Fribourg: Fête centrale de la Société des étudiants suisses (StV/SES)
Fribourg, 31 août 2003 (Apic) La « moralisation » de l’économie ne passe pas par toujours davantage de règlements et d’interventionnisme étatique qui tuent la liberté d’entreprise, mais par la formation de la conscience des individus. Pas question donc d’imposer une « cure éthique » à l’économie, ont relevé les personnalités – dont le conseiller fédéral Joseph Deiss et le président de Novartis Daniel Vasella – qui ont participé samedi 30 août à la table ronde à Forum Fribourg dans le cadre de la Fête centrale de la Société des étudiants suisses (StV/SES).
Le principe de subsidiarité, cher à la doctrine sociale de l’Eglise, a été le fil rouge de cette table ronde sur le thème « responsabilité sociale dans l’économie » qui a réuni une brochette de personnalités des milieux politiques et économiques suisses.
A une époque où des managers de haut vol aux salaires mirobolants falsifient des bilans, ruinent des entreprises et n’hésitent pas ensuite à se faire attribuer des « parachutes dorés », il est urgent de redécouvrir les « Dix commandements », a lancé samedi le Père dominicain Wolfgang Ockenfels, professeur en sciences sociales chrétiennes à l’Université de Trèves, en Allemagne.
Pour J. Deiss, la morale est d’abord une question individuelle
A la question de savoir s’il y avait de la place pour la morale en économie, le chef du département fédéral de l’économie, Joseph Deiss a cité l’exemple du commerce équitable dans le cadre de la campagne Max Havelaar: aujourd’hui en Suisse, une banane sur quatre porte le label du commerce équitable. Ainsi, une telle entreprise, qui se met à l’écart des règles pures du commerce, a une chance sur le marché. « Mais cela reste encore marginal », a-t-il souligné. Pour l’ancien professeur d’économie, pas question que l’Etat impose en plus une morale dans le domaine de l’économie, « car la morale doit rester d’abord une question individuelle, et non pas obligatoire ».
De toute façon, a-t-il insisté, si le marché est le meilleur moyen d’organiser l’économie, le marché ne peut pas tout: il y a de nombreux domaines où le marché est déficient, parce que les conditions ne sont pas réunies. C’est tout le domaine de la politique sociale, qui nécessite la solidarité et la redistribution. Le marché ne peut pas fonctionner où les biens ne peuvent être appropriés par les individus, car il s’agit de bien collectifs. Pour Joseph Deiss, les services publics doivent être maintenus là où le marché ne peut pas fonctionner. Quant à la mondialisation, elle est en soi utile, « puisqu’elle permet à tous de gagner pour autant qu’on puisse l’organiser: c’est le grand débat que nous allons mener dans une dizaine de jour au sommet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancun ».
L’économie libérale en soi est morale
L’économie libérale en soi est morale, elle crée des richesses et profite en principe à tous, contrairement à l’économie planifiée, qui a failli, a insisté pour sa part Albert Lauper, président de la direction générale du groupe Mobilière. « La recherche du profit est en principe également morale, parce que c’est un moteur très efficace de progrès économique », a-t-il poursuivi. Pour Albert Lauper, il est dangereux de multiplier lois et règlements contraignants ; il vaudrait mieux développer le sens moral des dirigeants, et c’est là le rôle de la société, en particulier de l’école et de l’Université.
Même son de cloche chez la conseillère nationale démocrate- chrétienne fribourgeoise Thérèse Meyer-Kälin, convaincue qu’une entreprise sans aucune morale n’a pas d’avenir à moyen ou à long terme. « Dans la pratique, on voit que quelques règles sont nécessaires, et toute la difficulté pour les responsables politiques est de créer un cadre qui soit supportable pour les entreprises, pour qu’elles puissent se développer et faire du profit aussi, sans oublier de l’autre côté la responsabilité envers le bien-être des employés ».
Daniel Vasella: sus à la paysannerie subventionnée
Définissant le rôle de l’Etat, Daniel Vasella a demandé que ce dernier mette en place les conditions-cadre pour une concurrence loyale, offre une infrastructure efficace, une bonne formation de la force de travail, la sécurité du droit et la sécurité personnelle ainsi que des impôts pas trop hauts et pas de lois qui empêchent le développement de la recherche. A ses yeux, il n’est pas juste que l’Etat intervienne aussi massivement pour soutenir l’agriculture suisse: « Quand un paysan reçoit aujourd’hui 55% de son revenu de l’Etat, c’est une distorsion de la concurrence, ce n’est pas juste que la Suisse subventionne son agriculture à hauteur de 4 milliards de francs, surtout quand c’est au détriment des paysans d’autres pays ».
Rompant avec le credo libéral ambiant, Heidi Pfister-Ineichen, membre de la Commission fédérale des banques, s’est quant à elle demandée s’il était juste que ce soient aux entreprises pharmaceutiques à elles seules de décider dans le domaine de la recherche quels sont les nouveaux médicaments que l’on doit produire. Car le risque existe de ne pas répondre aux besoins de populations nécessiteuses et d’investir que là où l’on est sûr de faire du profit. « Vouloir intervenir au niveau de la recherche serait une erreur absolument gravissime, car vous ne pouvez forcer personne à inventer quelque chose qu’il ne veut pas », a aussitôt rétorqué le président de Novartis. Qui a obtenu l’entier soutien de Joseph Deiss, pour qui ce n’est pas à l’Etat de décider quel médicament doit être développé.
Le conseiller fédéral a dit sa « grande crainte face à une certaine hostilité qui s’élève dans de nombreux points de ce pays contre l’innovation, contre le progrès, avec le recours au moratoire: c’est le meilleur moyen de faire fuir des gens comme M. Vasella ». Dans le domaine de l’agriculture, J. Deiss a évoqué les mutations profondes qui attendent les paysans suisses: « A partir de 2007, le marché du fromage sera libéralisé en Suisse par rapport au marché européen. Cette mutation est en route, mais elle est encore à mon sens socialement supportable ».
Depuis dix ans, a-t-il poursuivi, il y a chaque année 3% des exploitations agricoles qui disparaissent, 8 à 10 par jour ouvrable, soit 2’000 par an. « C’est rapide, mais cela va encore continuer pendant 10 ans. Nous faisons cette politique et je crois qu’il y a une volonté populaire qui s’est exprimée pour maintenir néanmoins une part d’agriculture dans ce pays ». Il s’agit peut-être aussi ici, a-t-il souligné, d’une question de morale à vis-à-vis des pays en développement, qui voudraient conquérir de nouveaux marchés. JB
Encadré
La SES, la plus importante association d’étudiants suisses portant couleurs
La SES, qui a réuni près de 2’000 participants à sa fête centrale de Fribourg, est la plus importante association d’étudiants suisses portant couleurs. Organisation faîtière de sections d’étudiants portant couleurs, fondée en 1841, elle a pour devise AMITIE, SCIENCE, VERTU.
Revendiquant une étiquette chrétienne, elle compte en effet plus de 8’000 membres (dont près d’un quart de femmes) dans une soixantaine de sections (en grande majorité de langue allemande). Historiquement liée au parti catholique conservateur, elle s’est ouverte au pluralisme politique, mais regroupe toujours en majorité des membres proches des partis bourgeois, notamment du PDC. La SES compte dans ses rangs de nombreuses personnes assumant de hautes responsabilités dans l’économie, la politique, la science et l’Eglise, ainsi que dans l’administration aussi bien fédérale que cantonale. (apic/be)
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