Grèce: La Conférence oecuménique sur les racines chrétiennes de l’Europe s’est achevée
Athènes, 7 mai 2003 (Apic) Les représentants des Eglises orthodoxe, anglicane et catholique présents à la Conférence oecuménique sur les racines chrétiennes de l’Europe, tenue du 4 au 6 mai à d’Athènes, en Grèce, estiment que les Eglises chrétiennes doivent pouvoir avoir leur mot à dire dans la construction européenne.
Dans un communiqué publié dans la soirée du 6 mai, les participants de ces Eglises ont en effet publié une déclaration commune dans laquelle ils font part de leur volonté de participer à la construction européenne. Pour le cardinal Roger Etchegaray, représentant de l’Eglise catholique, cette rencontre « est un pas de plus dans le dialogue oecuménique ».
Le colloque, organisé par le Saint Synode orthodoxe de Grèce alors que ce pays assure la présidence de l’Union européenne, s’est tenu du 4 au 6 mai avec la participation de représentants des principales Eglises orthodoxes, catholiques et anglicanes d’Europe. Des personnalités politiques ainsi que des universitaires étaient également présents au cours des débats sur les « valeurs et les principes pour la construction de l’Europe ».
« A l’aube de l’Union européenne des 25 Etats membres, 455 millions d’Européens regardent avec espoir les efforts politiques et humains sans précédent dans l’histoire de la planète entière: l’entreprise de l’intégration européenne », peut-on lire dans ce communiqué final. Une déclaration conjointe semblable avait déjà été signée entre Jean Paul II et l’archevêque d’Athènes, Mgr Christodoulos, le 4 mai 2001 en Grèce.
A l’issue des deux jours de débats, « les Eglises chrétiennes d’Europe ont explicitement déclaré leur décision de travailler ensemble dans le but de répondre aux signes des temps », ainsi qu’aux « attentes des Européens ». C’est pourquoi les signataires de la déclaration finale affirment qu’ »il est impensable que l’union européenne n’établisse pas, dans le Traité constitutionnel préparé par la Convention européenne, un dialogue régulier avec les Eglises chrétiennes ».
Stimuler le principe de l’égalité
Ce dialogue permettra entre autres, estiment les signataires, de stimuler le principe de l’égalité, qui exclut toutes les formes de discrimination sur la base du sexe, de la race, de l’identité nationale, de l’handicap physique, de la religion ou des convictions personnelles », reconnaît le communiqué. Il insiste également sur l’importance de la participation des Eglises chrétiennes à la construction de l’Europe « pour combattre la destruction écologique, ainsi que les problèmes liés à la bioéthique et à la pauvreté ».
Soulignant enfin que « l’Evangile du Christ » a joué un rôle « non seulement significatif mais aussi décisif dans la réalité européenne », les participants concluent en précisant que « personne ne peut nier le fait que l’Europe en est complètement imprégnée ». « L’évangile n’a jamais nivelé la diversité culturelle de l’Europe, mais elle l’a plutôt solidement enrichie, affirment-ils. Pour cette raison nous croyons qu’il est inconcevable que la Convention européenne ne fasse pas une référence claire et spécifique aux racines chrétiennes du Vieux continent dans la future Constitution ».
Le regard du cardinal Etchegaray
Interrogé par I’Apic à son retour de Grèce où il avait été personnellement invité pour représenter l’Eglise catholique, le cardinal français Roger Etchegaray a considéré cette rencontre oecuménique comme « un très grand événement pour l’Europe et pour l’Eglise de Grèce ». « La participation de chacun et en particulier des laïcs a été très forte », a-t-il reconnu en soulignant la qualité des discours. Pour le prélat âgé de plus de 80 ans, l’intervention de l’archevêque orthodoxe d’Athènes, Mgr Christodoulos, a été particulièrement forte. « Je m’y suis retrouvé sans peine », a-t-il ajouté en insistant sur « l’harmonie » qui existait entre les participants « venus collaborer ensemble pour la construction d’une Europe solide, qui garantisse la libre participation de toutes les Eglises chrétiennes ». Dans la soirée du 5 mai, Mgr Christodoulos avait notamment mis en garde le Vieux continent contre ce qu’il a qualifié d’une « mauvaise copie de l’Union soviétique », dans le cas où les racines chrétiennes de l’Europe ne seraient pas reconnues comme telles.
Pour le cardinal Etchegaray, cette rencontre oecuménique est par ailleurs « un pas de plus dans le dialogue entre catholiques et orthodoxes ». « Ma présence était en elle-même un signe concret exprimant le rapprochement entre les deux Eglises ». PR
Encadré
Service original et non exclusif
Le cardinal Etchegaray demande que l’Europe reconnaisse « le service original et non exclusif » des Eglises chrétiennes. Dans son intervention faite le 5 mai 2003 à Athènes, le cardinal Roger Etchegaray a insisté pour que l’Union européenne prenne en compte le rôle des Eglises chrétiennes dans la construction de l’Europe.
« Ce qui importe, c’est que l’Europe reconnaisse en toute honnêteté et sans confusion de compétence, le service original et non exclusif que lui offre une Eglise par sa conception et son expérience de l’homme », a dit le prélat. Selon lui, à l’heure où « le corps de l’Europe grandit », celle-ci doit également chercher « à approfondir son âme ». Ainsi, a-t-il précisé, « pour bâtir sur des bases solides une « maison Europe » de plus en plus spacieuse, il ne suffit pas de simples références à un patrimoine de valeurs humanistes ».
« L’Eglise, a-t-il poursuivi, en assurant l’homme de son identité la plus originale, celle de son origine divine, vient infuser de nouvelles énergies pour aller plus loin dans la défense universelle de ses droits ». C’est pourquoi, selon le cardinal Etchegaray, « l’Eglise a conscience de pouvoir aider l’Europe à se faire elle-même, le chrétien étant celui qui va au plus profond et le plus loin dans les exigences pour construire une Europe capable d’affronter les gigantesques défis du troisième millénaire ».
Toutefois, précisant que « nul ne rêve nostalgiquement à une Europe chrétienne, et encore moins à une Europe vaticane », il a reconnu que « la solution n’est pas simple, aucun modèle unique de rapports Eglise-Etat n’ayant existé ». (apic/imedia/pr)
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