Cuba: Le Saint-Siège demande à Fidel Castro un geste de clémence envers les dissidents
Rome, 27 avril 2003 (Apic) Le Saint-Siège a vivement condamné l’exécution capitale de trois preneurs d’otages le 11 avril dernier, dans une courte missive adressée à Fidel Castro. Signée par le cardinal secrétaire d’Etat Angelo Sodano le 13 avril et publiée par le Saint-Siège le 26 avril, le message du Vatican réprouve également les procès sommaires et non publics contre quelque 80 dissidents condamnés à de lourdes peines de prison.
Le Saint-Siège demande au gouvernement cubain « un geste significatif de clémence » envers les dissidents jugés durement par le régime castriste ces dernières semaines et condamne les trois exécutions capitales le 11 avril dernier. A l’annonce des exécutions, la réaction du Saint-Siège ne s’était pas fait attendre, faisant écho aux différents appels de l’Eglise locale.
Au surlendemain de la condamnation à mort de trois Cubains qui avaient tenté de détourner un bateau de liaison le 2 avril, le pape s’était dit « profondément affligé d’apprendre les lourdes peines infligées récemment à de nombreux citoyens cubains ainsi que, pour certains d’entre eux, la condamnation à la peine capitale ».
Jean Paul II demande ainsi « un geste significatif de clémence envers les condamnés » et prône une « confrontation sincère et constructive entre les citoyens et les autorités civiles » afin de « garantir la promotion d’un état moderne et démocratique ». La répression castriste a également été durement critiquée par la communauté internationale aussi bien que par l’Eglise locale.
Les évêques cubains dénoncent les procès sommaires
Dès le 11 avril, le comité permanent de la Conférence des évêques catholiques de Cuba avait fermement condamné la peine de mort infligée à ces trois preneurs d’otages à la suite « d’un procès judiciaire sommaire ». « Personne n’a le droit de mettre en péril la vie d’autres personnes », écrivaient les évêques en faisant allusion à l’action des trois pirates, « mais d’un autre côté, précisaient-ils, personne ne peut décider que la peine de mort soit le remède aux actions criminelles, surtout lorsque la sentence est prononcée au terme d’un procès sommaire ».
Les évêques se disent préoccupés par les épisodes de violence perpétrés ces derniers temps sur l’île cubaine et par « les longues années de prison imposées à de nombreux opposants au régime » de Fidel Castro, réélu en février dernier pour la 5ème fois consécutive à la tête du gouvernement cubain.
Au mois de mars, près de 80 dissidents s’étaient vu infliger de lourdes peines de 6 à 28 ans de prison ferme pour « actes contre l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Etat ». Parmi eux, des écrivains et poètes cubains connus comme Raul Rivero, dont l’épouse, Blanca Reyes, avait envoyé une supplique au pape pour qu’il intervienne en faveur des condamnés.
Trop d’indulgence à l’égard de Fidel Castro ?
En février 1998, une série de 300 prisonniers dits « d’opinion » avaient été libérés suite au voyage de Jean Paul II sur l’île de Cuba le mois précédent, du 21 au 25 janvier 1998. Le Saint-Siège avait alors exprimé sa satisfaction à la nouvelle de libération des détenus et y avait alors vu une « perspective concrète d’espérance pour l’avenir de cette noble nation ».
Certains prélats cubains déplorent que Rome montre trop d’indulgence à l’égard de Fidel Castro et de son régime. En mars dernier, ils avaient regretté les « excès d’affabilité » de certains milieux religieux à l’occasion de l’inauguration à La Havane d’un couvent de religieuses de la congrégation du Saint-Sauveur de Ste-Brigitte. Lors d’une cérémonie au Palais de la Révolution, dans la capitale cubaine, l’abbesse générale de l’Ordre de Ste-Brigitte, Mère Tekla Famiglietti, avait remis à Fidel Castro la Croix oecuménique avec l’étoile de commandeur de Ste-Brigitte de Suède. Le président cubain l’avait à son tour décorée de la médaille Félix Varela, l’une des plus hautes distinctions conférées par l’Etat cubain, en présence du cardinal Crescenzio Sepe, envoyé spécial du pape Jean Paul II.
Les exilés cubains aux Etats-Unis ont aussitôt lancé une polémique sur cet échange d’amabilités, en soulignant l’absence à la cérémonie du cardinal archevêque de la Havane, Mgr Jaime Ortega y Alamino. Selon des sources officielles, il y a actuellement à Cuba 54 congrégations religieuses féminines et 22 ordres religieux masculins, dont une vingtaine sont arrivés dans le pays seulement durant la dernière décennie. (apic/com/imedia/be)
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