La décision des évêques, contestée, a déjà été appliquée

Thaïlande: Les funérailles catholiques refusées aux trafiquants de drogue notoires

Bangkok, 18 mai 2003 (Apic) L’Eglise catholique thaïlandaise a demandé à ses prêtres de ne plus célébrer de funérailles catholiques pour les personnes connues de leur vivant pour avoir été des trafiquants de drogue, indique dans son édition de la mi-mai Eglises d’Asie. Les évêques s’appuient sur l’article 1184 du Code de droit canon qui stipule que les funérailles catholiques peuvent être refusées à «un pécheur manifeste». La décision ne fait pourtant pas l’unanimité. Et si des prêtres affirment ne pas vouloir la respecter, d’autres assurent l’avoir déjà mise en application.

Les évêques thaïlandais, réunis fin mars en assemblée plénière ont décidé de ne plus accepter la célébration de funérailles à quiconque aura été convaincu de trafic de drogue. Cette mesure, que le cardinal Michael Michai Kitbunchu, archevêque de Bangkok et président de la Conférence épiscopale, a commenté pour une centaine de ses prêtres lors d’une réunion tenue les 28, 29 et 30 avril derniers, s’inscrit dans le contexte plus large de la «guerre aux drogues» déclarée en février dernier par le Premier ministre Thaksin Shinawatra.

Selon le gouvernement, cette campagne a fait 2’582 morts, dont 66 ont, abattus par la police. Les autorités affirmant que les autres décès résultaient d’exécutions entre trafiquants. Dans le même temps, 58’000 personnes ont été arrêtées et l’équivalent de 1,2 milliards de baths (26 millions d’euros) en drogue et en biens matériels ont été confisqués.

Face à la popularité de la campagne, rares ont été les voix à dénoncer le caractère expéditif des méthodes employées par la police. Selon les responsables de l’Eglise catholique, la gravité du problème posé par la consommation de drogues dans le pays, en particulier les amphétamines produites en quantité en Birmanie et sur la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie, a amené la Conférence épiscopale à soutenir la campagne gouvernementale.

Malaise

En mars dernier, des délégués de la Conférence se sont joints à des représentants des autres principales religions pour exprimer ce soutien au gouvernement. L’Eglise s’est engagée à demander «à tous ses pasteurs et à ses fidèles de faire des communautés, des églises et des écoles catholiques des lieux exempts de drogue». Selon le cardinal Kitbunchu, faire commerce de «ya ba» (’la drogue qui rend fou’), surnom local des amphétamines, constitue «un acte indirect de meurtre».

S’appuyant sur l’article 1184 du Code de droit canon qui stipule que les funérailles catholiques peuvent être refusées à «un pécheur manifeste» dont les funérailles à l’église provoqueraient le scandale public des fidèles, le cardinal archevêque de Bangkok a déclaré que, «s’il est prouvé qu’un catholique a été un producteur ou un dealer de drogues illégales, une sanction de l’Eglise s’impose. Les prêtres ne doivent pas célébrer de messe de funérailles pour lui et ne pas autoriser de veillée funèbre à l’intérieur d’une église».

Dans le diocèse de Chiang Mai, situé dans le «Triangle d’or», l’évêque, Mgr Joseph Sangval Surasarang, a communiqué la directive de la Conférence épiscopale à ses prêtres. Les directives pastorales du diocèse stipulent en outre que les membres de minorités ethniques, qui forment l’essentiel de la population de la région, qui souhaitent recevoir le baptême doivent promettre de ne pas consommer d’héroïne.

Dans le diocèse de Ratchaburi, selon le vicaire général, Mgr Pradit Vongvari, les prêtres ne sont pas très «à l’aise» face à la directive de la Conférence épiscopale, la jugeant trop «sévère». Tous ne font pas preuve du même état d’esprit. Dans un bidonville de Bangkok, le Père Chatchaval Supalak, curé de Klong Toey, rapporte qu’il a déjà eu à refuser des funérailles catholiques à un trafiquant notoire. Il a présidé une simple veillée de prière, la famille s’était chargée d’organiser elle-même l’enterrement. (apic/eda/pr)

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