Béatification de deux martyrs

Rome: Le pape doit alléger le programme de sa visite en Slovaquie pour raison de santé

Rome, 4 septembre 2003 (Apic) Le pape Jean Paul II doit, pour raison de santé, alléger son programme lors de sa troisième visite officielle en Slovaquie, du 11 au 14 septembre. Après deux mois de repos à Castel Gandolfo, ce 102e voyage international du pape sera marqué par un programme considérablement réduit, malgré de nombreux déplacements en avion à l’intérieur même du pays. L’événement attendu de ce voyage sera la béatification de deux martyrs slovaques de la période communiste.

Jean Paul II atterrira aux bords du Danube à Bratislava le premier jour, où il résidera jusqu’à la fin de son séjour. Dès le premier après-midi, il commencera son ballet de visites à travers tout le pays, en se rendant à Trnava, situé à 50 kilomètres de la capitale.

Le lendemain, Jean Paul II s’envolera pour Banska Bystrica, en plein coeur de la Slovaquie, afin d’y célébrer la messe et d’y rencontrer la Conférence des évêques du pays. Le 13 septembre, le pape se rendra, toujours en avion, à Roznava, à l’est de la Slovaquie. Le dernier jour, il restera à Bratislava pour présider la messe de béatification.

Les contraintes de la chaise roulante

Ne pouvant désormais plus faire un pas et ne se déplaçant plus qu’en chaise roulante, Jean Paul II a été contraint à limiter les rendez-vous de son prochain voyage. Alors qu’il avait notamment pris l’habitude, dès le début de son pontificat, de rencontrer toutes les catégories sociales du pays qu’il visitait – non seulement les jeunes qu’il affectionne particulièrement, mais aussi le monde de la culture, de la science, ou encore de l’art -, ainsi que les membres des différentes religions représentées dans le pays, cette fois-ci, son agenda se limite principalement à la célébration d’une messe par jour, même si des ajouts sont possibles au dernier moment en fonction de la santé du pape.

Dès son arrivée à l’aéroport international de Bratislava, la capitale, Jean Paul II ne pourra toutefois pas manquer la rencontre avec le chef de l’Etat slovaque Rudolf Schuster, puis avec le président du parlement Jozef Migas et le premier ministre Mikulas Dzurinda, à la nonciature.

La Slovaquie et l’Europe

Dix ans après la division de la Tchécoslovaquie en deux républiques indépendantes, le pape aura particulièrement à coeur de rappeler l’importance de la liberté religieuse dans un pays qui a souffert durant plus de 50 ans de la dictature nazie puis communiste.

L’entrée de la Slovaquie au sein de l’Union européenne, prévue pour mai 2004, sera en outre, au cours de cette rencontre, une nouvelle occasion pour Jean Paul II de souligner l’importance pour cette jeune république à majorité catholique de faire valoir ses racines chrétiennes. A l’occasion de chacun de ses précédents voyages en Europe de l’est, le pape a insisté, ces derniers mois, pour que les chrétiens aient une place privilégiée dans la construction de l’Union européenne.

Jean Paul II pourrait également profiter du fait que la Slovaquie se trouve, d’après des mesures géographiques, au centre de l’Europe, pour rappeler son rôle d’interface entre l’Europe de l’ouest et les pays de l’est.

Bon accueil

Malgré une forte mentalité matérialiste héritée de l’idéologie marxiste, le pape devrait toutefois rencontrer, à l’occasion de son troisième voyage en Slovaquie – les premiers ayant eu lieu en 1990 et 1995 -, une Eglise vivante qui a su prendre progressivement sa place au sein de la société. Des centaines de milliers de catholiques attendent avec impatience la venue du pape. « Avec mes confrères prêtres, nous sommes impressionnés de voir l’enthousiasme que suscite cette visite », a confié à l’Apic le supérieur de la communauté augustinienne de Slovaquie. Pour le Père Angelo Lemme, d’origine italienne, « la venue du pape représente un grand soutien non seulement pour les catholiques du pays, mais aussi pour les autres chrétiens qui voient dans la personne du chef de l’Eglise catholique un interlocuteur de confiance ».

Tensions autour de l’IVG

Jean Paul II arrive en effet dans un contexte politique et social tendu, notamment en raison d’un projet de loi visant à augmenter le délai de l’avortement. « Les évêques du pays ont lancé une grande campagne de prière dans les paroisses pour axer au maximum la visite sur l’aspect pastoral », a précisé le Père Lemme. Mais le résultat attendu n’est pas encore atteint.

Le 2 septembre, le cardinal Jan Chryzostom Korec s’est dit « surpris » par l’atmosphère qui règne autour des préparations. Il a notamment regretté que l’opinion publique de Slovaquie « ait les yeux rivés sur le coût de la visite pontificale », au lieu de « s’attacher à sa nature hautement spirituelle ». « La Slovaquie devrait être fière d’accueillir un pape pour la troisième fois en un peu plus de dix ans ».

