Favoriser la diffusion des OGM

Rome: Les Etats-Unis font pression sur le Vatican

Rome, 24 juin 2003 (Apic) Les Etats-Unis exercent des pressions sur le Vatican pour convaincre ce dernier de se prononcer en faveur des aliments génétiquement modifiés. C’est ce que révèle le mensuel catholique italien « Trenta Giorni », daté de juin 2003.

Lorsque le 2 juin dernier, le Secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, s’est rendu au Vatican pour y rencontrer Jean Paul II, les thèmes abordés ne concernaient pas seulement le Proche et Moyen Orient, mais aussi les aliments génétiquement modifiés, les OGM. Un thème sensible dont Colin Powell a aussi parlé avec le cardinal secrétaire d’Etat du Vatican, Angelo Sodano, et son « ministre des Affaires étrangères », Mgr Jean-Louis Tauran.

Principe de précaution contre big business

Or, dans les couloirs du Vatican, la question est abordée avec une extrême prudence. S’il n’y a aucun « refus de principe », rapporte le mensuel italien, c’est bien « le principe de précaution qui prévaut » pour l’instant.

C’est la Zambie qui a provoqué cette discussion entre le Saint-Siège et les USA. En effet, l’été dernier, les Etats-Unis ont commencé à se manifester après que la Zambie, bien que touchée par une sévère famine, eût refusé d’accepter le maïs génétiquement modifié produit par les Etats-Unis et offert par le PAM, le Programme alimentaire mondial. Dans son refus, et selon « Trenta Giorni », la Zambie aurait été encouragée par le Centre jésuite pour la réflexion théologique (JCTR), dirigé par le prêtre américain Pete Henriot.

Pour le JCTR, les OGM ne doivent pas débarquer en Zambie parce que les études sur leur innocuité ne sont pas fiables, en raison de risque de stérilité, parce que les terres cultivées avec des OGM les rendraient inadaptées à d’autres types de cultures ou encore parce que la dépendance des USA serait trop forte. Des déclarations qui sonnent mal aux oreilles du Département d’Etat américain, très sensible aux sirènes du big business et aux intérêts des milieux de l’industrie agroalimentaire.

L’argument de la faim dans le monde

C’est alors qu’entre en scène l’ambassadeur des Etats-Unis auprès du Saint-Siège, James Nicholson, lui même fervent défenseur des OGM et « sensible aux problèmes de la faim dans le monde ». Dès le mois de septembre 2002, ce dernier va entamer une série de rencontres, non seulement avec les membres de la Secrétairerie d’Etat, mais aussi avec le supérieur général des jésuites, le Père Peter-Hans Kolvenbach, supérieur ultime du JCTR. Dernière rencontre organisée, celle de Colin Powell.

Selon l’ambassadeur Nicholson dont les propos humoristiques ont été transcrits dans le quotidien italien « Il Corriere della Sera » daté du 3 juin, le Secrétaire d’Etat américain se serait adressé ainsi à Jean-Paul II: « Regardez moi, Monsieur (Sir), je m’alimente avec des produits génétiquement modifiés tous les jours et visiblement je ne m’en sors pas trop mal ! ». Nicholson n’a pas précisé si le pape lui avait répondu.

L’ambassadeur américain avait en vain tenté de vendre le concept de « guerre juste » contre l’Irak en invitant des officiels du Vatican à entendre les arguments du théologien catholique conservateur Michael Novak, qui défend avec des arguments théologiques les intérêts du système capitaliste pour le compte de l’American Enterprise Institute.

Insistant sur le « principe de précaution », le Vatican souligne la nécessité de déclarer comme tels les OGM et fait remarquer que l’usage de ces OGM dans les pays en voie de développement doit respecter « les principes de justice et de solidarité en référence aux questions commerciales et économiques ». Il ne s’agit pas encore d’un avis définitif sur la question, mais une intervention du président du Conseil pontifical « Justice et Paix », Mgr Renato Raffaele Martino devrait être publiée sur ce sujet dans les prochains jours. En effet, ce dernier est invité comme représentant du Saint-Siège à la conférence qui se déroule du 23 au 25 juin à Sacramento, aux Etats-Unis, sur le thème : « Science agricole et technologie ».

Organisée par le Département américain de l’agriculture, elle est parrainée par le Département d’Etat. Il est cependant probable que le Saint- Siège ne prendra pas, là encore, une position définitive. Un document sur ce thème semble, par ailleurs et selon « Trenta Giorni », en préparation au sein du Conseil pontifical « Justice et Paix » afin d’unifier les positions des divers épiscopats. (apic/imedia/be)

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