Entretien avec le cardinal Lopez Trujillo sur les retombées de la publication du « Lexique »
La traduction française attendue pour fin 2003
Propos recueillis à Rome par Antoine Soubrier
Rome, 24 avril 2003 (Apic) Un mois après sa publication en Italie, le « Lexique » du Conseil pontifical pour la famille est déjà l’objet de nombreuses réactions. Entretien avec le cardinal Alfonso Lopez Trujillo.
Le Conseil pontifical pour la famille, présidé par le cardinal colombien Alfonso Lopez Trujillo, travaille actuellement à diffuser au maximum le « Lexique » des « termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques ». Pour les pays francophones, en particulier, la maison d’éditions devrait être choisie ces prochains jours par le cardinal Lopez Trujillo, à l’occasion d’un passage à Paris. La sortie de la version en langue française est prévue d’ici la fin de l’année 2003.
Dès sa sortie en Italie, début avril, le « Lexique » avait suscité de nombreuses réactions, positives et négatives. Parmi les quelque 80 termes présentés et définis dans l’ouvrage, les mots « Homophobie »; et « Safe Sex » ont particulièrement été critiqués. Pour le président du Conseil pontifical pour la famille, interrogé par I’Apic ces réactions sont nécessaires pour ouvrir le dialogue avec le monde de la politique et de la science en particulier. Son objectif est d’ »éclaircir les pensées concernant certains sujets ambigus et souvent manipulés » dans les domaines de la morale.
Q.: Comment votre dicastère compte-t-il réagir aux critiques?
Cardinal Lopez Trujillo: Je voudrais d’abord préciser le grand intérêt que l’ouvrage a présenté dans l’opinion publique et plus particulièrement par les éditeurs que nous avons contactés. Concernant les critiques, nous voulons laisser à chaque expert la liberté d’y répondre lorsqu’elles touchent à leurs articles. Même si le « Lexique » a été rédigé sous l’autorité du Conseil pontifical pour la famille, nous tenons à ce qu’un dialogue puisse s’engager entre spécialistes. Ainsi, par exemple, nous avons demandé au Père Tony Anatrella, consulteur depuis longtemps de notre dicastère et auteur de l’article sur l’homosexualité et l’homophobie, de répondre aux réactions suscitées. Ce dialogue permettra d’approfondir des aspects scientifiques différents mais complémentaires de ceux déjà étudiés et éventuellement d’insérer de nouvelles données dans la prochaine édition du « Lexique ». Tout en s’appuyant sur la morale de l’Eglise, nous pourrions par exemple nous demander: l’homosexualité est-elle une maladie ou est-elle inscrite dans le code génétique?
Quelle est sa source? Notre objectif est de montrer où se trouve la confusion. On parle par exemple souvent d’homophobie ou encore de discrimination envers les personnes homosexuelles. Or la discrimination se détermine à partir des droits de la personne humaine, ce qui n’est pas encore clair dans le cas de l’homosexualité.
Concernant le « Safe Sex », le problème est identique. Des spécialistes affirment depuis longtemps que le préservatif est un moyen « sûr »; pour se protéger de la transmission du Sida, notamment. Or le Père Jacques Suaudeau, médecin et auteur de l’article du « Lexique » sur ce sujet, insiste, chiffres à l’appui, sur le fait que le préservatif, plutôt que d’avoir freiné le virus du Sida, a au contraire favorisé sa diffusion. C’est pourquoi le document veut mettre en garde contre certaines idées qui circulent et rappeler que plus d’un préservatif sur dix n’est pas fiable. Que ferait un parachutiste à qui on dirait que son parachute à seulement 90% de chances de s’ouvrir ? Comme on a obligé les producteurs de cigarettes à préciser sur les paquets que « fumer est mauvais pour la santé », on devrait exiger la même chose pour les préservatifs!
Nous voulons aider les politiciens à ouvrir les yeux sur des soi-disant solutions qui sont en réalité des complications, tout en rappelant la doctrine de l’Eglise. C’est l’occasion de provoquer un dialogue sérieux.
Q.: Un dialogue qui risque d’être véhément.
