Sénégal: L’islamisation rampante et la confrérisation du pouvoir menacent l’Etat
Dakar, 29 avril 2003 (Apic) L’islamisation rampante et la confrérisation du pouvoir sénégalais inquiètent les intellectuels du pays. Ils ont décidé le week-end dernier de lutter contre ces menaces à la laïcité de l’Etat. Et de défendre ainsi l’indépendance du pouvoir politique et administratif à l’égard des marabouts.
Lors d’une conférence sur « République entre charia, église et confréries. Conflit de religions, débats de société ou régime des libertés? L’heure du choix », des intellectuels et représentants religieux ont constaté que leur pays « bascule dangereusement vers une perspective islamisante ». Celle-ci remet « fortement en cause les fondements de la république laïque et démocratique ». Elle constitue aussi une « agression contre la laïcité qui est synonyme de pertes d’espaces de libertés et fait peur aux minorités religieuses du pays ».
Entre autres signes d’inquiétude, ce groupe d’intellectuels a cité la tentative de suppression de la référence à la laïcité dans le projet de constitution de janvier 2001, le rapprochement accéléré entre le pouvoir du président Abdoulaye Wade et la confrérie des mourides à laquelle il appartient, le projet de nouveau code de la famille islamiste, ainsi que l’envahissement des émissions islamiques dans les programmes des radios. Le plus grave, est l’occupation exagérée des figures de mouridisme dans tous les lieux publics et officiels du pays. « Que cache cette agitation contre la laïcité? », se sont interrogés de nombreux intervenants.
Le président Wade pris à parti
« Il y a une véritable offensive contre les libertés », a déclaré Amatah Dansokho, député de l’opposition. Selon lui, la plupart des quelques 50 partis politiques du pays sont d’obédience religieuse. Le politicien accuse le président Abdoulaye Wade « d’avoir ouvert la boîte de Pandore » en favorisant l’ingérence du religieux dans les affaires de l’Etat.
Le vicaire général et représentant de l’Eglise catholique, l’abbé Adolphe Faye, a dénoncé la tentation actuelle de « tout mouler dans une culture unique dominée par l’islam », en se basant sur la majorité numérique. Selon lui, la promotion de la laïcité passe par le respect des identités religieuses et par le respect de l’autre. Paul Ngom, un autre catholique, enseignant à l’université de Dakar a fustigé les « accointances particulières et particularisantes, inquiétantes et dangereuses » entre l’Etat et les chefs religieux.
En conclusion, les intellectuels, religieux et hommes politiques sénégalais présents à la conférence se sont engagés à protéger à tout prix, la laïcité de leur pays. « Cette laïcité est une réalité qu’il faut défendre jalousement, car il y a une tentation vers une culture unique islamisée » et confrérique, ont-ils fait remarquer. (apic/ibc/bb)
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