Espagne: 99ème voyage de Jean Paul II hors d’Italie

Apic Dossier

Appels pour la paix et les racines chrétiennes de l’Europe

Par Antoine Soubrier, correspondant de l’Apic

Madrid, 4 mai 2003 (Apic) Quelques instants après être descendu de l’avion l’ayant porté de Rome à Madrid où il reste deux jours pour son 99e voyage international, Jean Paul II a exhorté le 3 mai l’Europe à retrouver ses racines chrétiennes, soulignant particulièrement le rôle de l’Espagne dans la redécouverte de cet «héritage». Avant de se rendre à la nonciature apostolique, il a en outre lancé un appel à une paix durable dans le monde et plus particulièrement en Espagne.

Après 2h30 de voyage, le pape est apparu visiblement fatigué en descendant de l’avion à l’aide d’un ascenseur. Une fois sur le tarmac de l’aéroport international de Madrid, Jean Paul II a été accueilli par le roi d’Espagne, Juan Carlos I de Borbon y Borbon, accompagné de sa femme, la reine Sofia. Des tireurs d’élite avaient été postés sur tous les toits environnants l’aéroport, alors que des avions F-16 de l’aéronautique espagnole avaient escorté l’avion pontifical au-dessus du territoire espagnol.

Outre une centaine d’évêques et cardinaux, près de 500 fidèles, parmi lesquels une majorité de jeunes, étaient présents derrière les barrières protégeant le passage du pape, accueilli par le slogan traditionnel : «Juan Pablo II, ti quiere todo il mondo» ­ «Jean Paul II, tout le monde t’aime». Prenant la parole une fois installé dans son fauteuil au côté du couple royal, pour la cérémonie de bienvenue à quelques mètres de l’avion, le pape a plaisanté en répondant à ces cris. «Peut-être que tout le monde m’aime», a-t-il lancé. «Ce qui est sûr, c’est qu’au moins l’Espagne m’aime !».

La constitution européenne

Prenant ensuite son discours préparé à l’avance, le pape a tout de suite abordé le thème de l’Europe, particulièrement brûlant dans l’actualité en raison de la rédaction de la future Constitution européenne attendue pour 2004. «En ce moment extrêmement important pour la consolidation d’une Europe unie», Jean Paul II a insisté sur le rôle de l’Espagne dans la sauvegarde et la promotion des racines chrétiennes du vieux continent.

«Je suis sûr que ce pays apportera le riche héritage culturel et historique de ses racines catholiques et les propres valeurs pour l’intégration de l’Europe», a-t-il déclaré. Une Europe «qui doit rechercher l’unité fondée sur des critères et des principes dans lesquels prévalent le bien intégral de ses citoyens».

Se souvenant de son premier voyage sur le territoire espagnol, en novembre 1982, Jean Paul II a alors repris les paroles de son dernier discours, alors qu’il quittait le pays. «A ce moment-là, j’ai exhorté l’Europe par un cri plein d’amour, en rappelant ses riches et fécondes racines chrétiennes :»Europe, retrouve-toi toi-même».

Message de Paix

Conscient d’arriver dans un contexte politique national tendu, après notamment la crise irakienne, mais aussi en raison du terrorisme basque et des conflits politiques à quelques jours des élections municipales et régionales, le pape a ensuite lancé d’une voix claire : «La paix soit avec toi, Espagne !». Le premier ministre José Maria Aznar, vivement critiqué par la majorité du peuple espagnol pour avoir donné son appui aux attaques américaines en Irak, ces dernières semaines, était présent, accompagné de représentants du gouvernement.

«J’implore pour l’Espagne et pour le monde entier une paix qui soit féconde, stable et durable, ainsi qu’une unité dans la vie commune, au sein de la merveilleuse et variée diversité de ses peuples et de ses villes», a lancé Jean-Paul II. Interrogé par les journalistes, le porte-parole du Saint-Siège, Joaquin Navarro-Valls, a expliqué que ces paroles faisaient particulièrement allusion à la situation du pays basque.

Quelques instants auparavant, le roi Juan Carlos I avait prononcé un discours dans lequel il remerciait le pape «pour ses incessantes condamnations du terrorisme qui touche particulièrement les Espagnols».

Quelque 530 prêtres de la région basque avaient écrit au pape avant son départ pour la péninsule ibérique, pour lui demander de parler en faveur de «l’exercice de la libre décision» des Basques. Selon eux, les «graves expressions de la violence» que subit la région «se trouvent dans un conflit provoqué par le manque de reconnaissance de ses droits collectifs».

Sous un soleil caniculaire, Jean Paul II a ensuite écouté les hymnes du Vatican et de l’Espagne, avant de prendre congé de ses hôtes pour se rendre à la nonciature apostolique, située à une dizaine de kilomètres de l’aéroport, dans sa papamobile blanche. AS/SH

Encadré

Jean Paul II ne savait pas qu’il était en 4e position sur la liste des pontificats les plus longs.

Interrogé par les journalistes dans l’avion pontifical, de Rome à Madrid, Joaquin Navarro-Valls a affirmé que Jean Paul II avait été surpris d’apprendre qu’il était en quatrième position sur la liste des pontificats les plus longs, la veille au cours d’un repas. «Lorsque je le lui ai dit qu’il venait de dépasser le quatrième pape dans la liste des plus longs pontificats, a raconté le porte-parole du Saint-Siège, le pape a paru étonné». «Il m’a alors demandé qui étaient les trois premiers.».

Au 1er mai, Jean Paul II venait de passer 24 ans, 6 mois et 15 jours sur le siège de Pierre. Le plus long pontificat, selon la tradition, est celui de saint Pierre. Viennent ensuite ceux de Pie IX et de Léon XIII. (apic/imedia/sh)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/apic-dossier-53/