Eglise et féministes s’y opposent

Sénégal: Contestation croissante au projet du code de la famille islamique

Dakar, 21 avril 2003 (APIC) La société civile et l’Eglise catholique au Sénégal sont unanimes pour rejeter le projet du nouveau code de la famille islamique, proposé le 9 avril, par les différentes confréries et associations musulmanes du pays. L’adoption de ce futur Code du Statut Personnel (CSP), applicable aux seuls musulmans, divisera les différentes communautés religieuses du pays et favorisera les discriminations, estiment les organisations de défense des droits de l’homme, associations féministes en tête.

Le Sénégal est reconnu pour être un pays de coexistence pacifique entre les religions musulmane, catholique et animiste. Dans un dossier consacré à ce projet par la radio locale « Sud-Fm », l’abbé Adolphe Faye, prêtre à l’évêché de Dakar, a émis de sérieuse réserves sur ce projet. « S des gardes fous ne sont pas dressés, le pays va vers une forme de pouvoir à coloration religieuse qui ne dit pas exactement son nom, a-t-il soutenu. Cette tendance, a-t-il ajouté, « remettra en cause beaucoup de choses qui ont jusqu’ici réussi au peuple et qui lui ont permis de s’épanouir dans la paix, la concorde et l’entente ».

El Hadji Mbodj, professeur à l’Université de Dakar et considéré comme l’un des plus grands spécialistes en matière de constitution au Sénégal, a pour sa part affirmé que tout projet qui ne vise que les seuls musulmans du pays est « contraire au principe de laïcité et d’égalité garantit par la constitution sénégalaise ». « Lorsqu’une loi est votée au nom de la république, elle est censée être l’expression de la volonté générale, car elle est censée être appliquée à toute la société, mais non à un groupe déterminé », a-t-il remarqué.

Ancien directeur de l’Institut des Droits de l’Homme et de la paix de l’université de Dakar, il a indiqué que le projet de texte des musulmans est un « principe de rupture du principe d’égalité de la loi ». Il va aussi à l’encontre du « principe fondamental de la Constitution et de l’égal traitement des personnes dans le pays.

Jacques Faye, un sociologue de confession catholique, a de son côté estimé que le projet de CSP divisera d’abord les musulmans eux-mêmes. « Les femmes musulmanes, dans leur grande majorité, ne veulent pas d’un tel code qui risque de les maintenir dans un rang inférieur », a-t-il souligné.

Féministes au front

Les associations féministes et les organisations de défense des droits de l’homme ne veulent pas de ce projet. Elles le considèrent comme « une perspective de conflit et d’intolérance ». Le Réseau de Défense des droits de la Femme (RDDF) y voit « une action visant à renforcer les discriminations faites aux femmes ». La coordinatrice de l’association, Nafissatou Faye, a déclaré que tout texte qui « s’applique à une partie ou à une frange de la population sénégalaise ne peut être que source de division du peuple ».

Dans une autre déclaration, le RDDF s’oppose à toute action visant à « renforcer les inégalités, les déséquilibres, l’injustice, la division, et les discriminations au sein du peuple sénégalais qui est un et indivisible ».

La Rencontre Africaine de Défense des Droits de l’Homme (RADDHO), une organisation basée à Dakar, s’est elle aussi insurgé contre le projet de nouveau code de famille islamique. Son application « risque de créer un grand problème au sein même de la constitution sénégalaise, qui ne sera plus la principale source de référence », précise l’organisation dans les colonnes du quotidien dakarois, « Wal Fadjri » (L’Aurore).

Les concepteurs du CSP revendiquent le droit de la majorité

Dans le camp des concepteurs du projet, Khadim Mbacké, islamologue et chercheur à l’Université de Dakar, a déclaré qu’il serait « regrettable que la minorité ne respecte pas la volonté de la majorité des sénégalais ». « Je m’inquiète que des non musulmans s’inquiètent du fait que des musulmans veulent se conformer à leur religion », a-t-il déclaré sur les ondes de « Sud- Fm ». En réponse aux réserves exprimées par l’archevêque de Dakar, Mgr Théodore Adrien Sarr, sur les conséquences que pourrait provoquer le nouveau projet social des musulmans, Khadim Mbacké a ajouté que les musulmans sénégalais ont été « jusqu’ici très tolérants ». (apic/ibc/sh)

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