France: Déclaration de la Conférence des évêques sur le droit d’asile

Situation «alarmante» des demandeurs d’asile

Paris, 29 avril 2003 (Apic) Les évêques français jugent la situation des demandeurs d’asile «alarmante». Dans une prise de position rendue publique le 28 avril, ils appellent les autorités à respecter les droits fondamentaux de celles et ceux qui demandent à être accueillis en France.

«Au moment où le Parlement est saisi d’un projet de loi sur la réforme de l’asile, nous voulons attirer l’attention des parlementaires et des citoyens – et parmi eux, des chrétiens de notre pays – sur des points qui nous tiennent à coeur comme citoyens et comme témoins de l’Evangile», soutiennent les évêques. Ces derniers dénoncent notamment le refus du droit de travailler, qui oblige les demandeurs d’asile «à vivre dans une précarité extrême, inacceptable au regard de la dignité due à tout homme». Il en résulte que les associations de soutien sont débordées. «Il est anormal que les pouvoirs publics se déchargent totalement de l’aspect humanitaire du problème sur les militants associatifs», dénonce le message des évêques.

Par ailleurs, du fait de la suppression de l’asile territorial, il est créé un guichet unique pour les demandeurs d’asile. Cette mesure risque de rendre plus difficile l’accès à la procédure. «Ne faut-il pas décentraliser ce siège en régions, là où arrivent les demandeurs?», se demandent les prélats.

Ces derniers affirment ensuite qu’ils reçoivent des informations «très préoccupantes» sur ce qui se passe dans les zones d’attente. «S’y donneraient libre cours des pratiques scandaleuses: violences, arbitraire, non respect de la personne, non respect du droit à l’asile. Ces dérapages ne sont ils pas dus au fait que la zone d’attente est mal définie?»

Revoir la notion de «immigration irrégulière»

Les évêques français estiment que les personnes en danger doivent pouvoir présenter leur demande d’asile, et donc avoir accès au territoire. «Si l’Union européenne porte tout son effort sur le contrôle de l’immigration irrégulière, elle développe une logique qui vient contredire celle du droit d’asile. En effet, comme la plupart des demandeurs d’asile arrivent irrégulièrement, se fermer à toute entrée irrégulière équivaudrait à se fermer à l’asile. Ce serait, en pratique, obliger les demandeurs à recourir aux filières de passeurs, qui sont aussi des filières d’exploitation humaine», soutiennent les évêques.

En février 2002, les commissions de la Conférence épiscopale actives dans le domaine de l’asile préconisaient «certaines mesures urgentes», qui n’ont pas été suivies, «en particulier celles qui concernent les droits sociaux et l’hébergement des demandeurs d’asile, ainsi que la situation des mineurs», rappellent les évêques, qui prônent une meilleure information à la population et l’ouverture d’un vrai débat sur la question.

«Quand on a la possibilité de mettre des mots sur des peurs, des souffrances, des griefs, le chemin de la réconciliation avec soi-même et avec l’étranger est déjà amorcé, et le regard sur l’autre devient moins injuste et moins caricatural», affirment les évêques.

L’appel est signé de Mgr Olivier de Berranger, Evêque de Saint-Denis et président de la commission sociale de la Conférence des évêques de France, Mgr Jean Luc Brunin, Evêque auxiliaire de Lille et président du comité épiscopal des migrations, et de Mgr Lucien Daloz, Archevêque de Besançon et président de Justice et Paix-France. (apic/com/bb)

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