Mauritanie: Vague d’arrestation dans les milieux islamistes
Nouakchott, 25 mai 2003 (Apic) Plus de mille dignitaires musulmans de Mauritanie, dont des oulémas, érudits et imams, ont publié le 22 mai une fatwa ou décret religieux contre le terrorisme sous toutes ses forme. Elle interdit aussi tout autre acte pouvant provoquer la mort de musulmans et de non musulmans. Dans le même temps le gouvernement a ordonné la fermeture du bureau des oeuvres caritatives des Emirats Arabes Unis à Nouakchott.
Dans leur document, a rapporté l’AFP, les dignitaires musulmans s’engagent «aux côtés du gouvernement pour barrer le chemin à toute forme d’extrémisme et de terrorisme bannie par l’islam». Ils appellent leurs compatriotes à «s’opposer à toute atteinte à la sécurité et à la stabilité de leur pays, sous quelque prétexte que ce soit».
Entre autres signataires de la fatwa, figurent le grand imam du pays, Boudah Ould Bousseiri, l’ancien ministre des affaires religieuses, Mohamed Salem Ould Adoud, et Bah ould Abdallahi, président de l’Association des oulémas de Mauritanie. La publication du fatwa a eu lieu dans un contexte marqué par la chasse aux islamistes en Mauritanie. Depuis le début du mois de mai, la police procédé à de nombreuses arrestations dans les milieux fondamentalistes.
De nombreux imams et prédicateurs, ainsi que des femmes, un magistrat et le directeur de la bibliothèque nationale, tous liés aux mouvements intégristes, ont été interpellés dans ce cadre. L’émir d’un groupe islamiste de prédication, très actif dans les mosquées de Nouakchott, a lui aussi été interpellé. Certains d’entre eux sont accusés «d’incitation à la violence et d’utilisation des mosquées pour l’embrigadement de jeunes à des fins subversives». En outre, la police a fermé en début de semaine dernière, la représentation d’une Organisation Non gouvernementale des Emirats Arabes unis. Il s’agit des Oeuvres Caritatives de l’Emirat. Toutes ces mesures sont «liées à l’évolution de l’enquête» auprès d’islamistes arrêtés.
Il y a une semaine, le premier ministre mauritanien, Cheikh El-Avia ould Mohamed Khouna avait dénoncé le «danger rampant» que constituent les extrémistes religieux pour le pays. Par la même occasion, il a lancé un appel à toute la population, qu’il a invité à «prendre à corps et à coeur» leurs responsabilités pour faire face au danger du terrorisme religieux qui n’épargne plus aucun pays et aucun peuple du monde.
Une «stratégie» à l’approche des élections présidentielles
A Dakar, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (Fdih) a critiqué les arrestations opérées dans les rangs des islamistes. Elle a affirmé, dans un communiqué, que c’est une campagne qui relève d’une «stratégie» destinée à «museler toute forme d’opposition» en Mauritanie, à l’approche de l’élection présidentielle du 7 novembre prochain. Selon la fédération, «la lutte contre le terrorisme n’est qu’un prétexte à une campagne de répression à l’encontre des acteurs de la société civile, des magistrats, des opposants politiques, des représentants religieux et des étudiants». (apic/ibc/bb)
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