«A la place de l’espérance, s’est installé le désespoir»
Rome, 2 juillet 2003 (Apic) «Nous bénéficions de la liberté de culte, mais pas de la liberté religieuse», a regretté amèrement le cardinal archevêque de Cuba, Jaime Ortega, une semaine après la présentation par Aide à l’Eglise en détresse (AED) de son document annuel sur la liberté religieuse dans le monde». Selon lui, «à la place de l’espérance, s’est installé le désespoir».
Interrogé par l’hebdomadaire italien Famiglia Cristiana daté du 6 juillet, le président de la conférence des évêques de Cuba regrette l’absence de liberté religieuse et par là, l’impossibilité de «défendre la position chrétienne dans les grands problèmes éthiques et sociaux et donc d’avoir accès aux médias, propriété de l’Etat; d’ouvrir des écoles catholiques et d’être présents dans le réseau des écoles publiques; de collaborer dans la résolution des problèmes sociaux les plus aigus». Pour le cardinal Ortega, la Caritas Internationalis peut intervenir dans ce dernier domaine «mais avec beaucoup de limitations, parce que la Caritas ne possède pas de reconnaissance juridique. Or, des activités accomplies sans l’accord des organismes d’Etat peuvent provoquer des conflits et des situations difficiles».
Cinq ans après la visite de Jean Paul II à Cuba, le cardinal Ortega affirme que «la préparation du voyage avait suscité de grandes espérances. Cuba allait s’ouvrir au monde et le monde à Cuba. Il n’en a pas été ainsi. Et maintenant, à la place de l’espérance, s’est installé le désespoir».
La religion considérée comme un élément étranger à la société
Justifiant cette position désespérée, le cardinal a expliqué que quelques mois après la visite de Jean Paul II, a débuté «une campagne idéologique forte, avec des schémas de propagande et de mobilisation typiques des années soixante». «J’ai parlé avec Fidel Castro en 2001, a-t-il ajouté, et ce dernier m’a expliqué que cette ’bataille des idées’ n’était pas dirigée contre l’Eglise, mais pour mobiliser les jeunes en faveur de la révolution». Et pour lui, si cette bataille «ne présente pas les éléments philosophiques du vieil athéisme scientifique, elle continue pourtant à considérer la religion comme quelque chose de totalement étranger à la société».
Pourtant, à Cuba, a-t-il poursuivi, «les médias laissent de larges espaces à la présentation du culte de la Santeria – une croyance syncrétiste -, qu’ils voudraient présenter comme la véritable religion cubaine». «Or, il n’en est pas ainsi», souligne le cardinal. «La religion dominante à Cuba est catholique et s’exprime au travers de la pratique croissante des fidèles et une religiosité populaire chrétienne diffuse qui n’a rien à voir avec le spiritisme ou la santeria».
Motif de joie, malgré tout, pour le cardinal de la Havane, le développement des petits groupes de prière qui se réunissent dans des lieux privés et sont guidés par des laïcs ou des religieux bien préparés. Il en existe plus de 250 à Cuba.
Interrogé par ailleurs par la revue mensuelle italienne Jesus du mois de juillet, Mgr Carlos Manuel de Cespedes, vicaire épiscopal de la Havane et intellectuel catholique reconnu est revenu sur les récentes condamnations des dissidents du régime. «Des dénonciations plus dures que celles que nous avons émises, a-t-il ainsi expliqué, auraient rendu encore plus difficile la situation de l’Eglise». Il a souligné que dans les paroisses, les fidèles dissidents côtoient des fidèles inscrits au parti communiste et que ces derniers «se sentiraient trahis si l’Eglise se mettait officiellement du côté de l’opposition». (apic/imedia/bb)
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