Congo RDC: Les «seigneurs de la guerre» font la loi à Bunia

Difficile mise en action de l’aide humanitaire

Bunia, 15 mai 2003 (Apic) Les intenses combats entre les factions des groupes rebelles dans la région de Bunia, ville de la République démocratique du Congo (RDC), empêchent les premières aides humanitaires de se développer efficacement, écrit l’Agence missionnaire Misna.

Selon elle un seul avion de l’organisation britannique Oxfam a atterri mercredi dans le chef-lieu de l’Ituri, dans le nord est de la République Démocratique du Congo, où plusieurs journées de batailles pour la prise de contrôle de la ville ont provoqué une très grave crise humanitaire.

D’après un porte-parole de la MONUC, la Mission de l’ONU en ex-Zaïre, au moins 10 civils ont été tués mercredi à Bunia. On compte plus de 100 blessés, mais les victimes non enregistrées par les casques bleus pourraient être en réalité bien plus nombreuses.

Par ailleurs, indique Misna, des milliers de personnes fuient les féroces combats entre les miliciens d’ethnie Lendu et les Hema de l’Union des Patriotes Congolais (UOC) de Thomas Lubanga, un aile rebelle minoritaire. « A cause de la gravité de la situation nous avons dû renvoyer à demain l’acheminement des premières aides humanitaires », a déclaré à l’agence missionnaire Luc Vansina, coordinateur régional de Memisa, une organisation missionnaire d’assistance de la Belgique.

Un avion transportant six tonnes de haricots, une de sel et une de sucre aurait dû partir mercredi en fin de matinée de Beni, à environ 200 kilomètres de Bunia, mais le vol a été repoussé. « Nous attendons l’autorisation de la MONUC », a-t-il ajouté, « et nous espérons réussir à rejoindre la population qui se trouve dans des conditions désespérées ». Selon les informations le personnel de quelques organisations non gouvernementales internationales, qui avait quitté la ville il y a quelques jours, se prépare à retourner à Bunia pour apporter son aide.

Jusqu’à présent plus de 7’000 personnes ont cherché refuge dans les structures de la MONUC, dont 4’000 personnes dans celle de l’aéroport, sous le contrôle des peacekeeper. Mais les réserves alimentaires de la mission de l’ONU commencent aussi à s’amoindrir.

Manipulé de l’extérieur

L’Apic a par ailleurs reçu le témoignage de personnes vivant à Bunia, suite à l’assassinat de trois prêtres. Autrefois, assure notre interlocuteur désireux de garder l’anonymat, on vivait sans problème majeur entre les composantes de la société. Cette région aux grandes potentialités avait presque réussi sont intégration ethnique ». Jusqu’au jour où tout à basculé. Comment en est-on arrivé là ? « Tout est manipulé, affirme-t-il. Des « seigneurs de guerre » font la loi, instrumentalisés de l’extérieur pour des intérêts majeurs: l’or de Kilomoto, le bois précieux et le pétrole qui vient d’être découvert près du Lac Albert, sur la frontière de l’Uganda attisent les convoitises.

Depuis quelques jours, les occupants de Bunia ont changé mais, affirme-t- il, la ville est encore en proie aux violences et aux pillages. De nombreux assaillants sont entrés en ville avec les rebelles de l’Union des Patriotes Congolais (UPC). « Ce groupe et ses alliés commettent les mêmes crimes que les miliciens Lendu qui contrôlaient la ville depuis quelques jours. Ils arnaquent et menacent les habitants, la ville sombre dans le chaos ».

Situation critique

La situation est critique: « le tout sous les yeux des 625 « Casques bleus » de la MONUC (Mission des Nations Unies en ex-Zaïre) ». Quant à la situation humanitaire, elle est grave, et risque de devenir désastreuse. Sans électricité depuis une semaine, les gens manquent aussi de nourriture et de médicaments. Des milliers de gens campent près de l’aéroport dans l’espoir de fuir les combats.

Les prêtres catholiques ne sont pas épargnés par les violences. Il y a tout d’abor eu le décès de l’abbé Raphaël Ngona, ancien professeur au séminaire, tué il y a quelques jours, rappelle-t-il, avant d’évoquer l’assassinat de deux prêtres de la paroisse de Nyakasanza, à Bunia, l’abbé François Mateso et son jeune vicaire Aimé Ndjabu, ainsi que l’a rapporté l’Apic il y a quelques jours.

Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kisangani, a condamné avec force ces actions fratricides qui sont en train de décimer la population de l’Ituri et d’ensanglanter le chef-lieu de la région nord-orientale du pays. Les affrontements interethniques ont fait depuis 1999 quelque 50’000 morts et 500’000 déplacés. Loin des feux de l’actualité, le plus souvent. (apic/misna/co/pr)

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