Apic Dossier
La première visite d’une longue série de voyages à l’étranger
Rome, 30 avril 2003 (Apic) Le pape Jean Paul II s’envolera le 3 mai pour l’Espagne, à l’occasion de son 99e voyage apostolique hors d’Italie. Cette visite de 36 heures à Madrid, la première de l’année après neuf mois de « repos », sera une sorte de test pour les quatre autres voyages qui l’attendront d’ici la fin 2003. L’un des points d’orgue de la visite sera la canonisation de 5 bienheureux, dimanche 4 mai. Pour remédier aux possibles débordements, les organisateurs ont mobilisé près de 5’000 policiers et 10’000 volontaires.
Au programme, seules trois rencontres officielles sont prévues, dont une avec le Premier ministre espagnol José Maria Aznar, à trois jours du début de la campagne électorale pour les élections administratives du 25 mai, et dans un contexte national et international tendu.
Après son dernier voyage en Pologne, en août dernier, le pape pontife s’apprête à reprendre une nouvelle fois son bâton de pèlerin en direction de la péninsule ibérique cette fois. Ce 99e voyage international depuis son élection sur le siège de Pierre est le 5e qu’il effectue en Espagne. Visiblement reposé après les éprouvantes célébrations pascales, il ne restera cependant qu’une journée et demie à Madrid, durant laquelle il rencontrera les autorités politiques et religieuses du pays, ainsi que les jeunes.
« El papa viene a verte » – Le pape vient te voir; -, peut-on lire sur les murs de la capitale espagnole depuis plusieurs jours pour annoncer la visite éclair de Jean Paul II dans la ville, les 3 et 4 mai prochains. Arrivant dans la matinée du 3 à l’aéroport international de Madrid-Barajas, le pape se rendra directement à la nonciature apostolique après avoir prononcé un discours lors de la cérémonie officielle de bienvenue sur le tarmac de l’aéroport. Là, après quelques heures de repos, il rencontrera le chef du gouvernement espagnol, José Maria Aznar, pour un entretien privé. La position du Premier ministre en faveur d’une guerre en Irak – alors que 90% des Espagnols se sont prononcés contre, selon les sondages, saluant ainsi de manière quasi unanime la position de Jean Paul II – et la division de l’Union européenne à l’heure de sa construction seront en arrière fond de la rencontre.
Eviter toute polémique
Toutefois, selon la presse espagnole, le pape ne devrait pas s’attarder sur ces sujets, afin que ses paroles ne soient pas récupérées par certains partis de l’opposition lors de la campagne électorale qui doit commencer quelques jours plus tard. Afin d’éviter toute polémique, le pape devrait d’ailleurs également rencontrer le secrétaire général du PSOE, le principal parti de l’opposition, le 4 mai, juste avant la messe de canonisation.
Le discours du pape aux quelque 100’000 jeunes déjà inscrits, qu’il rencontrera dans la soirée du samedi sur la base aérienne des « Quatre Vents », n’exclurait toutefois pas un appel directement adressé aux jeunes à s’engager en faveur de la paix. Selon des sources vaticanes, le souverain pontife pourrait non seulement faire allusion au contexte international, mais aussi et surtout aux tensions internes à l’Espagne dues notamment aux mouvements terroristes basques. Diverses organisations d’extrême gauche, auxquelles sont reliés les réseaux terroristes, ont manifesté ces derniers jours contre la venue du pape.
Dans un message adressé aux Madrilènes à l’occasion de la visite de Jean Paul II, l’archevêque de Madrid, le cardinal Antonio Maria Rouco Varela, a souligné les principaux défis que doit affronter aujourd’hui l’Eglise espagnole, parmi lesquels, outre le terrorisme, l’intégration des immigrés, le chômage, la cohésion sociale, et les problèmes liés aux familles.
Avec les jeunes
Pour que la participation des jeunes soit la plus importante possible, malgré la rapidité de la visite pontificale, les évêques espagnols ont lancé une série de rencontres d’information et de formation ces dernières semaines. Le 24 avril dernier, le cardinal de Madrid est lui-même intervenu dans le cadre d’une conférence sur le thème « Le pape vient en Espagne. Pourquoi et pour qui ? ». A cette occasion, le prélat a particulièrement insisté sur l’importance de cette visite « pour ceux qui ne connaissent pas encore l’Evangile ».
