Les autorités montrées du doigt par les ONG

Sénégal : Le scandale de l’exploitation des enfants contraints de mendier

Dakar, 17 août 2003 (Apic) Des organisations internationales et des Organisations non gouvernementales (ONG) de protection des enfants se liguent contre l’utilisation des enfants dans le juteux commerce de la mendicité au Sénégal. Une pratique encouragée par certains groupes religieux du coran, qui interprètent celui-ci à leur convenance. Selon un journal musulman bimestriel, la ville de Dakar compte à elle seule 90’000 mendiants.

L’Unicef, le Bureau international du Travail (BIT), et ECPA (Evangelical Christian Publishers Association) International condamnent ensemble cette exploitation d’enfants contraints de mendier dans les rues. Une pratique courante dans nombre de pays en développement.

L’ancien directeur général de l’Unesco, Amadou Makhtar Mbow, a dénoncé cette pratique la qualifiant de «scandaleuse». Les organisations sont cependant confrontées à la résistance de certains groupes religieux musulmans. Ce sont essentiellement les « maîtres de coran » qui ordonnent et organisent cette mendicité juvénile. Ils invoquent l’islam et les coutumes du pays en matière d’apprentissage du coran. Selon eux, tout enfant musulman apprenant le coran doit fournir un effort. L’endurance, la souffrance, la mendicité, les travaux forcés et les corvées de bois morts en font parties.

Officiellement, la mendicité est interdite au Sénégal. Elle n’est autorisée que les vendredi, jour saint pour les musulmans et devant les mosquées. Mais dans les faits, elle est tolérée et fait partie quasiment de la culture des Sénégalais.

L’islam, religion majoritaire au Sénégal avec près de 96% de pratiquants sur une population d’environ 10 millions d’habitants, n’autorise la mendicité que sous condition : d’être handicapé.

Profession : mendiant

A Dakar et dans les grands centres urbains du Sénégal, la mendicité est quasiment une profession pour certains. Tous les lieux publics sont envahis quotidiennement par les mendiants, du levé au coucher du soleil. Parmi eux, on trouve certes beaucoup d’handicapés physiques ou mentaux, mais aussi des enfants en âge d’aller à l’école et des personnes valides.

Selon «L’Etudiant Musulman», un journal bimestriel, la ville de Dakar à elle seule compte 90’000 mendiants.

Le sort des enfants mendiants est plus préoccupant. Ces adolescents, âgés entre 7 et 16 ans, sont des fils de paysans confiés par leurs parents à des marabouts ou enseignants pour apprendre la lecture et la récitation du coran. Mais leurs marabouts finissent par émigrer en villes, les obligeant alors à mendier pour leur apporter de l’argent.

Il n’y a pas de statistiques officielles à jour sur le nombre exact de ces enfants mendiants. Il y a plus de trois ans, la direction de l’Action Sociale estimait à 100’000, le chiffre total des enfants mendiants au Sénégal. Beaucoup d’entre eux vivent en banlieue dakaroise. Tous les vendredi, des centaines d’entre eux prennent d’assaut les abords des mosquées, les restaurants, marchés et hôtels de la capitale. Ils ont une mission précise de leurs marabouts : rentrer au foyer avec au moins 350 francs CFA (près de 1 franc suisse) par enfants.

Esclaves des maîtres

Un jeune mendiant a témoigné de son vécu dans les colonnes du quotidien dakarois, « L’Info 7 » : «Chaque jour, le marabout nous réveille à 6h du matin pour la prière. Ensuite nous allons tous demander l’aumône jusqu’à 9h et chacun doit verser de l’argent au marabout à notre retour, sous peine d’être sévèrement battu».

Face à cette situation, des organisations de défense de l’enfance sont montées au créneau. «La mendicité ne doit pas se résumer en une exploitation des enfants», ont-elles souligné. L’ancien directeur général de l’Unesco s’est indigné et a dénoncé : «la situation des talibés (disciples des écoles coraniques) au Sénégal». Au cours d’une intervention publique, il a déploré le manque de volonté politique des autorités sénégalaises pour mettre fin à ce scandale. « Le problème des enfants mendiants est une affaire d’autorité nationale avant d’être une affaire d’autorité religieuse». (apic/ibc/pr)

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