APIC-Interview
La parabole du Bon Samaritain
Genève, 27juillet(APIC/Sandra Lo Curto) Qui le connaît seulement par les
coupures de journaux, se souvient de lui comme étant le récent secrétaire
d’Etat aux Affaires étrangères et c’est pourquoi on l’imagine stressé et
d’un accès très difficile. Pourtant Cornelio Sommaruga, président du Comité
International de la Croix Rouge (CICR) surprend déjà à la première poignée
de main par sa chaleur humaine.
Cornelio Sommaruga a deux façons de parler, premièrement, il a
l’habitude des médias, c’est pourquoi ses réponses sont claires et concises; deuxièmement, il aime les langues et il aime s’en servir. Mais qu’estce que l’actuel président du CICR veut bien dire sur sa vie privée et ses
idées en tant que « catholique pratiquant » ?
Cornelio Sommaruga n’esquive pas les questions personnelles : « Oui, j’ai
la vision d’un monde meilleur. Sinon je ne serais pas où je suis et je ne
serais pas non plus catholique! Mais la question qui reste à se poser est :
comment peut-on réaliser rapidement cette vision… » Cornelio Sommaruga,
qui est âgé de 57 ans et père de six enfants, se présente comme un optimiste et rayonne d’une grande joie de vivre. Pourtant, au sujet de la réalisation d’un « monde meilleur », il n’est pas optimiste au point de croire que
le développement soit une chose rapide…
Qu’est ce que l’amour du prochain pour un chrétien ?
Dès que l’on parle de « développement » – et la conversation continue automatiquement sur les pays pauvres du monde qui souffrent de conflits – la
voix de Cornelio Sommaruga vibre d’un mélange de préoccupation profonde et
de vrai engagement. « Il y a dans l’Evangile selon Saint Luc la merveilleuse
parabole du Bon samaritain », relève Cornelio Sommaruga. Il n’est pas le
premier président du CICR qui se serve de cette parabole; mais cette « aide
spontanée envers un homme qui a besoin d’aide, sans regarder qui est celui
qui souffre, sans condamner son agresseur et sans se demander si on s’expose soi-même au danger en aidant » – cette manière d’aider spontanément est
pour lui l’incarnation même de l’engagement chrétien pour le prochain.
Cornelio Sommaruga a récemment parlé du Bon Samaritain à Lugano, pendant
un office du soir. C’est essentiel pour lui : sortir de son bureau de Genève et parler avec les gens. Il n’est pas rare non plus que Cornelio Sommaruga assiste à un service religieux lors d’un voyage dans une zone d’engagement du CICR. Il se réjouit de voir comme le peuple participe là-bas.
Les encycliques du pape viennent trop vite…
Ayant vécu dans deux cultures – au Sud des Alpes, ce qui a fortement
marqué son enfance et sa jeunesse, et ensuite au Nord des Alpes, culture à
laquelle il s’est « accoutumé » -, il est compréhensible que le regard de
Cornelio Sommaruga se tourne souvent vers Rome. Il y était d’ailleurs alors
que l’Eglise catholique risquait le grand bond de Vatican II : « J’ai vécu
là-bas pratiquement tout avec les Pères suisses du Concile et j’ai eu la
chance de pouvoir participer à deux séances privées du Concile ».
Il n’a pourtant pas tout compris, admet-il, parce que son latin était
déjà quelque peu « effacé »; mais c’était malgré tout une « expérience formidable ». Qui aurait pensé que le président du CICR avait lu des encycliques
du pape ? Pour lui, « Populorum progressio » était la plus intéressante. Il
lit toujours les message du pape avec grand intérêt; pour les encycliques
qui sont plus vastes il a manqué de temps ces dernières années, déplore-til.
Pour une religion « du dedans »
Mais Cornelio Sommaruga peut aussi juger d’une façon critique chaque
chose qui le touche. Il repense au Concile Vatican II : « Lors de la mise en
oeuvre des diverses décisions et recommandations, j’ai été déçu. Comme il
était difficile de prendre en considération les diverses situations locales
des Eglises. Il y avait beaucoup, peut-être beaucoup trop de différences…
Et j’aurais désiré qu’on aille plus loin dans le domaine de l’oecuménisme ».
Au sujet d’Ecône, Cornelio Sommaruga ne manque pas de mots critiques. On
a jeté des ponts envers Mgr Lefebvre et les intégristes pour empêcher le
schisme, mais ils n’en ont pas tenu compte. Cornelio Sommaruga ajoute : « Je
suis partisan d’une certaine discipline dans l’Eglise! » Mais, selon lui il
n’est pas déterminant pour un chrétien d’aller chaque dimanche à la messe,
mais que l’Eglise reste une communauté et vive par ces communautés. « La religion ne doit pas vécue vers l’extérieur de la personne, mais ressentie du
dedans », souligne Cornelio Sommaruga.
A-t-il voulu une grande famille (huit personnes) parce qu’il avait la
foi ? Cornelio Sommaruga s’en explique : « Ma femme vient de Lombardie, et
nous avons grandi tous les deux dans une grande famille, nous désirions la
même chose pour nous. Nous sommes très heureux d’avoir eu la grâce d’avoir
six enfants… Et nous espérons que nos enfants auront également une grande
famille ». (apic/slc/bd)
Encadré
Qui est Cornelio Sommaruga ?
(APIC) Cornelio Sommaruga est né en 1932 à Rome. Ses parents étaient originaires de Lugano au Tessin, c’est pourquoi il venait souvent en Suisse. Il
est marié et père de 6 enfants. Il a accompli ses études universitaires à
Zurich, Paris et Rome.
Docteur en droit de l’Université de Zurich, il entame son activité
professionnelle dans les milieux bancaires de cete ville en 1957. C’est en
1960 qu’il entre au service de la Confédération auprès du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE). Il occupe jusqu’en 1973, des postes
diplomatiques à La Haye, Bonn, Cologne, Rome et Genève. Il devient chef adjoint de la Délégation suisse près la CNUCED, la CEE/ONU, le GATT, et
l’AELE.
Sous-secrétaire général de l’AELE, à Genève de 1973 à 1975, Cornelio
Sommaruga devient, en 1976, membre de la Direction de l’Office fédéral des
Affaires économiques extérieures à Berne, où il est d’abord nommé Ministre
plénipotentiaire puis Ambassadeur (1977), et, dès 1980, Délégué aux accords
commerciaux. De 1984 à 1986, il est Secrétaire d’Etat pour les affaires
économiques extérieures.
Cornelio Sommaruga, qui est docteur honoris causa rer. pol. de l’Université de Fribourg, est depuis novembre 1986 membre du Comité International
de la Croix-Rouge (CICR) et, a été nommé président de l’institution le 7
mai 1987. (apic/bd)
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