Pérou: Malgré l’accord avec le gouvernement les Péruviens sont encore dans la rue
Lima, 12 juin 2003 (Apic) La médiation de Mgr Luis Bambaren, évêque de Chimbote, pour régler le conflit qui oppose enseignants et gouvernement au Pérou, n’a finalement pas porté les fruits escomptés. Malgré l’accord des leaders syndicaux avec le gouvernement, obtenu grâce à l’intervention de l’évêque de Chimbote, ville portuaire située au nord de Lima, les Péruviens continuent de descendre dans la rue.
Même si des étudiants ont commencé à reprendre les cours au début de la semaine après une grève de 29 jours suivie par les professeurs des écoles publiques, la situation est loin d’être réglée. En dépit de l’accord obtenu par les leaders syndicaux, d’autres professeurs ont décidé de poursuivre la grève dans plusieurs villes du Pérou.
Ainsi, dans la ville d’Arequipa, au sud, plusieurs d’entre eux commencé lundi 9 juin une grève de la faim. Dans la ville de Tingo Maria, en pleine forêt amazonienne, les écoles étaient pratiquement vides après la décision des professeurs de ne pas reprendre les cours. A Huancayo, dans les Andes centrales, les professeurs ont envahi une église catholique pendant plusieurs heures durant le week-end dernier et aussi entamé une grève de la faim. Le gouvernement a menacé de procéder à des licenciements immédiats.
Mgr Bambaren, ancien président de la Conférence épiscopale péruvienne, s’est personnellement investi dans ce conflit. Pour lui, il est essentiel que les étudiants et les professeurs reprennent les cours. « Selon la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, les intérêts de l’enfant et de l’adolescent passent avant tout autre intérêt. Nous devons respecter leur droit à l’éducation », a-t-il déclaré.
L’évêque de Chimbote, qui avait accepté le rôle de médiateur à la demande du gouvernement, des membres de l’opposition, du milieu des affaires et des représentants d’organisations non gouvernementales, avait pourtant réussi à obtenir un accord entre le pouvoir et les leaders syndicalistes. Ces derniers ont été accusés par leur base d’être passés à l’ennemi.
Les grèves ont commencé lorsque 280’000 professeurs ont arrêté de travailler le 12 mai pour réclamer une augmentation de salaire. Ils ont été rapidement suivis par les agriculteurs, le personnel des services de santé et du système judiciaire. Les moyens de transports de la capitale, à Lima, ont été paralysés lorsque les paysans ont dressé des barrages et des milliers de personnes ont été ainsi immobilisées.
Inconfortable situation
La situation a poussé le président Alejandro Toledo à instaurer le 27 mai l’état d’urgence pendant 30 jours, et à confier la mission de rétablir l’ordre aux forces armées dans la moitié des 24 départements du Pérou. Une décision largement critiquée par la grande majorité des Péruviens et par l’opposition, notamment, selon lesquels l’appel à l’armée est aveu de faiblesse. « On assiste à une nouvelle militarisation du Pérou », assure l’opposition.
Déjà fort chahuté par ces décisions controversées, bas dans les sondages, bien loin de ses promesses électorales, celui qui se targuait volontiers d’appartenir à la race des « Indios », a tôt fait de mettre en application les théories économiques apprises durant ses études aux Etats-Unis. Et d’oublier le reste.
Même si les paysans, le personnel des services de santé et de justice ont arrêté la grève, et que la plupart des manifestations violentes sont aujourd’hui contenues, les Péruviens continuent de descendre dans la rue. A la fin de la semaine dernière, plus de 25’000 travailleurs ont manifesté dans la capitale pour demander que le gouvernement respecte les demandes des enseignants et lèvent l’état d’urgence. (apic/eni/pr)
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