La communication bientôt au niveau zéro ?
Bruxelles, 23 juin 2003 (Apic) L’Eglise croit communiquer alors qu’elle est repliée sur elle-même, tel est le constat sévère dressé par un analyste des médias, le Belge Frédéric Antoine. Dans l’ouvrage qu’il publie aux Editions Desclée de Brouwer, intitulé « Le Grand Malentendu – L’Eglise a-t-elle perdu la culture et les médias? », ce professeur au Département de communication de l’Université catholique de Louvain (UCL) appuie sa réflexion sur de nombreux exemples tirés de l’univers médiatique.
Journaliste, rédacteur en chef du mensuel « L’appel », qui se présente comme « le magazine chrétien de l’événement en Belgique francophone », Frédéric Antoine affirme que la communication entre Dieu, l’Eglise et les hommes est « en passe d’atteindre le niveau zéro, celui de la rupture définitive ». Son ouvrage, que l’auteur le qualifie lui-même de « cléricalement incorrect », est présenté de façon critique par l’agence d’information religieuse belge CathoBel (www.cathobel.be).
Sociologue de la communication, Frédéric Antoine estime qu’il ne faudra plus un siècle avant que le divorce communicationnel entre Dieu et le monde soit totalement consommé. Quand Dieu se sera finalement replié chez lui « entouré de quelques prêtres et d’une poignée de convaincus », on assistera à la disparition totale de la relation entre Dieu et les hommes.
Langage des médias et langage de l’Eglise
L’auteur, qui espère cependant que la rupture totale de communication ne se produira jamais, oppose le langage des médias à celui de l’Eglise. Le premier est celui de la vie, de la mode. C’est le langage dans lequel les jeunes, notamment, sont plongés. Le langage de l’Eglise, qui s’est imposé depuis que le christianisme est devenu religion d’Etat, est celui de l’éternité.
L’Eglise aurait-elle renoncé à communiquer ? Non, répond l’auteur, faisant référence aux impressionnants moyens déployés par l’institution pour entrer en relation avec le monde. Mais l’Eglise se berce dans l’illusion qu’elle communique effectivement. Une grande partie des porte- parole de Dieu sont ainsi persuadés qu’ils communiquent avec le monde, mais ne se rendent pas compte que ce monde dont ils parlent n’existe plus.
Et si quelques-uns reconnaissent que le message passe moins bien aujourd’hui qu’hier, ils sont nombreux à en rejeter la faute sur les hommes « qui ne savent plus écouter ». D’où le titre du livre: le grand malentendu.
Le fossé s’élargit entre les valeurs de l’Eglise et celles du monde contemporain
L’Eglise, estime Frédéric Antoine, croit faire partie de la culture d’aujourd’hui car cette dernière est plantée dans un « humus parsemé de chrétienté », notamment par les références artistiques qu’elle entretient et qui s’enracinent dans la culture judéo-chrétienne. Malheureusement, estime l’auteur, cette culture ne touche plus la majorité des gens, qui font davantage référence à d’autres valeurs, parmi lesquelles l’immédiat, l’individualité, le plaisir, la sensualité… Références qui sont absentes du langage ecclésiastique. Il y a donc un énorme fossé entre les valeurs du monde contemporain et celles dont parle l’Eglise.
Il est temps, déclare Frédéric Antoine, que l’Eglise s’interroge sur sa manière de relayer la parole de Dieu. Il faut aussi se demander si le monde peut encore entendre Dieu, en dehors bien sûr, des moments de détresse qui poussent plus naturellement l’homme à se tourner vers plus grand que lui.
Des pistes pour sortir de l’impasse
Après avoir brossé ce tableau noir, l’auteur ouvre quelques pistes, comme celle de se remettre en cause, de quitter ses certitudes, pour s’ouvrir aux interrogations. Il ne suffira pas de changer l’emballage ou l’étiquette de la boîte, pense Frédéric Antoine. L’Eglise, qui a produit ses propres médias, s’est adaptée, selon lui, à la forme mais pas au fond. Il est grand temps, dit l’auteur, de se pencher sur le contenu du message. (apic/CathoBel/be)
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