Tchad: Désastre humain et écologique de l’exploitation pétrolière de la multinational Esso
N’Djamena, 18 avril 2003 (Apic) Les habitants de Komé, 400 kilomètres au sud de la capitale du tchadienne N’Djamena vivent un enfer depuis la mise en route d’un colossale projet d’exploitation pétrolière de la multinationale Esso. En lieu et place du développement promis, les paysans ne peuvent même plus exploiter leurs maigres terres et sont victimes de diarrhée et de conjonctivite, dénonce la société civile.
«Des champs ont été confisqués par le consortium, des localités déplacées et des milliers de paysans qui errent de village en village à la recherche de terre cultivable, ou encore passent leur journée à proximité des camps des pétroliers dans l’attente d’une embauche hypothétique. Les populations de la zone d’exploitation du pétrole vivent de manière permanente dans la poussière, à la merci des maladies telles que diarrhée, toux, conjonctivite.
Les arbres fruitiers, qui procurent des revenus supplémentaires aux paysans pendant la saison sèche, ne produisent plus du fait de la poussière». C’est ainsi que vivent depuis de longs mois les habitants de Komé, contraints à cohabiter avec le projet d’exploitation de pétrole mené par la multinationale Esso.
Cette description, communiquée à l’agence MISNA par Radio Lotiko, radio privée de Sarh (sud du Tchad), est celle d’un membre de la délégation du Réseau de Suivi du Projet Pétrole dans le Moyen Chari (RESAP/MC, une émanation de la société civile), qui a organisé récemment une visite dans la zone pétrolifère.
Le RESAP dénonce des irrégularités du projet d’exploitation du pétrole tchadien, notamment le fait que les régions du Moyen-Chari et du Mandoul, par exemple, qui n’était pas considérées dans l’étude du projet d’exploitation de pétrole approuvé en juin 2000 par la Banque Mondiale et limité à la zone du Logoné (plus à l’ouest), enregistrent en réalité des activités liées à l’exploitation du pétrole.
Le réseau recueille les plaintes des chefs traditionnels, qui se retrouvent entre l’indifférence du consortium pétrolier et la pression des administrés. Les chefs de cantons se sentent abandonnés par le pouvoir central. Ils constatent par ailleurs que les promesses de développement de la zone d’exploitation faites par la multinationale, telles que la construction des écoles, des dispensaires, la prise en charge des chefs traditionnels, n’ont jamais été tenues.
Deux ans après l’approbation du plus grand projet d’investissement en Afrique Subsaharienne, dénonce encore le RESAP, les organisations de protection de l’environnement, des droits humains et les populations envoient «des signaux urgents de détresse du point de vue social, environnemental, de santé, des droits humains et juridiques». (apic/misna/sh)
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