Fribourg: Tableau d’une Eglise qui cherche son modèle au Colloque des paroisses
Bernard Bovigny, agence Apic
Fribourg, 7 juillet 2003 (Apic) Les paroisses cherchent visiblement à «faire tourner la boutique». Ne devraient-elles pas remettre en question le modèle traditionnel de transmission de la foi? C’est le constat et l’interrogation posés par les experts qui ont pris la parole le 7 juillet lors du 21e Colloque européen des paroisses (CEP) à Fribourg.
L’abbé Marc Feix, théologien et prêtre en fonction à Strasbourg, a lancé devant les 240 participants inscrits au CEP 2003, et les quelques dizaines de Fribourgeois qui y assistent sporadiquement, la réflexion sur le thème «Paroisses: expériences d’aujourd’hui et visions d’avenir». Reprenant la dynamique des mouvements d’action catholique: voir / juger / agir, le Colloque a consacré sa première journée de travail à une analyse de la situation actuelle des paroisses.
Dans les années 60 déjà, bon nombre de chercheurs estimaient que la paroisse ne répondait plus aux exigences de l’époque. Francis Connan et Jean-Claude Barrault, dans leur ouvrage «Demain la paroisse» (1966) prônaient des communautés paroissiales qui soient «communions de communautés», la formation d’équipes pastorales et des prêtres vivant en fraternité autour de leur évêque. 37 ans plus tard, certaines de leurs intuitions sont devenues réalité, selon Marc Feix. Et pourtant, la paroisse peine toujours plus à répondre aux attentes de ses membres. Si l’on peut encore parler de membres au regard de la grande diversité de modèles d’appartenance. Les fidèles, selon l’expert alsacien, se divisent dans les grandes lignes en trois groupes: ceux qui s’identifient à leur paroisses (toujours plus rares), les «zappeurs», qui utilisent les services de différente paroisses en fonction de leurs besoins, et les «sporadiques», qu’on retrouve à l’église aux grandes occasions.
La collaboration prêtres – laïcs est devenue réalité
L’abbé Feix a analysé les 17 contributions que les participants ont fait parvenir aux experts pour illustrer une expérience paroissiale intéressante. Treize d’entre elles concernent la constitution d’une équipe pastorale, formée de prêtres et d’agents pastoraux laïcs, sur une ou plusieurs paroisses réunies. Les quatre autres illustrent un projet d’évangélisation, qui est mis en place par une équipe pastorale. «Il y a 18 ans, à Tarragone en Espagne, la collaboration entre prêtres et laïcs était le thème principal du colloque. Et tous les projets que vous avez présentés cette année mettent en pratique cette collaboration», constate Marc Feix en se réjouissant du chemin parcouru. Mais ils visent à perdurer le modèle traditionnel de la paroisse. «Avons-nous raison de chercher à faire tourner la boutique? Ne devrions-nous pas passer du service religieux à la contemplation de la présence agissante de Dieu dans son peuple?», propose l’expert, en lançant la réflexion pour les groupes de discussion.
La religion, une affaire de plus en plus privée
L’Allemand Ottfried Selg, secrétaire général du CEP, a également porté un regard de sociologue sur la paroisse d’aujourd’hui. S’appuyant sur sa propre expérience, il distingue trois figures de l’Eglise: l’institution, les mouvements et enfin une tendance qui devient majoritaire: un christianisme diffus qui s’inscrit dans la vie privée.
L’expert allemand constate un essoufflement de l’Eglise au niveau institutionnel: diminution du nombre de prêtres, vieillissement du clergé, disparition progressive des chrétiens actifs, influence de plus en plus restreinte sur l’évolution de la société, . «Il est vrai que les Eglises en tant qu’institutions ont encore une place bien ancrée dans la société, mais elles n’ont plus prise sur la vie des personnes et sont confrontées constamment à la concurrence croissante d’autres institutions», soutient Ottfried Selg.
Quant aux mouvements, ils ne peuvent représenter l’ensemble de la communauté chrétienne. Ils constituent un enrichissement pour l’Eglise mais confinent leur action à un secteur social particulier. Par ailleurs, les statistiques démontrent que si les mouvements regroupent aujourd’hui 5 à 10% des catholiques recensés, d’après les prévisions ce taux sera réduit d’un tiers dans les prochaines années.
Interventions officielles reçues «à titre d’information»
Ottfried Selg constate une croissance des personnes qui considèrent la foi comme étant du domaine privé et qui ne sont plus disposées à suivre les indications de leur Eglise. «Les interventions officielles, dans le meilleur des cas, sont reçues à titre d’information», affirme le secrétaire général du CEP. Le sentiment d’appartenance à une communauté ne se manifeste chez ces chrétiens qu’à de rares occasions. «Les enterrements constituent une occasion de recours aux services de l’Eglise. A en croire les enquêtes menées dans ce domaine, ils sont finalement pour bien des personnes l’unique raison de leur désir de ne pas quitter l’Eglise», soutient le sociologue allemand. Selon certaines estimations, le pourcentage des chrétiens «privés» ou «indépendants» représente en Europe une forte majorité, notamment dans les villes où il se monte actuellement près de 75%.
«La période florissante du christianisme est arrivée à ses limites. Elle fait place à un modèle de société multiculturel», relève Ottfried Selg, tout en invitant les participants, issus de 13 pays européens, à dégager des perspectives pour l’avenir de leurs paroisses. (apic/bb)
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