L’erreur d’annoncer l’Evangile aux convaincus

Vienne: Plus de 1’500 participants au Congrès international pour la Nouvelle Evangélisation

Vienne, 27 mai 2003 (Apic) C’est dans la Cathédrale gothique St-Etienne au coeur même de la ville de Vienne que se déroule du 23 mai au 1er juin le premier Congrès international pour la Nouvelle Evangélisation. Dans un dialogue animé et en présence de plus de 1500 participants, le théologien allemand Paul Zulehner a abordé l’annonce de l’Evangile dans la société moderne. Il a notamment reconnu « l’erreur » de ces dernières années qui était d´annoncer l’Evangile aux personnes déjà converties.

Le congrès a été ouvert par l’archevêque de Vienne, le cardinal Christoph Schönborn. Outre les 1’500 participants provenant de 30 pays et des cinq continents, 400 Viennois ont assisté samedi à la première journée, communique l’archevêché.

Le doyen de la Faculté de théologie de Vienne, le professeur et prêtre allemand Paul Zulehner, a cerné le thème du congrès « Ouvrez les portes au Christ » en prônant une « mission offensive » vers « ceux qui appellent à l’aide et ceux qui n’appellent pas à l’aide ».

Face à la modernité qui pourrait détruire les valeurs de l’Evangile, cette « offensive missionnaire » permet de « retransformer la culture moderne qui n’est pas une menace pour l´homme », souligne ainsi le professeur Zulehner, spécialisé dans la pastorale des villes. Aller évangéliser les villes, c’est en effet « quitter le prévisible et accepter le changement et la complexité de la société actuelle marquée par le travail, la souffrance, le manque d´humanité. »

Le besoin de spiritualité de l’homme contemporain

Le conférencier a ensuite insisté sur le besoin de spiritualité de l’homme contemporain et donne quatre raisons objectives à cette recherche de Dieu. Tout d’abord, les gens ont une soif de spirituel pour lutter contre une superficialité de la société moderne (travailler pour avoir de l’argent et prendre des vacances). Face à la perte du sens de la dignité de l’homme, celui-ci recherche en outre à s’évader de sa petitesse, de son insouciance, pour redécouvrir sa propre identité. Troisième raison donnée par le théologien, le désir d’une guérison intérieure alors que la médecine actuelle selon lui, ne guérit que le corps.

Enfin, l’homme d’aujourd’hui a besoin de retrouver une éthique de l’amour qui relève l’homme et ne l’abaisse pas, conclut le théologien, en pensant en particulier aux personnes âgées souvent délaissées, aux enfants des quartiers qui n’ont pas d’espace vert pour jouer ou encore au nombre croissant d’étrangers qui s’installent dans les villes.

Pour « une Eglise libre dans un Etat libre »

« L’Eglise doit modifier son attitude envers la culture moderne et ne pas mépriser les conditions de vie de notre société actuelle, qui n’est pas hostile à l’Eglise », renchérit le cardinal Schönborn. La relation Eglise- Etat doit permettre « une Eglise libre dans un Etat libre » dit-il, regrettant que par le passé, l’Eglise ait été associée à des partis politiques chrétiens au lieu d’accepter le pluralisme politique tout comme elle doit également accepter le pluralisme au sein de l’Eglise même et au sein de la société.

Pour apprendre à vivre dans une société moderne si diversifiée, « nous devons nous ancrer fermement dans la foi qui n´est pas une idéologie », affirme encore le cardinal Schönborn à un auditoire très diversifié, des paroissiens viennois aux groupes d’Action catholique ou encore des jeunes de nouvelles communautés comme la Communauté de l’Emmanuel, Shalom ou Sant’Egidio.

Lors de la messe d’ouverture, samedi, le cardinal Schönborn a qualifié ce Congrès de « grande aventure, comme au temps des premiers chrétiens ». « Ce Congrès n’a pas de sens s’il reste un Congrès », a-t-il ajouté en invitant les missionnaires à prendre une part active à toutes les initiatives organisées dans la ville par 107 paroisses ou des communautés nouvelles, comme l’annonce de l’Evangile dans les bars, des concerts ou des témoignages directs.

« Les jeunes qui participent au Congrès viennent de tous pays et sont assez courageux pour aller dans les rues et s’exposer à la société moderne pour annoncer l’Evangile », a affirmé pour sa part Otto Neubauer, un des organisateurs de ce premier Congrès à Vienne, avant celui de Paris en 2004, Lisbonne en 2005 et Bruxelles en 2006.

L’Eglise s’occupe des pauvres alors que la société actuelle les marginalise

« Pourquoi parler des pauvres à un Congrès d’évangélisation? » C’est par cette question que le professeur Andrea Riccardi, fondateur en 1968 de la Communauté Sant’Egidio dont le charisme est l’évangélisation des plus pauvres, a introduit la grande conférence du lundi 26 mai. Devant un millier de « missionnaires » réunis dans la Cathédrale St-Etienne au coeur de Vienne, Andrea Riccardi a expliqué combien l’Evangile a une option préférentielle pour les pauvres. Et ce n’est pas à cause d’un « sens de culpabilité des chrétiens » que l’Eglise s’occupe des pauvres alors que la société actuelle les marginalise. A la suite du Christ, « il y a une permanente proximité de l’Eglise aux pauvres, en des formes différentes au fil du temps, mais avec une surprenante continuité », affirme-t-il.

« Pour un chrétien, le pauvre n’est pas seulement un problème social ou politique » dit-il en citant l’exemple de la municipalité de Prague qui vient d’adopter une mesure pour que les sans-abris quittent le centre ville. « Demander l’aumône est un acte qui peut déranger l’ordre public » et cela un crée « un problème d’ordre et d’image pour les touristes ».

L’expérience de Dieu? Le plus près possible des pauvres!

Tout chrétien doit se reconnaître par son amitié pour les pauvres. Où fait- on l’expérience de Dieu? demande le professeur Riccardi. « Non loin des pauvres » répond-il. « Le plus près possible » a-t-il ajouté sous les applaudissements de l’auditoire. « Les pauvres nous rappellent que nous sommes faibles et fragiles, poursuit-il. Ils nous parlent de la vanité d’une vie renfermée dans nos milieux protégés, nous rappellent la fragilité que nous cachons sous le bien-être de notre corps ou sous nos beaux habits… »

« L’amitié avec les pauvres nous évangélise en profondeur, si par évangélisation nous n’entendons pas quelque chose de professoral mais une communication vitale. C’est pourquoi il faut s’arrêter, écouter, respecter chercher le pauvre », conclut-il en invitant les personnes présentes à « ne pas vivre séparés des pauvres ».

La journée du lundi s’est poursuivie par des carrefours et témoignages relatifs à l’assistance aux pauvres comme celui du Père Georg Sporschill, un prêtre roumain qui s’occupe des enfants de rue à Bucarest, celui du laïc parisien Cyril Tisserand dont l’action principale est l’évangélisation dans les banlieues des grandes villes au milieu de la violence ou encore celui des franciscains du Bronx à New York ou des petite soeurs de l’Agneau. (apic/com/bb)

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