Rome: Mgr Tauran ne veut pas de la Turquie dans l’Union Européenne

Il y a d’autres priorités, estime le ministre des « Affaires étrangères »

Rome, 26 mai 2003 (Apic) Mgr Jean-Louis Tauran, responsable au Vatican des rapports avec les Etats, se dit contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, dans un entretien au quotidien italien « Corriere della Sera », publié le 25 mai 2003. Interrogé sur l’avenir de l’Europe, le prélat français âgé de 60 ans propose que soient imposées des frontières à la nouvelle Union. Il se déclare par ailleurs encore insatisfait des références faites au patrimoine religieux dans la Constitution en cours de rédaction.

Interrogé sur l’élargissement de l’Europe et plus particulièrement sur la candidature de la Turquie, Mgr Jean-Louis Tauran souligne aussitôt le « problème » que celle-ci pose quant à la question des frontières géographiques de l’Union. S’en remettant à la responsabilité des Etats membres « de décider si les pays candidats remplissent les conditions posées », le prélat se demande toutefois « s’il ne faudrait pas imposer des frontières à l’Union européenne ».

Tous les pays qui partagent le même patrimoine de valeurs chères à l’Europe, peuvent-ils faire acte de candidature et d’adhésion à l’Union? s’interroge le « ministre des Affaires étrangères » du Saint-Siège. Pour ce dernier, il serait « plus opportun » de « favoriser l’entrée de pays comme la Moldavie et l’Ukraine » – à majorités orthodoxe -, avant de penser aux candidatures de la Turquie, de la Russie ou encore d’Israël, actuellement à l’étude.

Ainsi, Mgr Tauran estime plus urgent de réadmettre dans la famille européenne des peuples qui en ont été exclus pendant des années sous la force des totalitarismes, plutôt que de faire entrer dans l’Europe de nouveaux pays

Outre la question de l’élargissement, celle de la référence aux valeurs chrétiennes de l’Europe dans la Constitution en cours de rédaction préoccupe également le Saint-Siège. Des allusions au « patrimoine spirituel » ou encore au « patrimoine religieux » seraient « insuffisantes » et « inadéquates » affirme encore le prélat français.

A propos de l’Eglise orthodoxe russe

Faisant allusion au souhait de Valéry Giscard d’Estaing, président de la Convention chargée de rédiger la Constitution européenne, de renvoyer au préambule la référence à ces valeurs, il estime que ce geste serait « acceptable », à condition qu’il fasse mention du « patrimoine religieux, spécialement chrétien, de l’Europe ». Ce dernier, ajoute Mgr Tauran, « ne pourra être contesté qu’à condition de réécrire l’histoire européenne ». La présidence de la Convention devrait discuter de ce sujet la semaine prochaine.

Interrogé enfin sur l’attitude de l’Eglise orthodoxe de Russie, « qui ne manque pas une seule occasion pour se plaindre de l’activité des catholiques » sur son territoire, le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats se dit « très attristé ». « Les responsables du patriarcat de Moscou considèrent l’Eglise catholique sur ce grand territoire comme une Eglise d’étrangers, déplore-t-il, alors que la présence des catholiques citoyens de Russie n’a pas variée depuis plusieurs décennies ».

Reconnaissant le droit de ces catholiques « à recevoir des soins pastoraux comme tous les catholiques dispersés à travers le monde et même les orthodoxes de Russie », il précise ironiquement qu’ »il est difficile d’imaginer que 500’000 catholiques puissent représenter un « danger » pour la grande Eglise orthodoxe russe. Il faudra du temps et beaucoup de bonne volonté. »

Pas une première

Ce n’est de loin pas la première fois que le Saint-Siège, par l’une ou l’autre voix, s’exprime saur la question de l’intégration de la Turquie dans l’UE. Peu avant le sommet européen de Copenhague, tenu les 12 et 13 décembre 2002, alors que le dossier turc figurait à l’agenda, le Vatican avait appelé les pays européens réunis à Copenhague à se souvenir des racines culturelles et spirituelles de l’Europe pour faire face à « la pression islamique ».

Le cardinal Roberto Tucci, ancien directeur de Radio Vatican, était du reste intervenu sur les ondes pour appeler les pays européens à se rassembler autour de leurs valeurs culturelles et spirituelles. Faisant allusion au désir de la Turquie d’entrer au sein de l’Union européenne, le cardinal italien avait mis en garde le Vieux continent contre « la pression islamique ».

« Le moment est arrivé où l’Europe doit se réveiller à la conscience de sa propre tradition », avait commenté le cardinal Roberto Tucci, soulignant que le processus d’intégration européenne « arrive à un point qui pourrait changer la géométrie politique du Vieux continent ».

Le « non » grec

La question de l’intégration de la Turquie était particulièrement à l’ordre du jour du sommet danois, alors que le gouvernement d’Ankara insistait pour que les négociations en vue de son entrée dans l’Union européenne débutent dès 2003. « Nous devons considérer quelles sont les valeurs qui doivent vraiment être défendues à tout prix pour que l’Europe ne soit pas uniquement économique ou militaire », avait déclaré le cardinal Tucci. Qui avait relevé que « la candidature de la Turquie doit nous faire prendre conscience d’un dialogue sur la liberté religieuse ».

Quant au primat orthodoxe de Grèce et archevêque d’Athènes, Mgr Chistodoulos, il s’est d’ores et déjà opposé à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

Contrairement au patriarcat de Contantinople, Mgr Christodoulos avait estimé en janvier dernier que ce pays « n’a pas sa place dans la civilisation européenne ». Sa crainte: qu’avec la Turquie, l’Europe « ne devienne à moitié musulmane ». PR

Encadré

Délégation orthodoxe bulgare à Rome

S’adressant le 24 mai à la délégation du Saint-Synode orthodoxe bulgare venue à Rome à l’occasion de la fête des saints Cyrille et Méthode, le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, a insisté sur le rôle des chrétiens, faisant particulièrement allusions aux orthodoxes, dans la construction de l’Union européenne. « Notre époque nous incite à ne pas vivre en solitaires, isolés, ou dans l’ignorance de l’autre », a-t-il déclaré. « Les développements sociaux, politiques et culturels actuels nous encouragent à l’ouverture réciproque ». (apic/imedia/pr)

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