a témoigné de son expérience d’évêque et de cardinal. Il souhaite notamment que le prochain pape ne soit pas issu du sérail de la Curie romaine, mais un connaisseur de la pastorale.

Une dizaine de journalistes catholiques romands ont rencontré mercredi 9 avril le cardinal Henri Schwery, ancien évêque de Sion, au vicariat épiscopal de Lausanne. La question de la succession de Jean Paul II, qui fait d’ailleurs l’objet de nombreuses spéculations dans les médias depuis au moins 10 ans, a constitué le point principal de la rencontre.

Confirmant un assez bon état de santé du pape, qui ne permet absolument pas de spéculer sur la date de ladite succession, le cardinal Schwery admet que la nomination de Jean Paul II, en 1978, a bel et bien rompu avec la tradition des papes italiens. «Sur les 107 cardinaux électeurs, il n’y a que 18 Italiens. C’est 3 ou 4 fois moins qu’il y a 30 ans. Et les Européens sont moins que 50%. Tout est donc ouvert sur la nationalité du prochain pape. Ce sera surtout une affaire de personnalité qui se profilera à ce moment-là».

Se risquant, juste un peu, au jeu des pronostics, Mgr Schwery tient le cardinal belge Godfried Danneels comme un des favoris, tout comme le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, encore un peu jeune toutefois. «Un Africain ou un Sud-Américain serait bienvenu, mais pour l’instant je ne vois pas qui se profilerait», soutient le prélat valaisan, qui ne cache pas sa préférence, à qualités égales, pour un candidat issu d’un pays du Sud. «Ce serait un message d’ouverture, dans la juste suite de l’élection d’un Polonais».

Clivage entre les cardinaux de la Curie et de la pastorale

Au niveau des critères lors de l’élection, répondant aux questions de l’assemblée sur les courants à représenter et les qualités requises, le cardinal Schwery ne cache pas sa réticence face à un candidat issu uniquement de la Curie romaine. «Il y a un clivage net entre les professionnels de la Curie et ceux qui ont une expérience pastorale. Les premiers, qui ne connaissent parfois les paroisses que dans leurs documents, plaident pour une Eglise qui soit une institution forte. Les seconds, et j’en fais partie, se prononcent pour une plus grande présence chrétienne dans la société.»

Le moment venu, Mgr Schwery se dit persuadé que les discussions se feront au Vatican dans un climat fraternel et une ambiance de vérité transparente. «Dès la vacance du siège apostolique, les cardinaux électeurs doivent se rendre immédiatement à Rome. Mais le conclave ne débute qu’après 15 jours pour permettre à ceux qui viennent de loin d’arriver. Cela laisse du temps pour la discussion et la réflexion sur la situation de l’Eglise».

Jean Paul II n’est que le pape!

Les relations du Vatican avec la Suisse illustrent bien les difficultés de compréhension entre les pasteurs confrontés directement aux problèmes du terrain et les instances dirigeantes de l’Eglise à Rome. Le cardinal Schwery cite deux exemples, qu’il a vécus comme président de la Conférence épiscopale de Suisse et comme évêque de Sion: les tensions liées à la nomination de Mgr Haas au diocèse de Coire et le schisme de Mgr Lefebvre. «La Suisse n’est pas vraiment connue au Vatican. Nous sommes un très petit pays», soutient le prélat, avant de raconter ses nombreuses démarches, dans les années 90, en vue de résoudre les tensions nées dans le diocèse de Coire. «Nous sommes parfois mal perçus à Rome, en raison de notre tradition démocratique, qui a des conséquences sur la vie de l’Eglise», affirme l’ancien évêque de Sion, en assurant qu’il a toujours rencontré une grande qualité d’écoute chez Jean Paul II. «Mais il n’est que le pape! Lorsque je devais passer dans différents organes pour tenter de résoudre la crise, on m’écoutait avec attention, mais cela en restait là». Résultat des démarches: le Vatican crée un archevêché à Vaduz et nomme Mgr Haas à sa tête. «C’est incroyable! On ne crée pas un archevêché pour résoudre un problème!», lance le cardinal Schwery, «C’est une solution typique de la Secrétairie d’Etat du Vatican, qui est devenue un véritable Etat dans l’Etat».

Le schisme d’Ecône n’est pas un problème de liturgie

Les discussions en lien avec le schisme des traditionalistes d’Ecône, entamé par Mgr Marcel Lefebvre en 1988, en disent long sur les difficultés de communication entre l’Eglise en Suisse et le Vatican. «A Rome, on n’aborde la question que sur l’angle de la liturgie. J’ai rencontré Mgr Lefebvre à de nombreuses reprises et je peux vous assurer que la question est ailleurs. C’était un homme qui avait simplement peur. Il estimait qu’il n’y avait plus d’autorité, aussi bien dans l’Eglise qu’en politique et se prononçait pour une théocratie dans le monde. La liturgie revêt un aspect secondaire dans son message. Je l’ai dit à de nombreuses reprises, mais cela, le Vatican ne l’a pas encore compris».

En conclusion, Mgr Schwery espère un allègement de la Curie romaine, au profit d’une plus grande présence de l’Eglise au monde. «Mais je ne vois pas vraiment de signes d’ouverture à la Secrétairie d’Etat du Vatican», affirme-t-il, en souhaitant que le prochain pape contribuera encore davantage à alléger les structures de l’Eglise: «Il y a encore beaucoup trop d’organes au Vatican». BB

Encadré:

Cardinal-électeur encore 9 ans

Natif de St-Léonard, en Valais, le cardinal Henri Schwery a fêté en été 2002 un triple anniversaire: 45 ans de sacerdoce, 25 ans d’épiscopat et 70 ans d’âge. Nommé évêque de Sion en 1977, il quitte cette charge en 1995, quatre ans après avoir reçu la pourpre cardinalice. Il est encore cardinal- électeur pour les 9 prochaines années.

Il se rend en moyenne une semaine par mois au Vatican, où il est membre de la Congrégation pour la Cause des Saints. En Suisse, il est aumônier national de l’Ordre du St-Sépulcre. BB

Les photos de cette rencontre sont à commander à l’agence CIRIC, Chemin des Mouettes 4, CP 405, CH-1001 Lausanne. Tél. ++41 21 613 23 83 Fax. ++41 21 613 23 84 E-Mail: ciric@cath.ch

(apic/bb)

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