Evian: Rencontre avec le coordinateur de la Commission Justice et Paix d’Afrique du Sud

«Le G8 ne tient pas ses promesses»

Par Michel Bavarel, correspondant Apic

Genève, 5 juin (APIC) Neville Gabriel, coordinateur de la Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale d’Afrique du Sud, était au nombre des journalistes durant la rencontre du G8 à Evian. Interviewé par l’Apic, il dénonce la mainmise des Etats-Unis et l’absence de progrès réel en matière de développement.

Egalement coordinateur de Campagne sur la dette et les réparations de Jubilé/Afrique du Sud, Neville Gabriel a participé à la manifestation du dimanche 1er juin contre le G8 à Genève. Il a été impressionné par la manière dont la population a exprimé sa colère et sa déception face à un ordre mondial qui ne prend pas en compte les pauvres.

Apic: Quelles sont les raisons de votre présence au G8 ?

Neville Gabriel: Nous suivons le G8, spécialement quand des questions touchant à l’Afrique sont à l’ordre du jour. Il est important pour nous d’analyser ce qui s’y passe. Nous tentons aussi d’influencer la manière dont les médias rendent compte des sujets en discussion.

Apic: Quels enseignements tirez-vous du sommet de cette année ?

N.G.: Il est difficile de trouver quoi que ce soit de concret. Il s’agissait surtout de consolider le G8 lui-même. Les propositions avancées par l’hôte français n’ont pas été reçues. En fait, elles ont été rejetées. Ce sont les Etats-Unis qui imposent leurs vues. Il est clair qu’ils veulent un monde unilatéral, où tout le pouvoir revient au bloc qu’ils dirigent.

Apic: Une nouvelle fois, la question de la dette des pays du Sud a été évoquée. A-t-on fait un pas en avant ?

N. G.: Non, il n’y a pas eu de réel progrès. On reconnaît le fait que l’initiative actuelle pour l’annulation de la dette des pays les plus pauvres est en train d’échouer, mais si l’on ne prend aucune mesure cela ne sert à rien. Cela fait cinq ans que le G8 fait des promesses sans les tenir et fixe des objectifs sans les atteindre.

Même s’il existe nombre de pauvres en Afrique du Sud, ce pays ne figure pas parmi ceux dont il est question d’annuler la dette en raison d’une mauvaise situation économique. On s’appuie plutôt sur la doctrine de la «dette odieuse»: le gouvernement démocratique en place depuis 1994 ne devrait pas être tenu de rembourser ceux qui ont accordé des crédits au régime de l’apartheid. Malgré cela, une bonne partie du remboursement a déjà été effectuée.

Actuellement, la Campagne sud-africaine met surtout l’accent sur les réparations. «Des entreprises, dont de Suisse, ont engrangé des profits en prêtant de l’argent au régime illégal de l’apartheid et en commerçant avec lui. Des victimes de ce régime leur réclament des indemnités pour cicatriser leurs blessures et bâtir leur avenir. Les entreprises concernées ne prenant pas leur demande au sérieux, ces victimes ont engagé une action en justice aux Etats-Unis. Les Eglises d’Afrique du Sud les soutiennent.

Cette cause est défendue par plusieurs études d’avocats. La Campagne sur la dette et les réparations travaille en étroite collaboration avec celle de Me Michael Hausfeld. Certaines des victimes ont confié leurs intérêts à Ed Fagan, bien connu en Suisse à la suite de l’affaire des fonds juifs. «Nous respectons leur choix, même si nous ne sommes pas contents de la manière dont Ed Fagan traite cette question. Ce qui ne signifie pas que nous mettions en cause la légitimité des cas qu’il défend».

Apic: Quand espérez-vous aboutir à des résultats ?

N.G.: Quand les entreprises visées comprendront qu’elles doivent assumer leur responsabilité. Nous espérons une issue rapide. Nous avons appelé ces entreprises à engager le dialogue avec les victimes. C’est le chemin que, du côté des Eglises, nous privilégions. Il serait malheureux d’aller jusqu’au tribunal, mais les victimes sont déterminées à conduire le processus légal jusqu’au bout si elles n’obtiennent pas satisfaction. Des pétitions revêtues de millions de signatures, des «tribunaux d’opinion», des manifestations n’ont pas suffi à obtenir un règlement du problème de la dette des pays du Sud.

Apic: Alors, par quel moyen y parvenir ?

N. G.: Nous devons établir un cadre légal auquel aient accès les citoyens ordinaires et non seulement les Etats. On peut dire que les droits de l’homme existent seulement parce qu’un cadre légal les protège. Il faut aller dans le même sens dans le domaine économique.

Apic: Quel lien voyez-vous entre la foi chrétienne et des problèmes comme ceux de la dette ou des réparations ?

N.G. Un lien essentiel. Notre foi ne se situe pas seulement au niveau personnel, mais aussi au niveau social. Quand nous agissons pour la justice, nous évangélisons l’ensemble de la société.

Apic: Quel regard portez-vous sur les actes de violence qui ont émaillé les manifestations anti- G8?

N.G.: Je ne suis pas un pacifiste absolu. Venant d’Afrique du Sud, je comprends la nécessité, à certains moments, de défendre sa liberté. Cependant, je ne peux pas appuyer ceux qui ne font que détruire pour détruire, sans raison évidente. Une telle violence ne fait que créer plus de violence. (apic/mba/sh)

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