Croatie: Le pape invite à la réconciliation deux peuples encore marqués par la guerre

100e voyage international de Jean Paul II

Journée caniculaire au 3ème jour de la visite

De notre envoyé spécial, Antoine Soubrier

Osijek, 9 juin 2003 (Apic) Au troisième jour de son voyage en Croatie, le 7 juin 2003, Jean Paul II s’est rendu dans la région la plus touchée par les conflits sanglants de la dernière guerre opposant Croates et Serbes. Le pape a ainsi invite à la réconciliation deux peuples encore marqués par la guerre serbo-croate. Geste apprécié, un représentant de l’Eglise serbe orthodoxe était présent à Osijek. La journée de samedi s’est déroulée sous un soleil de plomb. Plusieurs dizaines de personnes ont été secourues, deux sont décédées.

Arrivé de Rijeka par avion sur l’aéroport civil d’Osijek, au nord-est de la Croatie, le pape s’est rendu en papamobile jusqu’à l’aéroclub de la ville où l’attendaient quelques dizaines de milliers de Croates par une chaleur étouffante.

Dans cette plaine fertile dont on dit qu’elle est le «grenier de la Croatie» en raison des importantes activités agricoles dans la région, le pape a s’est adressé à une population encore fortement marquée par la guerre serbo-croate des années 90. La présence d’un représentant de l’Eglise orthodoxe de Serbie a toutefois été appréciée par le Saint-Siège, malgré des blessures encore douloureuses au sein de la population locale.

Aux premiers rangs de l’assemblée figuraient en particulier, outre le président de la République Stjepan Mesic, le métropolite Jovan de Zagreb représentant le Saint-Synode orthodoxe de Serbie, accompagné de trois évêques envoyés par le patriarcat serbe, ainsi que des représentants des communautés protestante, juive et musulmane de la région.

«Apres les temps difficiles de la guerre, qui a laissé chez les habitants de cette région des blessures profondes non encore complètement fermées, l’engagement pour la réconciliation, la solidarité et la justice sociale demande le courage d’individus animés par la foi, ouverts à l’amour fraternel, et sensibles à la défense de la dignité de la personne, faite a l’image de Dieu», a déclaré Jean Paul II au cours de son homélie. Une cérémonie sous un soleil caniculaire. Des dizaines de personnes ont été secourues, victimes de la chaleur. Deux en sont mortes.

Scepticisme

Dans la foule, les fidèles vêtus d’habits traditionnels ne montraient pas un grand enthousiasme extérieur, applaudissement timidement de temps en temps. Parmi eux, Dominik Kmezevic, jeune Croate catholique d’une vingtaine d’années, reste sceptique. «La situation est encore très mauvaise», a-t-il commenté à l’Apic en faisant allusion aux tensions encore fortes existants avec les Serbes. «Nous n’avons pas beaucoup d’espoir», a-t-il ajouté en soulevant les épaules en signe de résignation. Interrogé sur la venue du métropolite serbe orthodoxe Jovan, présent aux premiers rangs de l’assemblée avec trois autres évêques du Saint-Synode de Serbie, Dominik avoue que «si cette présence peut changer quelque chose, ce sera tant mieux, mais il faudra encore du temps pour que le dialogue commencé ’en haut’ nous arrive sur le terrain».

Visite en Serbie pas exclue

S’adressant directement au métropolite orthodoxe et, par son intermédiaire, aux Serbes de Serbie, Jean Paul II ne semblait pas vouloir abandonner son objectif de communion clairement affirmé dès le début de son pontificat. Il a notamment salué «les frères qui partagent avec nous la foi en Jésus, Fils de Dieu, unique sauveur du monde». «A eux, je demande de transmettre au patriarche Pavle mon salut fraternel dans la charité du Christ», a-t-il ajouté. Proche du patriarcat de Moscou, le chef de l’Eglise orthodoxe serbe refuse toujours de rencontrer Jean-Paul II. Un voyage du pape en Serbie n’est par ailleurs actuellement pas à exclure, au cours de l’année 2004.

