Chine: Voiture ou non voiture pour aider les prêtres dans leurs tâches: telle est la question
Pékin, 11 juillet 2003 (Apic) Voiture ou non voiture, telle est la question. Et l’Eglise qui est en Chine se la pose, le plus sérieusement du monde. Autrefois apanage des dirigeants et des bureaucrates, l’automobile est en voie de démocratisation en Chine. L’Eglise catholique de Chine n’échappant pas à son environnement. Dans certains diocèses, on débat pour savoir s’il est nécessaire ou non pour les évêques et les prêtres de disposer de voitures.
La question prête à sourire, dans une économie de consommation telle que vécue pour beaucoup de pays dans le monde occidental. Mais pas en Chine. « Eglises d’Asie », l’agence des Missions étrangères de Paris, s’est penché sur la question. Certains, commente-t-elle, mettent en avant le fait que l’automobile est un outil de travail nécessaire, surtout compte tenu de l’éparpillement des communautés catholiques et les distances. Alors que d’autres, pensée politique oblige, estiment que, même si l’automobile est en voie de banalisation, elle reste le symbole d’un certain luxe. Un luxe qui ne cadre pas avec le message et la mission de l’Eglise.
Dans la province du Hebei, le diocèse de Handan possédait jusqu’à l’an dernier quinze voitures particulières, toutes acquises grâce à la générosité de ses 130’000 fidèles, un certain nombre ayant même été offertes par les parents des 42 prêtres. En avril 2002, lors d’une assemblée diocésaine, Mgr Yang Xiangtai, évêque « officiel » de Handan, a décidé que seules deux voitures seraient conservées, que les autres seraient vendues et que le produit de la vente serait utilisé pour acquérir des motocyclettes.
Contrer le matérialisme
Commentaire de l’évêque pour expliquer sa décision: il faut tenter de contrer le matérialisme ambiant, de plus en plus prégnant selon lui. Aujourd’hui, relève le Père Sun Jigang, vicaire général du diocèse, vingt motos servent au travail pastoral et d’évangélisation. Selon lui, outre le fait de combattre le matérialisme, les voitures ont été vendues car elles avaient un impact négatif sur l’image de l’Eglise, laissant croire que l’Eglise était riche là où les finances du diocèse sont en réalité très limitées. Les conserver, assure-t-il, c’était nuire à la perception que les catholiques et la société de façon générale ont de l’Eglise.
Problème: la vente des voitures n’a toutefois pas été sans difficultés. Ceux qui avaient offert des voitures au diocèse l’avaient fait pour l’Eglise, en témoignage de leur propre prospérité acquise grâce à la croissance économique du pays et, selon le Père Sun, « ils ont reproché au diocèse d’aller contre le développement ».
Un outil de travail
Du côté des prêtres, certains ont estimé que la décision de leur évêque était justifiée, à cause de l’image. D’autres, en revanche, ont regretté cette décision, estimant que la voiture n’était qu’un outil au service du travail de l’Eglise.
A Chongqing, situé dans le quart sud-ouest du pays, le diocèse de Chongqing possède une seule voiture et, selon un prêtre local, en cas de besoin, une seconde automobile peut être empruntée au responsable d’une communauté protestante avec qui les relations sont bonnes. A Taiyuan, dans la province du Shanxi, Mgr Silvester Li Jiantang précise que son diocèse n’a pas de voiture et que ses prêtres se déplacent en bus ou en taxi. Lorsque cela est vraiment nécessaire, le diocèse loue une voiture. Pour l’évêque, acheter une voiture signifie aussi embaucher un chauffeur. On se demande bien pourquoi. Bref, pour lui, l’entreprise est d’autant moins nécessaire, que, parmi les fidèles qui possèdent une voiture, il se trouve toujours l’un ou l’autre pour la prêter en cas de besoin.
« Démocratisation » de la route
Jusqu’à ces dernières années et avant l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les voitures particulières, lourdement taxées et donc très onéreuses, étaient un objet de luxe, synonyme de statut social élevé. Ces deux dernières années, le gouvernement a décidé de relancer la consommation intérieure et, pour cela, a supprimé ou réduit nombre de taxes, tout en favorisant le recours au crédit pour élargir le marché automobile intérieur. Selon les statistiques gouvernementales, 60% des 1,36 millions de voitures particulières vendues au cours des quatre premiers mois de cette année l’ont été à des particuliers. Pour les cinq premiers mois de 2003, la production de voitures de tourisme a cru de 105 % par rapport à la même période l’an dernier. (apic/zn/pr)
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