Viols et meurtres par milliers: les résolutions de l’ONU bien timides

Congo RDC : Le pillage des richesses et les violences ne s’arrêtent pas 

Bunia, 17 août 2003 (Apic) Le Conseil de sécurité de l’ONU vient d’approuver la poursuite des enquêtes sur le pillage des ressources dans l’Est du Congo RDC. Ce qui n’empêche nullement les pilleurs, par multinationales africaines, européennes et nord-américaine interposées de poursuivre le dépeçage des richesses. En d’autres termes, les intérêts passe bien au-dessus des lois et des résolutions prises pour sauver les apparences politiques internationales.

Dans la province orientale du pays, la force multinationale, pour l’heure à dominante française, est dans l’incapacité de faire cesser les violences enregistrées en Ituri et du côté de Bunia, sa capitale. Au point d’émouvoir l’actrice américaine Jessica Lange, qui s’est déclarée profondément émue et choquée par les viols de femmes et d’enfants.

Les experts de l’ONU chargés de faire la lumière sur le pillage des ressources naturelles de la République Démocratique du Congo pourront donc continuer leurs travaux jusqu’à la fin du mois d’octobre. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui a approuvé à l’unanimité la résolution 1499, rappelle à tous les Etats intéressés «de prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à l’exploitation illégale des ressources naturelles et des autres richesses de l’ancien Zaïre».

Créé en juillet 2000, ce groupe d’experts, connu sous le nom de «mission Kassem», du nom de son dirigeant, l’ambassadeur égyptien Mahmoud Kassem, avait remis le 21 octobre dernier un rapport faisant émerger les responsabilités de certains pays africains (Zimbabwe, Afrique du Sud, Rwanda et Ouganda) dans l’organisation du «pillage» du Congo. Le document fait figurer les noms de nombreux individus et sociétés étrangères accusées de prendre part de manière plus ou moins directe à l’exploitation et à la commercialisation des ressources congolaises obtenues, surtout dans l’est du pays, en profitant de la situation de crise qui dure depuis 1998.

Des sociétés du monde entier prennent part à cette gigantesque opération d’appropriation indue: de l’Afrique du Sud au Kazakhstan, en passant par le Canada, la Chine, la Belgique et la Grande Bretagne.

Une relève nommée « Monuc 2 »

Déployée à Bunia, chef-lieu du district de l’Ituri, dans la province orientale du Congo RDC, depuis le début du mois de juin 2003, la force multinationale à dominante française se retirera le 1er septembre courant. Sans avoir pu enrayer la violence et la guerre que se livrent les factions en présence, sur la vie des populations civiles. Cette « force » sera remplacée par les troupes de la « Monuc 2 » provenant du Pakistan, du Bangladesh et de l’Uruguay.

Le ministère pakistanais des Affaires étrangères a du reste annoncé le départ en début de semaine passée pour la RDC de plus de mille soldats pakistanais, à la demande des Nations Unies.

Ces militaires ont rejoint 250 soldats du Bangladesh, arrivés dimanche dernier à Bunia, pour grossir l’effectif du contingent de la Monuc 2. «Il s’agit du début de l’arrivée de la partie principale des troupes de combat», rapporte le colonel français Gérard Dubois, porte-parole de la force multinationale, dans un entretien accordé à l’Agence France presse.

Les intérêts au-dessus des lois

Avec les hommes arrivés dimanche dernier, la «Monuc 2», dont le mandat a été élargi et renforcé par le Conseil de sécurité de l’ONU, compte actuellement environ 730 Bangladeshi sur le terrain. D’autres éléments de ce pays sont venus les rejoindre le lendemain.

Ils composeront, avec un bataillon de Pakistanais et le bataillon uruguayen déjà présent à Bunia au titre de la «Monuc1», la nouvelle force de l’ONU (Task force) chargée de pacifier l’ensemble du district de l’Ituri, où les conflits interethniques, attisés par des pays voisins de la RDC, ont fait environ 50’000 morts et plus ou moins 500’000 déplacés ces quatre dernières années.

Quant aux populations civiles, exposées aux pires exactions, elles espèrent simplement que cette relève sera un peu plus efficace que ce qui a été apporté à ce jour par l’ONU. Car les inquiétudes sont grandes. Sans compter qu’elles sont largement justifiées.

Jessica Lange choquée par les atrocités

Justifiées au point que l’actrice américaine Jessica Lange s’est déclarée profondément émue et choquée par les viols de femmes et d’enfants dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), rapportait lundi dernier, un communiqué du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef).

Lange effectuait il y a une dizaine de jours sa première mission en tant qu’ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef dans l’Est de la RDC, une région particulièrement touchée par les affrontements interethniques depuis 1998.

«Les femmes et les enfants qui survivent à cette brutalité stupéfiante en subiront les séquelles physiques et psychologiques tout le reste de leur vie. La communauté internationale doit mettre fin à ces crimes horribles et aider les survivants. Quant aux responsables, il faut les traduire en justice,» a déclaré Jessica Lange à son retour de la RDC.

L’Unicef a précisé, pour sa part, que les viols et autres crimes sexuels sont commis par l’ensemble des mouvements armés en RDC. Les exactions se déroulent à l’occasion des opérations militaires dans le but d’humilier et de terroriser la population. Les autres membres de la famille sont, en effet, souvent obligés d’assister, impuissants, à ces atrocités, a rapporté l’Unicef.

Le monde ne peut se taire

«Le viol est un affront aux droits fondamentaux, à la décence et à la dignité humaine,» a déclaré de son côté, Carol Bellamy, la directrice générale de l’Unicef. «Le monde ne peut se taire lorsque le viol sert d’instrument de guerre dans l’Est de la RDC. Des enfants de cinq ans, des femmes de 80 ans sont même victimes de cette brutalité indicible. Il s’agit de crimes de guerre et leurs auteurs doivent répondre de leurs actes, devant leurs communautés, devant le gouvernement de transition et devant la communauté internationale par le biais de la Cour pénale internationale,» a- t-elle encore prévenu.

Autres terribles conséquences : ces viols ont de graves conséquences sur la propagation de l’épidémie du sida. Les combattants, auteurs de ces viols, sont souvent séropositifs et mettent en danger de mort leurs victimes. Selon les chiffres avancés par l’hôpital de Panzi à Bukavu, 27% des personnes violées sont séropositives, alors que la population infectée dans l’Est de la RDC est estimée à 15 %, a rapporté l’Unicef.

La guerre dans ce pays a brisé la vie de nombres d’enfants et de familles. «Des dizaines de milliers d’enfants du pays ont été enrôlés et obligés de combattre pour toutes les parties aux conflits. Certains sont utilisés comme esclaves sexuels, porteurs ou cuisiniers. Parfois, les enfants représentaient quelque 35 % des troupes envoyées au front,» a expliqué l’Unicef. Du fait des ravages du conflit, «70% de la population n’ont pas accès à des soins de santé, soit parce qu’ils sont pauvres pour se les payer soit parce qu’ils ne sont pas en mesure d’accéder aux installations,» a rajouté l’Unicef.

Le viol en tant qu’arme de guerre n’existe pas qu’en RDC. Selon les chiffres avancés par l’Unicef, 20’000 filles auraient été violées au cours de la guerre dans les Balkans. L’organisation onusienne estime, par ailleurs, qu’entre 250’000 et 500’000 femmes ont été violées pendant le génocide rwandais en 1994. (apic/ms/ag/pr)

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