Cardinal Lopez Trujillo:Nous en sommes conscients! Un lexique bien rédigé doit tenir compte du contexte culturel de l’époque dans laquelle il est publié et c’est pourquoi il est normal que le document du Conseil pontifical pour la famille suscite des réactions. C’était notre idée dès le début de l’initiative. Cette culture doit être interpellée. Interpellée par la science, l’expérience, et même par la foi ! Il est sûr que ce ne sera pas un « lexique pacifique », mais nous n’avons fait que soutenir le magistère de l’Eglise, sans trahir l’identité de la morale chrétienne. Si le monde d’aujourd’hui n’est pas capable de dialoguer, on est perdu. Il faut détruire le mur qui enferme les hommes dans leurs idées subjectives, et confronter les différentes opinions pour trouver ensemble la vérité. Une vérité qui ne nous appartient pas à nous, mais à Dieu et à l’homme. Il faut la découvrir et l’approfondir.
Notre objectif est d’ouvrir un dialogue avec le monde. C’est pour cela que nous avons décidé d’adresser avant tout le « Lexique » aux politiciens et aux personnes qui travaillent dans le domaine législatif au niveau national, mais aussi international. Nous voulons non seulement susciter un débat, mais surtout faire face au risque de plus en plus diffus du relativisme. Car le problème, aujourd’hui, c’est que dans les parlements par exemple, les hommes politiques, certainement bien intentionnés, sont malheureusement souvent mal formés sur les plans anthropologique ou même scientifique, mais aussi parfois mal informés en raison d’une information de plus en plus dense et peu claire.
Je pense que l’Eglise n’a pas réussi à former la conscience des hommes engagés en politique, probablement parce qu’elle a eu peur de risquer le dialogue. Nous devons repenser notre rôle dans la société, en particulier par le biais de nos nombreuses universités catholiques. Et je pense que le « Lexique » peut aider à y parvenir.
Q.: Ce « Lexique » peut-il être considéré comme un document officiel du Saint- Siège?
Cardinal Lopez Trujillo: Il a été rédigé sous la coordination du Conseil pontifical pour la famille et a reçu l’approbation de la Congrégation pour la doctrine de la foi. En ce sens, il s’agit en effet d’un document du Saint-Siège. Certaines personnes ont affirmé qu’il n’avait pas le caractère officiel d’un dicastère, notamment en raison du fait qu’il n’a pas été publié par la Librairie éditrice du Vatican. Si nous ne l’avons pas fait, c’est pour une question de rapidité et de qualité des traducteurs. Justement parce que nous voulions être le plus complet et le plus précis possible, nous avons fait appel à des spécialistes des questions traitées dans l’ouvrage pour que les traductions dans les différentes langues soient le plus proche de la réalité dans les pays concernés. Par ailleurs, nous voulions passer directement à travers des éditeurs nationaux pour que le « Lexique » soit diffusé largement et rapidement.
Q.: Pour quand sont prévues les prochaines traductions?
Cardinal Lopez Trujillo: Nous sommes en train de négocier avec les maisons d’éditions de chaque pays. D’ici la fin de l’année, nous devrions avoir publié cet ouvrage dans les principales langues. Mais en plus de la simple traduction du « Lexique » déjà publié en italien, nous avons voulu introduire dans chaque traduction une dizaine de termes intéressant plus particulièrement ces régions. C’est pourquoi nous avons fait appel à des spécialistes de ces pays qui rédigeront des articles spécifiques. En France, par exemple, une dizaine de nouveaux termes seront rajoutés. Ainsi, Mgr Emile Marcus, archevêque de Toulouse, a été chargé de parler de la pastorale des divorcés remariés, et Joël-Benoît d’Onorio, président de l’Union internationale des juristes catholiques, du positivisme juridique.
Nous prévoyons déjà une seconde version du « Lexique », d’ici deux ans qui reprendra dans toutes les traductions les termes rajoutés dans chaque pays. A l’avenir, nous essaierons par ailleurs de faire une version plus accessible. D’ici quelques mois, nous recueilleront les réactions et verront quelles sont les modifications importantes à faire. (apic/as/pr)
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