Auschwitz: Pèlerinage de jeunes juifs, musulmans et chrétiens

«Briser la spirale de la haine»

Auschwitz, 1er juin 2003 (Apic) L’archimandrite Emile Shoufani, prêtre catholique, curé grec-melkite à Nazareth, arabe et Israélien, a emmené en pèlerinage à Auschwitz des jeunes juifs, musulmans et chrétiens d’Israël et de Palestine, mais aussi de France et de Belgique. But de la démarche: «briser la spirale de la haine», a expliqué le Père Shoufani au micro de Radio Vatican

Parmi les participants à ce pèlerinage intitulé «Mémoire de la paix», 135 sont juifs, 125 arabes d’Israël (25 chrétiens et 100 musulmans), ainsi que 200 pèlerins de France et de Belgique, dont 140 issus de familles mixtes – musulmanes et chrétiennes – ainsi qu’un groupe de journalistes. Le pèlerinage a commencé lundi 26 ami par une visite au Ghetto de Cracovie, à la grande synagogue de la ville, avant de prendre la route d’Auschwitz.

«Nous venons de la souffrance de cette situation, a déclaré Emile Shoufani au micro de Radio Vatican. L’idée d’un pèlerinage est née justement parce que la souffrance des d’Israéliens et des palestiniens est toujours plus grande, parce que nous subissons la démolition de villes et de villages. Nous voulons briser la spirale de la mort, de l’action-réaction, des uns contre les autres, d’où il n’y a aucune issue, pour atteindre une autre dimension, oubliée: la dimension humaine, la dimension de l’histoire, qui peut ouvrir au dialogue».

Le Père Shoufani explique: «C’est un geste gratuit, totalement gratuit. Nous sommes allés écouter ce que le peuple juif dit de son histoire, du drame de la Shoah, nous sommes allés pour comprendre, être solidaires, prendre sur nous cette souffrance. Nous voudrions être une porte qui ouvre au changement, à la transformation, une porte grande ouverte sur les deux parties: Israéliens et Palestiniens, sans chercher à voir qui doit faire le premier pas».

Et de préciser: «On fait abstraction de la politique actuelle, non que nous soyons insensibles, mais nous ne voulons pas rester prisonniers dans sa logique bloquée sur la question de qui doit faire le premier pas. C’est justement dans cette dimension de notre faiblesse, de notre souffrance, que nous avons fait ce geste, un geste gratuit qui n’attend pas la réciprocité, mais veut seulement rejoindre l’autre et dialoguer avec lui. Nous avons vécu en ces jours un climat d’amour, de fraternité, d’attention aux survivants des camps d’extermination, et en même temps de désir de créer des liens entre des personnes différentes. Cela a été un climat extraordinaire».

Effort continuel de réconciliation

Le Père Shoufani est directeur de l’Institut arabo-israélien Saint-Joseph de Nazareth. Il est né en 1947. En 1988, il a mis sur pied un projet d’éducation à la paix, à la démocratie et à la coexistence, et il l’a introduite dans l’école qu’il dirigeait depuis 1976. Il a tenté de réunir Arabes et Juifs, par exemple par le jumelage de son institut avec l’école juive Lyada de Jérusalem. Il a organisé des échanges d’étudiants, avec cette conviction que les différences culturelles et religieuses, loin de constituer un obstacle, devraient être considérées comme un chemin vers la paix. (apic/zenit/sh)

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