Une « bande de radicaux » à la Maison Blanche
Paris, 13 avril 2003 (Apic) Le pasteur Bill Nottingham a donné vendredi 11 avril à la Maison du protestantisme, à Paris, une conférence sur la position des protestants américains face à la guerre en Irak. Il dénonce « la bande de radicaux de la Maison Blanche » et fustige le mépris du président Bush, lequel n’a pas daigné répondre aux appels à la paix des Eglises réformées « historiques ».
Le pasteur Nottingham fait partie de l’Eglise des Disciples du Christ, une des plus importantes des Etats-Unis. Partenaire de l’Eglise réformée de France, elle compte 1,2 million de membres, 4’300 communautés locales et 6’500 pasteurs. Elle fait partie des Eglises protestantes « historiques », dites de « mainline », courant majeur, par opposition aux plus récentes, souvent proches de la mouvance évangélique et de tendance fondamentaliste. « Ces dernières font preuve d’un prosélytisme musclé, et se montrent indépendantes vis-à-vis de toute théologie reconnue et ignorantes des implications sociales de l’Evangile. Eglise baptiste du sud en tête, elles soutiennent le président Bush. Lequel n’a pas adressé la moindre réponse aux messages envoyés par les Eglises de la « mainline » pour le dissuader de guerroyer en Irak. C’est la première fois depuis un siècle que leurs représentants ne sont pas reçus à la Maison Blanche », observe Bill Nottingham avec consternation.
Gaspillage de sympathie envers le peuple américain
Et d’expliquer que la « bande » de radicaux qui entourent l’actuel président US réfléchissait déjà à cette guerre il y a quinze ans. Que ce sont les mêmes, des anti-communistes radicaux, qui ont appuyé la lutte contre les sandinistes au Salvador, les mêmes qui conduisent aujourd’hui « la plus grande ironie catastrophique de l’histoire des Etats-Unis », les mêmes « responsables du gaspillage de sympathie envers le peuple US suscité après les attentats du 11 septembre ».
George Bush, selon Bill Nottingham, est influencé par l’idée que Dieu voudrait accomplir l’histoire à travers lui. A tout le moins, beaucoup de fondamentalistes protestants sont convaincus que la fin du monde et le retour du Christ sont imminents. Il semble d’ailleurs que 30 à 40 % des Américains prendraient au pied de la lettre les prophéties apocalyptiques de la Bible et croiraient que la fin du monde est proche. Elle serait précédée de la réalisation du Grand Israël et de la conversion au christianisme du peuple juif. « Or G.Bush, qui lui-même appartient à l’Eglise méthodiste, est largement instrumentalisé par un entourage en partie corrompu. C’est un président très limité au plan de la compassion et de la sagesse, pour ne pas dire de la rigueur intellectuelle. Il n’a pas le sens de la vraie grandeur de notre nation. Malheureusement la Cour Suprême est complice, le Congrès timide et le Parti démocrate inexistant », convient Bill Nottingham.
Soutien des pratiquants à la guerre
Force est de constater que la mobilisation des Eglises historiques contre la guerre a eu un faible impact sur les fidèles. Bill Nottingham cite un sondage indiquant clairement que plus leur pratique religieuse était régulière, plus ils plébiscitaient l’intervention américaine en Irak. « De fait, le protestantisme américain est très différent du protestantisme européen. L’exégèse biblique, même dans les Eglises historiques, y est plus faible. Nos fidèles sont plus distanciés de leurs Eglises et plus individualistes. Quant aux nombreux fidèles indécis, ils n’ont pas tardé à se rallier à la cause de la guerre dès que les médias ont diffusé à foison les images de GI’S blessés ou tués. Cela d’autant plus que Bush a énormément joué sur le sentiment de peur qui habite les Américains après le 11 septembre ».
Les conséquences négatives de cette guerre pour les Eglises historiques ? Bill Nottingham énumère une longue liste. Légitimation des concepts « aberrants » de guerre préventive et de guerre juste. Renforcement de l’esprit militariste sinon belliciste des Américains. Moindre résistance à ceux qui veulent amputer les libertés individuelles au nom de la lutte contre le terrorisme. Plus grande timidité des anti-guerres vite assimilés à des non-patriotes. Sans oublier une sorte de dépression spirituelle liée à un sentiment d’impuissance face à l’aveuglement et à la détermination froide d’une administration dont on peut légitimement se demander jusqu’où ira son interventionnisme unilatéraliste. Pas vraiment de quoi se réjouir, alors qu’il faudrait « convertir le peuple américain à un mode de vie moins dispendieux et à une solidarité plus active envers les peuples du tiers- monde, voire même lancer un nouveau plan Marshall pour l’Irak et la Palestine. »
Davantage de liens avec l’Europe et le Moyen-Orient
Un motif de satisfaction quand même : les Eglises historiques américaines sont plus unies entre elles aujourd’hui qu’elles ne l’étaient en comparaison pendant la guerre du Vietnam. Elles ont en outre développé des liens inédits avec leurs homologues d’Europe et du Moyen-Orient. Leur front commun peut-il retourner l’opinion américaine ? C’est d’autant peu probable que les Eglises engagées aux Etats-Unis dans l’oecuménisme répugnent à donner des consignes de vote. A la différence des Eglises fondamentalistes, à l’influence croissante, du fait notamment de méthodes d’évangélisation qui font la part belle à l’image télévisée. Avec ironie, Bill Nottingham rappelle que nombre de ces pasteurs fondamentalistes, très habitués à jouer sur le registre de l’émotionnel et dont la culture biblique est déficiente, pourraient faire d’excellents animateurs d’émissions de TV. (apic/jcn/bb)
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