Manifestation pour commémorer la mort de Mgr John Joseph

Pakistan: Les chrétiens déplorent la condamnation pour blasphème d’un chrétien pakistanais

Karachi, 8 mai 2003 (Apic) Plusieurs responsables d’Eglise pakistanais ont exprimé leur consternation après la condamnation d’un autre chrétien en vertu de la loi draconienne sur le blasphème. «Nous devons vivre avec cela», a déclaré le pasteur Sardar Feroze Khan, président de l’Eglise presbytérienne du Pakistan, interrogé par l’Agence oecuménique ENI sur sa réaction après le verdict prononcé le 26 avril contre Ranjha Masih, un catholique de 52 ans.

Ranjha Masih a été condamné à l’emprisonnement à vie et à une amende de 50’000 roupies pakistanaises (900 dollars) par un tribunal de Faisalabad.

La condamnation a été prononcée environ cinq ans après son arrestation pour «blasphème» durant une procession en mai 1998. Ranjha Masih a été accusé d’avoir jeté des pierres contre une enseigne lumineuse portant un verset coranique.

Les chrétiens, qui sont environ 3 millions sur une population de 140 millions d’habitants, ont à maintes reprises protesté contre la loi sur le blasphème, qui punit toute personne qui «a profané le nom sacré du saint prophète».

«Toutes nos protestations n’ont abouti à aucun résultat. Le gouvernement est revenu sur sa promesse d’amender la loi après les protestations vigoureuses de groupes islamiques», a commenté Sardar Feroze Khan, un ancien président du Conseil national des Eglises du Pakistan qui regroupe les grandes Eglises protestantes dans ce pays majoritairement musulmane.

Commémoration

En mai 1998, l’évêque catholique John Joseph, de Faisalabad, qui était président de la Commission justice et paix de la Conférence épiscopale du Pakistan, s’était tiré une balle dans la tête devant le tribunal de Sahiwal au Panjab où, un mois auparavant, un chrétien pakistanais, Ayub Masih, avait été condamné à mort pour blasphème. C’est durant la procession commémorant l’anniversaire de sa mort que Ranjha Masih a été arrêté.

Mgr Joseph Coutts, successeur de Mgr John Joseph à Faisalabad, a estimé que la condamnation prononcée contre Ranjha Masih aurait pu être encore plus dure. En effet, conformément à l’article 295 C du code pénal pakistanais, la condamnation pour blasphème prévoit la peine de mort, même si cette sentence doit être confirmée par la haute Cour.

60 cas depuis 1990

Des militants de l’Eglise ont recensé plus de 60 cas de blasphème impliquant des chrétiens depuis 1990, mais seuls dix chrétiens ont été condamnés par des tribunaux de district, dont les jugements ont été par la suite annulés après le pourvoi en appel.

Plusieurs chrétiens accusés de blasphème ont été assassinés avant même le début du procès, alors que d’autres ont fui avec leur famille pour ne pas être la cible d’extrémistes musulmans.

Plus de 1’500 personnes se sont rassemblées le 6 mai dans la ville de Faisalabad, au Pakistan, pour assister au service commémorant le cinquième anniversaire de la mort de Mgr John Joseph. Beaucoup se sont rendus sur sa tombe.

Dans la soirée, des centaines de personnes, et parmi elles des responsables musulmans, ont participé à une rencontre publique qui a rendu hommage à l’engagement de l’évêque en faveur de la justice sociale et de l’égalité. (apic/eni/pr)

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