Sombre tableau de la situation internationale actuelle

Aix-la-Chapelle: Message du pape aux 500 dirigeants religieux en prière pour la paix

Aix-la-Chapelle, 8 septembre 2003 (Apic) Le pape Jean Paul II dresse un sombre tableau de la situation internationale actuelle dans son message aux participants de la rencontre internationale de prière pour la paix à Aix-la- Chapelle, en Allemagne, du 7 au 9 septembre. Deux ans après l’attentat du 11 septembre aux Etats-Unis, le pape écrit: «Malheureusement en même temps que les tours, se sont aussi écroulés, dirait-on, beaucoup d’espoirs de paix». Organisée par la Communauté Sant’Egidio, cette manifestation en est à sa 17e édition.

Près de 500 dirigeants des grandes religions du monde sont réunis à l’occasion de la traditionnelle rencontre internationale «Hommes et Religions», sur le thème «Entre guerre et paix: les religions et les cultures se rencontrent». Depuis 1987, à la suite de la rencontre interreligieuse d’Assise, la Communauté Sant’Egidio invite chaque année des représentants religieux de diverses confessions à une grande rencontre de dialogue et de prière pour la paix.

Alors qu’à Assise en 1986 «s’allumait dans les âmes beaucoup d’espoir de paix, malheureusement, cet élan n’a pas été saisi avec la rapidité et le soin nécessaires», affirme Jean Paul II dès le début de son message. Déplorant que ces dernières années, on ait «préféré la voie des intérêts personnels» à la défense de la paix, il dénonce en particulier le «développement des passions égocentriques» entre nations ou ethnies.

Le pape rappelle également le «tragique attentat» survenu aux Etats-Unis le 11 septembre 2001 à New York. «Malheureusement en même temps que les tours, se sont aussi écroulés, dirait-on, beaucoup d’espoirs de paix», écrit-il. «Les guerres et les conflits continuent à prospérer et à empoisonner la vie de beaucoup de peuples, surtout dans les pays les plus pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Je pense aux dizaines de guerres encore en cours et à cette ’guerre’ diffuse qu’est le terrorisme».

Se demandant alors quand «tous ces conflits cesseront», et «quand les peuples pourront enfin voir un monde pacifié», Jean Paul II affirme que le processus de paix «ne sera certainement pas facilité si on laisse prospérer les injustices et les disparités sur notre planète, avec une inconscience coupable». «Nous ne voulons pas accepter que la guerre domine la vie du monde et des peuples, écrit-il. Nous ne voulons pas accepter que la pauvreté soit la compagne constante de la vie de nations entières».

Les racines chrétiennes de l’Europe

Le pape en vient ensuite à parler de la situation du continent européen et de l’importance de ses racines chrétiennes, un «patrimoine qui peut être une fois encore consacré à la croissance de l’humanité tout entière». Soulignant qu’Aix-la-Chapelle, où se déroule la rencontre, «est située au coeur du continent européen», il insiste encore une fois sur la nécessité de ne pas oublier les racines chrétiennes du Vieux continent. «Elles ne sont pas une mémoire d’exclusivisme religieux, mais un fondement de liberté, parce qu’elles font de l’Europe un creuset de cultures et d’expériences différentes».

«Aujourd’hui, poursuit Jean Paul II, tandis que l’Europe élargit son processus d’union, elle est appelée à retrouver cette énergie en récupérant la conscience de ses racines les plus profondes». Pour le pape, «les oublier n’est pas sain» et «en présupposer simplement l’existence ne suffit pas à embraser l’âme». «L’Europe sera d’autant plus forte pour le présent et le futur du monde qu’elle se désaltérera aux sources de ses traditions religieuses et culturelles».

«Je suis convaincu que l’Europe, en s’ancrant solidement à ses racines, accélérera le processus d’union interne et offrira sa contribution indispensable au progrès et à la paix entre tous les peuples de la terre», conclut le message. «Avec les armes de la prière, du dialogue, nous cheminerons alors sur la voie du futur».

Tables rondes animées

La rencontre internationale voit défiler de nombreuses personnalités religieuses, qui interviennent tour à tour à l’occasion de tables rondes. Parmi elles, celle du métropolite Kyrill de Smolensk et Kaliningrad, numéro deux du patriarcat orthodoxe de Moscou, est particulièrement remarquée. Lors de son intervention, celui-ci a notamment critiqué la volonté d’imposer un modèle d’organisation au niveau planétaire. «Condamner ou punir avec la force toute déviation de ce modèle est un fait très douloureux pour une grande majorité des personnes qui vivent en dehors de l’Europe occidentale et des Etats-Unis», a-t-il affirmé. «Aujourd’hui, a-t- il en outre déploré, les voix qui parlent de la nécessité d’un dialogue sérieux et privé de préjudice se font plus rares».

Pour sa part, le ministre turc pour les Affaires religieuses, Mehemet Aydin, est revenu sur la polémique concernant l’inscription des racines chrétiennes de l’Europe dans la future Constitution du continent. «Les valeurs religieuses de fond appartiennent à nous tous», a-t-il affirmé, «au- delà du fait qu’elles soient expressément inscrites par leurs noms». Le 3 septembre, le président turc Tayyip Erdogan, avait déjà affirmé que «si la notion de religion était incluse dans la Constitution, ce serait en contradiction avec les principes et les progrès faits par le continent depuis des siècles».

Une trentaine de Forums

L’objectif de la rencontre de cette année est «de dessiner des voies de collaboration et d’affronter ensemble des thématiques ’transversales’ dans des contextes culturels et religieux différents». Pour cela, au moins trente forums sont prévus sur des thèmes qui vont de l’oecuménisme au rapport entre la littérature et la paix, de la peine de mort au problème de l’eau et de l’environnement, ou encore de l’immigration au rôle de l’Europe pour la paix.

La Communauté Sant’Egidio est née à Rome en 1968. Elle regroupe aujourd’hui quelque 40’000 personnes, pour la plupart des laïcs, présentes dans plus de 60 pays. Les différentes communautés, répandues dans le monde, ont pour objectifs la solidarité avec les pauvres, ainsi que l’oecuménisme et le dialogue, à travers la prière et la communication de l’Evangile. (apic/imedia/sh)

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