Les évêques basques accusés de favoriser «l’impunité morale»
Madrid, 9 mai 2003 (Apic) Quelques intellectuels de «pointure mondiale», comme l’écrivain péruvien Vargas Llosas et Bernard-Henri Lévy, s’en prennent violemment à l’Eglise en Pays basque. Dans une prise de position publiée par le quotidien madrilène «ABC», ils dénoncent «l’impunité morale» créée par le Parti nationaliste et l’Eglise basques.
La prise de position d’une dizaine de personnalités intervient alors que se profilent les élections espagnoles. Au Pays basque, l’interdiction de Batasuna, considéré comme le bras politique de l’organisation séparatiste armée, fait de nombreuses vaques à l’approche des échéances électorales. Washington vient du reste de placer ce mouvement sur sa liste d’organisations terroriste. Depuis plusieurs jours, les attaques pleuves contre l’Eglise basques, et contre plusieurs évêques du lieu.
«Alors que des citoyens du Pays basque sont assassinés pour leurs idées, et que des milliers d’autres ont été mutilés ou ont été soumis à des pressions, des attentats sont perpétrés et célébrés dans une atmosphère d’impunité morale favorisée par les institutions nationalistes et par la hiérarchie catholique basque», accusent les intellectuels. Ceux-ci ont pour nom Fernando Arrabal, Afredo Bryce Echenique, Michael Buerleigt, Paolo Flores D’Arcais, Carlos Fuentes, Nadine Gordimer, Juan Goytisolo, Carlos Monsivais, Bernard-Henri Lévy, Paul Preston, Gianni Vattimo et Mario Vargas Llosa. Il sont tous signataires du «Manifeste» d’appui à l’organisation «Basta ya!» (ça suffit maintenant).
Aucune réaction n’est pour l’heure parvenue de la part des évêques des diocèses de Bilbao et de Vitoria, montrés du doigt, Mgr Ricardo Blázquez Pèrez et Mgr Miguel José Asurmendi Aramendia, que l’Apic a tenté de joindre en vain.
Campagne orchestrée par Madrid
Il s’agit d’une campagne menée en Espagne contre tout ce qui touche au Pays basque: sa langue, sa culture, y compris la pastorale proposée par les évêques basques, réplique-t-on dans des réactions qui apparaissent dans plusieurs quotidiens du côté de Bilbao, proches des milieux nationalistes. La politique de Madrid et les prises de position de la Conférence des évêques espagnols à l’égard de l’Eglise en Pays basque sont d’ailleurs largement critiqués.
Dans une lettre adressée au pape Jean Paul II peu avant son arrivée à Madrid, les 3 et 4 mai, 530 prêtres basques étaient montés aux barricades à la défense du Pays basque, pour notamment affirmer que seule la reconnaissance du droit à l’»autodétermination» permettra de résoudre les tensions actuelles.
Les prêtres s’en prenaient en outre à la Conférence des évêques, qui avaient, dans une récente instruction pastorale, considéré que «les revendications de la majorité des Basques qui réclament leurs droits individuels et collectifs, constituent un nationalisme totalitaire qui entend s’imposer par le terrorisme et une idéologie totalitariste».
Les prêtres disaient réprouver «toute sorte de terrorisme, mais aussi, et cela d’une façon particulière, celui exercé par le pouvoir et l’Etat». Selon ces mêmes prêtres, l’origine des «violences actuelles» est ni plus ni moins à rechercher à l’époque de «la guerre fratricide», considérée comme «une croisade» par l’Eglise catholique et la dictature franquiste. (apic/pr)
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