La venue du pape en Bosnie-Herzégovine, prévue a la fin du mois de juin à Banja Luka ­ enclave a majorité serbe orthodoxe ­ sera particulièrement significative dans le dialogue oecuménique officiel. Pour une des quelque trente journalistes serbes présents a Osijek le 7 juin, «les Serbes s’apprêtent à suivre de près ce voyage». «Notre présence prouve elle-même l’intérêt que portent nos compatriotes à cette visite comme à celle que le pape effectue en ce moment en Croatie», a-t-elle ajouté. «J’espère qu’elles pourront permettre de reconstruire un dialogue qui n’existe plus depuis plus de dix ans».

Mais les blessures de la guerre semblent encore trop largement ouvertes. Le père Dugalic, prêtre catholique originaire d’Osijek, est ému lorsqu’il raconte l’histoire récente de sa région. «Nous avons voulu mettre sur l’autel papal la croix d’une petite église catholique où se sont déroulés des combats atroces en 1991, pour symboliser la souffrance qui nous étreint encore chaque jour», a-t-il expliqué.

Cette croix mutilée vient de la ville de Vukovar, située non loin du lieu de la célébration pontificale, qui a été complètement détruite des le début de la guerre. A l’endroit même de l’emplacement de la croix, 183 catholiques croates ont été blessés par des fusillades serbes, en 1991. Emmenés dans un hôpital, ils ont disparus peu de temps après, avant d’être retrouvés dans une fosse commune en 1996. Au total, près de 4’000 Croates sont morts entre 1991 et 1995 dans la région, 1’500 ont été portés disparus et 7’000 ont été blessés.

Fuite des jeunes

En plus de cette inimitié entre des peuples au nationalisme exacerbé et encore fortement ressentie d’un côté comme de l’autre de la frontière actuelle ­ avec la Serbie et Monténégro ­ située a quelques kilomètres seulement d’Osijek, la population de la région doit faire face à une grande pauvreté. Le «grenier de la Croatie» est en effet confronté à une importante fuite des jeunes vers les grandes villes, les campagnes se vidant progressivement pour laisser la place à des champs abandonnés.

Se disant lui-même proche des gens de la terre, Jean Paul II les a encouragés au cours de son homélie. «Je sais que votre vie est difficile et que l’abondance des fruits de la terre ne correspond pas toujours au dur labeur qui vous est demandé», a-t-il déclaré. «Je vous invite à ne pas perdre confiance et à considérer qu’à travers votre travail manuel, vous êtes quotidiennement des coopérateurs de Dieu».

Fatigue

Arrivé sur place sur son fauteuil à roulettes et restant assis tout au long de la cérémonie, Jean Paul II est apparu fatigué, au troisième jour de son voyage croate. Dans l’après-midi, après un déjeuner avec les évêques du diocèse à Djakovo, situé à une trentaine de kilomètres d’Osijek, il a visité la cathédrale de la ville, construite dans un style néo-roman au 19e siècle à la demande de l’évêque Josip Strossmayer, évêque du lieu de 1849 à 1905. Le pape a ensuite repris l’avion en fin d’après-midi en direction de Rijeka où il a passé la nuite. AS

Encadré:

Menaces terroristes

Des rumeurs ont circulé dans l’après-midi du 6 juin 2003 concernant la possibilité d’un attentat contre le pape de la part d’extrémistes musulmans, au cours de son voyage en Croatie. Un courrier électronique aurait été envoyé à l’agence de presse catholique IKA par un groupe d’islamistes.

Répondant aux questions des journalistes dans l’avion qui transportait le pape de Rijeka à Osijek, dans la matinée du 7 juin, le porte-parole du Saint-Siège, Joaquin Navarro-Valls, a minimisé la portée de ces menaces en affirmant que de telles rumeurs sont fréquentes.

«Je peux affirmer qu’à aucun moment dans tous les voyages de Jean Paul II, il a été considéré comme nécessaire de changer le programme du voyage», a-t- il déclaré, soulignant que la probabilité que ces menaces soient fondées «est douteuse et s’avèrent très souvent fausses en d’autres occasions».

Toutefois, a ajouté le porte-parole, «nous avons transmis toutes les informations aux autorités locales compétentes». (apic/as/pr)

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