Réactions protestantes après la publication de la dernière encyclique du pape
Genève, 24 avril 2003 (Apic) L’encyclique du pape Jean Paul II sur l’Eucharistie publiée Jeudi Saint à Rome a provoqué des réactions diverses, allant de l’acceptation résignée à la déception de représentants d’autres confessions. Même si on ne se déclare pas très surpris par le message du pape, certains se disent préoccupés par ses implications pour le dialogue oecuménique.
Dans son encyclique « Ecclesia de Eucharistia » (L’Eglise vit de l’Eucharistie), le pape Jean Paul II a réaffirmé « le désir ardent de célébrer ensemble l’unique Eucharistie du Seigneur » et il a rendu hommage aux « progrès significatifs » et aux « rapprochements » dans le domaine de l’oecuménisme.
Néanmoins, le pasteur Ishmael Noko, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale (FLM), dont le siège est à Genève, regrette que « tant d’années de dialogue oecuménique » n’aient pas débouché sur une nouvelle position du Vatican sur la question de l’Eucharistie.
Certains responsables luthériens espéraient en effet qu’il y aurait des avancées sur ce point après la signature, en 1999, entre la FLM et l’Eglise catholique romaine, de la déclaration commune sur la doctrine de la justification, une des questions les plus controversées au temps de la Réforme, rapporte l’Agence oecuménique ENI.
Avertissement
« A long terme, l’importance de parvenir à des accords doctrinaux peut être mise en question » si le dialogue oecuménique ne débouche pas sur des « résultats pour les relations institutionnelles entre Eglises », a averti le pasteur Noko. Il remarque cependant que l’intercommunion avec l’Eglise catholique ne pouvait être « attendue dans l’immédiat ».
De nombreux protestants voient l’intercommunion comme un moyen de renforcer l’unité de l’Eglise. Toutefois, selon l’enseignement catholique romain traditionnel, le partage de l’Eucharistie est quelque chose d’approprié une fois que l’unité chrétienne a été rétablie. Ce que répète le pape, aux yeux de la FLM.
Dans son Encyclique, la 14e en 25 ans de pontificat, il a averti que des initiatives telles que l’intercommunion ou la concélébration pourraient « même constituer un obstacle pour parvenir à la pleine communion, minimisant la valeur de la distance qui nous sépare du but ».
« Horloge oecuménique retardée »?
Le message papal était attendu du côté de Berlin, puisque des milliers de catholiques et de protestants participeront fin mai au « Kirchentag » oecuménique, un important rassemblement d’Eglises.
Des chrétiens des deux confessions espéraient qu’il y aurait une dispense spéciale pour permettre aux participants de partager la communion à la fin de ce rassemblement de 4 jours. L’Institut pour la recherche interconfessionnelle de Bensheim, en Allemagne, a souligné que l’encyclique pourrait donner l’impression que « l’horloge oecuménique est retardée ».
Déclaration commune
L’Institut est l’un des trois centres européens de recherche oecuménique – l’un d’entre eux est catholique – qui ont publié une déclaration commune ce mois soulignant qu’il n’existe aucune raison théologique suffisante pour empêcher l’hospitalité eucharistique entre protestants et catholiques.
Manfred Kock, responsable de l’Eglise évangélique d’Allemagne, principal groupe protestant du pays, a refusé de voir l’Encyclique comme un recul de l’oecuménisme et déclaré que le succès du Kirchentag ne devrait pas être jugé sur la possibilité ou non du partage de la communion.
Perspective oecuménique fermée?
A Rome, le professeur Ermanno Genre, doyen de la Faculté vaudoise (protestante) de théologie de Rome, a déclaré à l’agence évangélique italienne NEV que « L’encyclique ne craignait pas du tout de remonter au Concile de Trente pour confirmer la position traditionnelle sans prendre en compte la vaste recherche menée sur la théologie sacramentaire catholique contemporaine, et sans la moindre allusion à l’accord entre catholiques et luthériens sur la justification ».
Pour le théologien vaudois Paolo Ricca, « la nouvelle encyclique ferme toute perspective oecuménique qui ait comme interlocuteur la papauté comme l’interprète Jean Paul II ». « L’oecuménisme, je le pense et je l’espère, ira de l’avant, mais sans passer par Rome », a ajouté le théologien.
A Londres, l’archevêque de Cantorbéry, Rowan Williams, s’est pour sa part « félicité de l’affirmation de l’Eucharistie comme un lieu de la présence et de l’action de Dieu, et aussi de la réaffirmation par le pape du ’désir ardent’ de la célébration eucharistique commune. C’est un domaine d’action qui continue d’être important pour les relations entre les anglicans et les catholiques romains et nous continuons de collaborer sur le plan théologique en ce sens ».
Rien de nouveau
A Paris, le pasteur Gill Daudé, chargé des relations oecuméniques à la Fédération protestante de France, a estimé dans une déclaration au magazine « La Vie » qu’il n’y avait rien de nouveau dans l’argumentation en faveur d’un rejet [de l’intercommunion]. « Je trouve même plutôt positive l’insistance de Jean Paul II sur le travail déjà accompli dans les relations oecuméniques ». Toutefois, fait-il remarquer, « par crainte de banaliser l’Eucharistie, on fige les avancées sur l’hospitalité eucharistique entre catholiques et protestants, alors même que ceux qui la pratiquent sont souvent ceux qui sont le mieux formés ». (apic/eni/pr)
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