Son électorat indigéniste a officiellement pris ses distances

Equateur: Le président Gutierrez lâché par la puissante CONAIE

Quito, 29 mai 2003 (Apic) La puissante Confédération des nationalités Indigènes de l’Equateur (CONAIE) a officiellement pris ses distances avec le président Lucio Gutiérrez, qu’elle avait pourtant largement aidé à mettre au pouvoir.

Dans une déclaration publique, elle fait part de son « indépendance politique de l’actuel gouvernement ». Après un long débat, durant lequel ont été sévèrement critiqués la « charte des engagements » et l’accord « stand- by », c’est à dire sujet à des conditions, récemment souscrits par le chef de l’Etat avec le Fonds Monétaire International (FMI), la CONAIE a réaffirmé son opposition à la politique économique de Gutiérrez orientée vers le paiement de la dette extérieure.

Le mouvement indigène a rejeté les nouvelles mesures annoncées par le ministre de l’Economie Mauricio Pozo, qui prévoient, entre autres, après l’augmentation du prix du carburant, celles du gaz et des impôts.

Ainsi faisant, a souligné la CONAIE, le président n’a pas respecté les promesses faites en campagne électorale. En février dernier, les mouvements indigènes avaient fortement contesté les déclarations officielles formulées par Gutiérrez durant un voyage officiel à Washington, au cours duquel il s’était défini « le meilleur allié de Etats Unis dans la lutte contre le narcotrafic et le terrorisme ».

Cette prise de position, a protesté la CONAIE, implique une implication de plus en plus concrète de l’Equateur dans le Plan Colombie, l’ambitieux programme antidrogue financé par les Etats Unis dans le pays voisin, entraînant le risque que la frontière commune (nord de l’Equateur) ne se transforme progressivement en zone de guerre.

On ignore encore comment se comportera le Mouvement Pachakutik, bras politique de la CONAIE, qui a deux de ses membres au sein de l’exécutif, le ministre des Affaires Etrangères, Nina Pacari, et celui de l’Agriculture, Luis Macas.

« La CONAIE est le père et la mère du gouvernement Gutiérrez » a déclaré le député Salvador Quispe, « parce que si elle n’avait pas convoqué en janvier 2000 le soulèvement qui fut à l’origine de la chute du président de l’époque, Jamil Mahuad, le colonel Gutiérrez n’aurait même pas existé. Par conséquent, la CONAIE a la faculté d’exiger que le président accepte les revendications du peuple et respecte les promesses annoncées en campagne électorale ».

Leonidas Iza, président de la CONAIE, a averti que l’organisme contrôlerait la conduite de Gutiérrez de l’extérieur, mais également de l’intérieur. « Le 16 juin prochain, nous tiendrons un sommet auquel participeront les représentants du mouvement Pachakutik: on décidera à cette occasion qui reste et qui sort du gouvernement ».

La situation pourrait bien devenir critique pour l’actuel président, lâché par sa base électorale. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle que vit aujourd’hui le président Toledo, au Pérou, lui aussi de plus en éloigné de sa base et de ses promesses électorales. (apic/misna/pr)

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