La tombe du Père Pio n’est pas la poule aux oeufs d’or escomptée

Italie: Débandade financière à San Giovanni Rotondo

San Giovani Rotondo, 7 août 2003 (Apic) San Giovani Rotondo, la localité italienne qui abrite la tombe du Père Pio, est dans une situation financière critique. Durant la première moitié de l’année l’affluence des pèlerins a baissé de 50%. Le fiasco enregistré par la localité de Rotondo intervient moins de 4 mois après la prise en main, par le Vatican, de la nomination d’un délégué pour le sanctuaire. Une décision fort mal accueillie auprès des religieux du couvent.

En mai dernier, le Saint-Siège avait en effet nommé un nouvel archevêque pour le diocèse, en la personne de Mgr Domenico Umberto D’Ambrosio, désigné par Rome pour occuper la charge de délégué du Saint-Siège pour le sanctuaire.

Une décision qui devait mal passer, pour ne pas dire davantage. Le Père Gianmaria Cocomazzi, supérieur de la communauté des capucins estimant en effet qu’il s’agissait là d’un « retour des années de persécution ». Il faisait allusion à ce qu’avait vécu le « stigmatisé de Rotondo » à une époque de sa vie et des pressions subies par le Vatican. La colère est grande. Les enjeux financiers aussi.

Béatifié en 1999, puis canonisé en 2002, le plus populaire des capucins italiens avait suscité non seulement la ferveur religieuse chère à la culture latine, mais aussi l’enthousiasme des investisseurs, qui y voyaient un « nouveau Lourdes ». Et pour cause, avant 2003, le nombre de visiteurs venus se recueillir annuellement sur le tombe du saint s’élevait entre 6 et 8 millions. Davantage qu’à Lourdes.

Banqueroute

Mais les hordes de pèlerins attendus pour cette année n’ont pas montré le bout de leur nez et les 20 hôtels et autres pensions font grise mine. Quant à la banque locale de crédit, elle est sur le chemin de la banqueroute, selon le quotidien italien « Il Messaggero »

De plus, la construction de la nouvelle et gigantesque basilique, conçue par le célèbre architecte italien par Renzo Piano, stagne depuis plusieurs années en raison de gros déboires financiers.

Peu optimiste, la presse transalpine spécule sur une volonté du Vatican de resserrer les cordons de la bourse, via le nouvel archevêque de Manfredonia – Vieste – San Giovanni Rotondo, Mgr Domenico Umberto D’Ambrosio.

Ce fiasco s’ajoute donc à la crise ouverte en mai dernier entre Rome et San Giovanni Rotondo, dans le sud de l’Italie, sur le promontoire de Gargano, dans la région italienne des Pouilles, proche de la mer adriatique. Par une bulle pontificale, le Vatican nommait en effet son nouveau délégué. Les frères capucins considérant de leur côté qu’ils considèrent cette décision comme un acte arbitraire leur retirant la gestion du lieu. « Nous sommes en train de revivre le climat de persécution qu’avait vécu Padre Pio », devait commenter peu après le Père Cocomazzi.

Le véritable climat passionnel et sentimental développé autour de San Giovani s’explique plus facilement si l’on considère que derrière cette flambée de passion figurent des enjeux majeurs, notamment financiers. Le fiasco financier enregistré aujourd’hui par la localité n’arrangeant évidemment pas les affaires.

Gros chiffres d’affaire

Ce sanctuaire, un des plus important au monde, produit un chiffre d’affaire annuel qui tourne autour de 100 millions d’euros. Plus de huit millions de fidèles du saint se rendent chaque année dans le petit village qui a une capacité hôtelière proche de 6’500 lits.

Ces hôtels feraient un chiffre d’affaire annuel de plus de 500 millions d’euros. Trois mille personnes sont en outre directement employées par ces structures et par les produits dérivés liés à l’image du Padre Pio. Dans la ville plus de 34 hôtels étaient en construction en 2002, à quoi il convient les 98 déjà existants pour accueillir les millions de visiteurs. Au cours de ces dernières années, plus de 150 livres sont par ailleurs parus sur Padre Pio, pour un chiffre d’affaire qui s’approche des 25 millions d’euros. PR

Encadré

Un Hôpital de renom

Aux infrastructures touristiques s’ajoutent celles mise en place par l’Hôpital de San Giovani Rotondo, un établissement érigé et voulu par Padre Pio, aujourd’hui reconnu dans l’ensemble de l’Italie et même au-delà. « La casa del sollievo de la sofferenza » a connu 4 agrandissements successifs. Dans l’attente d’un cinquième, l’imposant bâtiment dispose de 1’200 lits – contre 300 en 1956 -, de cinq salles d’opération et d’infrastructures parmi les plus modernes, techniquement et esthétiquement. L’hôpital, où s’activent 2’500 employés, n’a toujours pas d’équivalent dans toute l’Italie méridionale. Il est l’un, sinon le plus réputé de la Péninsule. Des médecins parmi les plus connus se succèdent à la tête des divers services. Reconnu par le Département de la Santé publique comme hôpital régional, il conserve néanmoins son autonomie juridique et administrative. Propriété du Saint- Siège, après le don du Padre Pio, il est géré par une Commission nommée par le Vatican. (apic/cic/sh/pr)

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