Le 4 mai, Jean Paul II présidera la messe de canonisation de cinq bienheureux d’origine espagnole, sur l’immense « Plaza de Colon », dédiée à Christophe Colomb, dans le centre-ville. Entre 800’000 et un million de personnes sont attendues pour ce dernier et unique rassemblement public à Madrid.
Pour remédier aux débordements attendus en dernière minute, les organisateurs ont mobilisé près de 5’000 policiers et 10’000 volontaires. 15’000 prêtres ont en outre été demandés pour distribuer la communion. A cette cérémonie, sont attendus les membres du gouvernement, les autorités locales, ainsi que les membres de la famille royale. Ces derniers seront d’ailleurs reçus en privé par Jean Paul II en fin d’après-midi, avant son départ pour Rome dans la soirée.
Contexte différent
Interrogé par Radio Vatican, Mgr José María Sánchez, évêque de Sigüenza- Guadalajara, a souligné « l’excitation des Espagnols » à la veille du voyage. « Malgré les limites qui lui sont imposées par l’âge et des problèmes de santé, le pape vient nous montrer son affection particulière pour le peuple espagnol », a-t-il dit Il a par ailleurs insisté sur l’importance de ce voyage pour encourager les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, de moins en moins nombreuses dans le pays.
Mgr Sanchez a toutefois souligné que, par rapport aux quatre précédentes visites de Jean Paul II en Espagne – 1982, 1984, 1989 et 1993 -, l’enjeu de celle-ci est totalement différent. Alors que la première visite s’était en effet déroulée en 1982, quelques années après la chute du régime de Franco et dans le contexte de l’application du Concile Vatican II, la prochaine « sera marquée par une forte sécularisation et une pratique religieuse diminuée, notamment ces deux dernières années en raison d’événements désagréables largement amplifiés par les médias », a-t-il commenté en faisant notamment allusion aux scandales de pédophilie dans l’Eglise. PR
Encadré
Bref résumé de la vie des cinq futurs saints, tous nés à la fin du 19e siècle
Pedro Poveda (1874-1936) est le fondateur de l’Institution Thérésienne. Né à Linares, il est ordonné prêtre en 1897. Il travaille alors dans le but de former des professeurs laïcs chrétiens, pour évangéliser le monde de l’éducation et de la culture. Il fonde des académies et des centres pédagogiques, à l’origine de son Institution, fondée en 1911. Il meurt martyr de la guerre civile espagnole en 1936 et est béatifié en 1993.
José Maria Rubio (1864-1929) est né à Dalias. Il entre dans la Compagnie de Jésus en 1906. Ses piliers sont alors le sacrement de la réconciliation, la prédication simple de l’Evangile, ainsi que l’attention spirituelle et matérielle aux quartiers les plus pauvres de Madrid. Il meurt en 1929 et est béatifié en 1985.
Angela de la Cruz (1846-1932) est, quant à elle, la fondatrice de la Compagnie des Soeurs de la Croix. Née à Séville, elle commence à travailler à 12 ans chez un cordonnier pour aider sa famille. Elle sent très vite l’appel à la vie religieuse auprès des plus pauvres et commence à visiter des malades avec des amies, choisissant de vivre dans la pauvreté. C’est ainsi qu’est née sa Compagnie, en 1875. Elle meurt en 1932 et est béatifiée en 1982.
Maravillas de Jesus (1891-1974) est originaire de Madrid. Comme soeur Angela de la Cruz, elle dédie sa vie très tôt au service des plus pauvres et décide, pour répondre à sa vocation, de fonder un couvent de carmélites, en 1924. Neuf autre fondations seront ensuite ouvertes, dont une en Inde. Reconnue comme une (des plus) grande(s) mystique(s) du 20e siècle, elle a aussi souvent été critiquée (objet de controverses) pour (après) avoir voulu retrouver la règle de vie très stricte voulue par sainte Thérèse dans les carmels. Elle meurt en 1974 et est béatifiée en 1998.
Genoveva Torres (1870-1956), enfin, est la fondatrice de la Congrégation des soeurs du Sacré Coeur et des Saints Anges. Née à Almenara, elle décide, l’âge venu, de s’occuper des femmes seules et dans le besoin à Valencia, où elle fonde en 1911 sa première maison. Elle crée alors la Société Angélique. Elle meurt en 1956 et est béatifiée en 1995. Les Espagnols la surnomment « l’Ange de la solitude ». (apic/imedia/pr)
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