Près de quatre décennies d’enseignement et de recherche

Fribourg: L’Institut de Journalisme et des Communications Sociales de l’Université a vécu

Jacques Berset, Apic

Fribourg, 25 mai 2003 (Apic) Les myriades d’étudiants de tous les continents qui ont fréquenté ses cours ces quatre dernières décennies seront sans doute nostalgiques. Après 37 ans de bons et loyaux services, l’Institut de Journalisme et de Communications Sociales (IJCS) de l’Université de Fribourg, fondé en 1966, a en effet vécu. Son « curatorium » a été officiellement dissous vendredi dernier lors d’un « congrès final » qui a réuni anciens, professeurs et autres représentants du monde académique.

Ce n’est pas un « enterrement », précise l’éditeur retraité Hugo Baeriswyl, c’est plutôt le passage vers une étape nouvelle: l’IJCS est désormais intégré au nouveau Département des sciences de la société de la Faculté des sciences économiques et sociales. Une évolution symptomatique illustrée par la disparition graduelle des institutions issues du « milieu catholique », comme la dissolution en octobre 2000 de l’Association des éditeurs de journaux catholiques. faute de combattants.

En 1920 déjà, sous Georges Python

Dernier président du « curatorium » de l’Institut – qui n’avait plus de rôle ni de responsabilité suite à la réorganisation de la Faculté -, H. Baeriswyl a rappelé les pionniers qui militèrent dès 1920 pour la mise en place d’une formation journalistique dans le cadre de la jeune Université de Fribourg. L’initiative venait d’une organisation emblématique du « milieu catholique » de l’époque, la « Ligue pour la presse catholique suisse ».

La Ligue interpellait alors le conseiller d’Etat Georges Python afin que l’Université offre à ses étudiants la possibilité de se préparer à la pratique journalistique. Face à la concurrence, la presse catholique issue des luttes acerbes du « Kulturkampf » à la fin du XIXe siècle, avait besoin de cadres bien formés. Mais les demandes de la « Ligue » ne furent pas suivies d’effet.

Pour une presse honnête face à une presse de plus en plus corruptrice

En 1926, lors de sa leçon inaugurale comme chargé de cours, Paul de Sury d’Aspremont annonce la couleur. Il choisit le thème: « Pénurie de chefs et de journalistes catholiques, causes et remèdes ». Son but: former des futurs journalistes au service d’un idéal supérieur, capables de se servir du progrès « pour permettre à la presse honnête de tenir son rang devant une presse de plus en plus corruptrice ». A l’époque déjà!

Sa proposition de créer une chaire de journalisme en 1932 n’eut pas plus de succès. L’idée d’une formation journalistique à l’Université fut reprise les années suivantes par la Société des Etudiants Suisses, puis à nouveau par la « Ligue ». Finalement, en 1942, le professeur E. I. Müller- Büchi propose des cours de journalisme, qu’il allait donner jusqu’à sa retraite, en 1965.

Entre-temps, la Communauté de travail de la presse quotidienne catholique et l’Association des éditeurs catholiques s’activent et finalement, en 1966, on assiste à la fondation de l’Institut de Journalisme, sous la direction du professeur Florian Hans Fleck. Le premier président de son « curatorium » – qui devait, au début, trouver les finances, engager les professeurs, etc. – fut jusqu’en 1976 l’avocat soleurois Max Gressly, une personnalité marquante du catholicisme suisse, qui a beaucoup oeuvré dans le monde des médias catholiques et en faveur de l’Université de Fribourg.

« Prix Dr. Max Gressly – Prof. Florian Hans Fleck »: l’esprit des pionniers

La transformation de l’IJCS, précise Hugo Baeriswyl, ne doit pas faire oublier l’esprit des pionniers. Pour maintenir l’idéal qu’il incarnait, le « curatorium » de l’IJCS, a décidé vendredi, au moment de sa dissolution, de créer le « Prix Dr. Max Gressly – Prof. Florian Hans Fleck ». Doté d’un capital de près de 100’000 francs, il permettra d’attribuer chaque année un montant de Fr. 3’000.– pour récompenser la qualité scientifique de travaux de recherche d’étudiants en journalisme.

Pour l’année 2002-2003, le nombre d’étudiants inscrits y était de 1’407, 4 fois plus que dix ans auparavant. Qualifié par H. Baeriswyl d’ »entité unique dans le paysage universitaire suisse » qui a rayonné par son enseignement, ses recherches et ses publications (Medialex, Media Papers et Discours et Société), l’Institut de Journalisme de Fribourg a subi vendredi la dernière phase de sa mue. JB

Encadré

François Gross: seule une presse de qualité aux questions dérangeantes pourra survivre

Dans une vaste réflexion sur l’avenir de la presse intitulée « Malaise dans le papier », le journaliste François Gross, ancien président du « curatorium » de l’IJCS et ancien rédacteur en chef du quotidien « La Liberté », a estimé que seule une presse de qualité pourra survivre à moyen terme. « Qu’on se le dise, a-t-il lancé, le journal n’est plus indispensable à la personne qui se contente d’un survol des informations du jour. La radio le matin, la télévision le soir, l’internet dans la journée: tel est le menu d’une foule de gens actifs. (.) Pour regagner la confiance des lecteurs et faire en sorte qu’ils restent attachés à la presse écrite, celle-ci se doit d’être dérangeante par sa curiosité et la qualité de sa réflexion, par l’acuité des questions qu’elle est seule en mesure de poser, par son souci d’aller à la rencontre des frustrations nées du tout économique. Quelques rares journaux ont ce courage. D’autres ne méritent même plus de survivre! » (apic/be)

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