Menacés par la famine et les épidémies

Tchad: Les réfugiés centrafricains menacés de mort

Moundou, 6 juin 2003 (Apic) (Duji Lokar) La situation des réfugiés centraficains à Goré, Yanmodo, Matiti, et Koumba à la frontière du Tchad et de la RCA est alarmante. Selon radio Duji Lokar l’arrivée de la saison des pluies et la pénurie de nourriture font craindre le pire pour ces quelque 22’000 personnes menacées par la famine et les épidémies. Parmi eux des centaines d’enfants abandonnés. Depuis leur arrivée entre décembre 2002 et avril 2003, ces réfugiés n’ont reçu presque aucun secours.

A ce jour, la commission nationale pour les réfugiés CONAR a recensé environ 22’000 réfugiés. Ces gens ont pour la plupart fuit les combats en RCA entre les partisans du général Bozizé, actuel homme fort du pays et les troupes restées fidèles à Ange-Félix Patassé l’ex-président aujourd’hui en exil. L’ouest de la Centrafrique échappe encore très largement au contrôle du pouvoir de Bangui.

Le nombre des réfugiés présents à Goré est estimé à 10’000, regroupés dans deux camps d’accueil gérés par Médecins sans frontières (MSF), ou dispersés dans des familles. Les 12’000 autres sont répartis entre les localités de Yanmodo, Matiti, à 3km à l’intérieur de la RCA et Koumba sur la frontière entre le Tchad et la RCA. Ils survivent sans regroupement véritable sous les grands arbres ou sous des tentes qu’ils ont dressées eux-mêmes. Les conditions de vie sont extrêmement difficiles.

A Yanmodo, Matiti et koumba ils sont obligés de consommer l’eau impure des mares qu’il faut parfois aller chercher à plusieurs kilomètres. A Koumba les femmes sont même contraintes d’emprunter des récipients aux villageois pour aller puiser le précieux liquide.

A Goré la situation est à peine meilleure. MSF traite l’eau du fleuve grâce à un dispositif technique important pour la rendre potable avant de la distribuer dans les camps.

Trois kilos de sorgho par famille

Depuis le début de leur déplacement, c’est-à-dire depuis sept mois pour certains, les réfugiés n’ont reçu que deux fois des vivres. Les premières, constituées de sorgho, ont été distribuées à raison de 3 kilos par famille. La seconde distribution, au mois d’avril, consistait en un sac de 100 kilos de farine de blé pour 30 personnes. Depuis, les réfugiés meurent lentement de faim. Malades, affaiblis, ils n’ont même pas la force de faire le moindre travail pour vivre. Avec l’arrivée des pluies, le risque d’épidémie comme le choléra augmente chaque jour, insiste Hermann Hoppen, coordonnateur de Médecins sans frontières (MSF) un belge basé à Goré.

Jusqu’à ce jour aucune aide conséquente n’a été débloquée pour les réfugiés. Les vivres envoyés par le Programme alimentaire mondial (PAM) en février et avril ne sont qu’une goutte d’eau dans la mer. MSF, qui avait déjà avant la crise une base à Goré, n’a pas pu faire grand chose à part la construction d’une structure appelée «petit camp» d’une capacité d’accueil de 3’000 personnes, et d’un autre centre devant la préfecture de Goré pouvant recevoir un millier de réfugiés. Le HCR par la voix de son coordonnateur M. Giovanni reconnaît son impuissance et avoue être incapable de prendre en charge tous les réfugiés. Ceci surtout pour des raisons budgétaires!

La communauté internationale a réagi avec beaucoup de lenteur face à cette crise. Tout le monde avait les yeux tournés vers l’Irak, déplorent les responsables de MSF et du HCR.

La Croix Rouge du Tchad a de son coté rapatrié 832 réfugiés dans leur région d’origine à Am Timan à l’est du Tchad. C’est elle aussi qui s’est occupée de la distribution des vivres octroyés par le PAM (Programme alimentaire mondial).

Situation tragiques pour les enfants

Plus tragique encore est la situation des enfants pudiquement appelés «non- accompagnés». Ces enfants sont soit orphelins soient ont perdu le contact avec leurs parents lors des combats ou au cours des déplacements. Sans aucune ressource ni moyens de survie, ils sont à la merci de toutes les exploitations, y compris par les familles de réfugiés dans lesquelles ils sont accueillis. Ils sont des centaines à Goré et à Yanmodo qui attendent désespérément qu’on les tire de cet enfer. Emu par cette réalité le HCR tente depuis quelques jours de mettre sur pied un comité de suivi des «enfants non-accompagnés».

Une faible lueur d’espoir éclaire ce ciel très sombre avec la construction à 6 km de Goré d’un camp d’une capacité de 20’000 personnes devant permettre le regroupement de tous les réfugiés de la zone. Cette base devrait être opérationnelle à la fin du mois de juin. A coté du camp se construisent aussi un dispensaire et un grand magasin pour stocker les vivres. Pour MSF et le HCR c’est uniquement dans ce camp que l’on pourra assurer le suivi des réfugiés pour la nourriture et la santé. Mais là aussi il faut encore que les vivres arrivent. Car avec les grosses pluies il deviendra quasiment impossible de circuler avec des camions gros-porteurs et beaucoup de localités seront inaccessibles.

Relations tendues avec les autochtones

Dans une région déjà démunie, sans infrastructures, les relations entre réfugiés et autochtones se sont très rapidement tendues. A Koumba par exemple la deuxième distribution de vivres n’est pas arrivée aux réfugiés car les villageois ont tout emporté, déplore Hortense Naradoum, déléguée des réfugiés de Koumba. En outre les réfugiés ne veulent pas repartir chez eux parce que les éleveurs peuhls, nombreux dans la région, les empêchent de cultiver. Ainsi pris en tenailles, les réfugiés végètent là où ils sont, exposés à la merci des intempéries et des maladies. Le début de vraies solutions pour ces exclus n’est hélas pas encore pour demain. (apic/dj/pr)

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