Cérémonie de béatification

L’accent de la préparation a particulièrement été mis sur la cérémonie de béatification, où est attendu le plus grand nombre de personnes. Jean Paul II béatifiera deux martyrs slovaques, Mgr Basil Hopko (1904-1976) et Soeur Zdenka Schelingova (1916-1955), tous deux morts en prison après avoir été arrêtés par les autorités communistes de l’époque.

Le pape devrait profiter de l’occasion pour inviter les jeunes slovaques à s’engager dans l’Eglise et dans la société. Selon le Père Angelo Lemme, le pays – qui compte près de 17% de chômeurs – « doit faire face à d’importantes vagues d’émigrations de jeunes qui fuient vers la République Tchèque ou l’Autriche ». « La présence du pape sera un encouragement pour tous ces jeunes qui aspirent à un avenir meilleur, à assumer leurs responsabilités et à participer à l’édification d’une société plus juste à leur égard ». SH

Encadré

La situation de l’Eglise catholique en Slovaquie

L’Eglise catholique de Slovaquie compte actuellement 4 millions de fidèles – dont 5% sont grecs-catholiques, habitant à l’est du pays -, soit 75% des 5,4 millions d’habitants. La religion majoritaire est suivie par les protestants, qui représentent 6 % de la population et qui vivent principalement dans le centre du pays, dans la région de Banska Bystrica que visitera le pape le 12 septembre. Un quart des Slovaques se dit en outre athée.

Le christianisme s’est propagé dans la région à l’arrivée des missionnaires Cyrille et Méthode au IXe siècle. Ces deux frères aujourd’hui saints patrons de l’Europe ont en particulier traduit des textes religieux en slave, fondé des églises, et établi des liens étroits entre Constantinople, Rome et la Grande-Moravie.

La forte pression du protestantisme entre les XVIe et XVIIe siècles ainsi que la période communiste ont affaibli le catholicisme slovaque, qui a toutefois continué à se propager sur l’actuel territoire de la Slovaquie. Depuis la chute du régime communiste, la religion joue de nouveau un rôle prépondérant.

On compte aujourd’hui 2’474 prêtres en Slovaquie, soit un total de 1’631 catholiques par prêtre. Les séminaristes sont également nombreux, le pays comptant 867 candidats au sacerdoce. SH

Encadré

Le cardinal Jan Chryzostom Korec, un symbole vivant

L’évolution de la situation de l’Eglise catholique en Slovaquie depuis la fin du régime communiste a toujours été symbolisée par le témoignage du cardinal Ján Chryzostom Korec, 79 ans, archevêque de Nitra. Ordonné prêtre en secret à l’âge de 26 ans, puis évêque un an plus tard, il fut arrêté par les autorités communistes en 1960 avant d’être libéré huit ans après, puis de nouveau arrêté à plusieurs reprises, tout en s’efforçant de poursuivre clandestinement son ministère.

Jean Paul II l’a officiellement nommé évêque de Nitra le 6 février 1990. Depuis, en dix ans, le cardinal slovaque a inauguré 73 nouvelles églises, et ordonné une centaine de prêtres. Il a en outre été l’artisan de plusieurs accords entre le Saint-Siège et l’Etat slovaque visant à réglementer la position juridique de l’Eglise catholique et de ses institutions, et à assurer sa liberté notamment en matière de culte, de gouvernement pastoral et d’enseignement religieux. SH

Encadré

Deux nouveaux bienheureux slovaques

Le 14 septembre, Jean Paul II béatifiera à Bratislava Mgr Basil Hopko (1904- 1976) et Soeur Zdenka Schelingova (1916-1955). Même si ces deux martyrs du communisme ne sont pas très connus en Slovaquie, les évêques du pays espèrent que leur témoignage servira d’encouragement aux catholiques actuels.

Ordonné évêque selon le rite grec-catholique en 1947 à Presov, Mgr Hopko a été arrêté trois ans plus tard et contraint à l’isolement forcé. Refusant d’abjurer sa foi pour la religion orthodoxe, il a été incarcéré en 1952 pour 15 ans. Libéré, il est mort en 1976 après avoir subi de nombreux mauvais traitements physiques et psychiques.

Soeur Zdenka Schelingova, quant à elle, fut emprisonnée pour avoir soigné un prêtre emprisonné et l’avoir aidé à fuir, en 1952. Libérée en 1955, elle est morte trois mois plus tard. Le nombre de candidats à la sainteté béatifiés par Jean Paul II en 25 ans de pontificat, s’élèvera ainsi à 1’318, dont 1’031 martyrs et 287 confesseurs. (apic/imedia/sh)

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